‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 100 sur 649 · LES RUINES DE PALMYRE · texte numérisé non relu

LES RUINES DE PALMYRE

Le soleil venait de se coucher; un bandeau rougeàtre marquait encore sa trace à l'horizon lointain des monts de la Syrie : la pleine lune , à l'orient, s'élevait sur un fond bleuâtre aux planes rives de l'Euphrate ; le ciel était pur, l'air calme et serein ; l'éclat mourant du jour tempérait l'horreur des ténèbres ; la fraîcheur naissante de la nuit calmait les feux de la terre embrasée ; les pâtres avaient retiré leurs chameaux ; l'œil n'apercevait plus aucun mouvement sur la plaine monotone et grisâtre ; un vaste silence régnait sur le désert ; seulement , à de longs intervalles , l'on entendait les lugubres cris de quelques oiseaux de nuit et de quelques chacals... L'ombre croissait, et déjà, dans le crépuscule, mes regards ne distinguaient plus que les fantômes blanchâtres des colonnes et des murs... Ces lieifx solitaires, celte soirée paisible, celte scène majestueuse, imprimèrent à mon esprit un recueillement religieux. L'aspect d'une grande cilé déserte, la mémoire des temps passés, la comparaison de l'état présent , tout éleva mon cœur à de hautes pensées. Je m'assis sur le tronc d'une colonne ;

t On sait que Ca<lmus fui cliangi: en serpent. N B.) S l.a sole ; les anciens appelaient la Chine le pays des Sèrcs. f Ophir était situe sur les bords de la nier Rouge. Thuie est Vile d'Islande. (N. E.'

et là , le coude appuyé sui le genou , la tête sou tenue sur la main , tantôt portant mes regard» sur le désert, tantôt les fixant sur les ruines , je m'abandonnai à une rêverie profonde.

Ici, me dis-je , ici fleurit jadis une ville opulente; ici fut le siège d'un empire puissant. Oui , ces lieux , maintenant si déserts, jadis une multitude vivante animait leur enceinte , une foule active circulait dans ces routes aujourd'hui solitaires : en ces murs , où règne un morne silence, retentissaient sans cesse le bruit des arts et les cris d'allégresse et de fêtes ; ces marbres amoncelés formaient des palais réguliers; ces colonnes abattues ornaient la majesté des temples , ces galeries écroulées dessinaient les places publiques ! Là , pour les devoirs respectables de son culte , pour les soins touchants de sa subsistance , affluait un peuple nombreux. Là , une industrie créatrice de jouissances appelait les richesses de tous les climals , et l'on voyait s'échanger la pourpre de Tyr pour le fil précieux de la Sérique 2, les tissus moelleux de Cachemire pour les lapis fastueux de la Lydie, l'ambre de la Baltique pour les perles et les parfums arabes, l'or d' Ophir pour l'élain de Thulc!

Et maintenant , voilà ce qui subsiste de cette ville puissante , un lugubre squelette ! Voilà ce qui reste d'une vaste domination , un souvenir obscur et vain ! Au concours bruyant qui se pressait sous ces portiques, a succédé une solitude de mort. Le silence des tombeaux s'est substitué au murmure des places publiques. L'opulence d'une cilé de commerce s'est changée en une pauvreté hideuse. Les palais des rois sont devenus le repaire des bêles fauves ; les troupeaux parquent au seuil des temples, et les reptiles immondes habitent le sanctuaire des dieux!... Ah! comment s'est éclipsée tant de gloire!... Comment se sont anéantis tant de travaux !... Ainsi donc périssent les ouvrages des hommes ! Ainsi s'évanouissent les empires et les nations 5 !

VOLney. Les Ruines.

ROIXES DE NICOrOLIS.

Le théâtre d'Apollon , nom répélé machinalement par les paysans , est adossé à la hase des montagnes de laCassiopie *; ses hautes murailles, qui entourent les débris de la scène , l'annoncent de loin , et attirent les premiers regards du voyageur. La grandeur romaine respire encore dans

3 Voyez, Tableaux en vers, deux morceaux de ce genre.

* Lis Cas-iopccns liabilaicnt une partie de rÊpIre. Leur pays se nommait Cassiopic ou Almenc , la capitale ctail Nicopolis-irr e.)

DESCRIPTIONS

ce monument. Son style colossal , les larges briques de ses murs , les graifdes pierres de ses gradins écroulés , couverts de noms grecs et latins , annoncent jusque dans les ruines de ses ouvrages la majesté du peuple-roi. Mais , hélas ! tristes restes des fastes de la gloire , dix-huit siècles ont passé , les Romains ne sont plus : encore quelques retours des années , et ces décombres eux-mêmes auront disparu. Le théâtre , qui retentissait des acclamations du peuple lorsque le voile de pourpre s'élevait au-dessus des spectateurs, ne répond plus qu'aux glapissements sinistres des chacals. Le loup féroce et le serpent venimeux habitent sous les voûtes, et les bancs réservés aux sénateurs sont couverts de hautes fougères. Les épines et âes ronces hérissent le palais des Césars , et les halliers remplissent la salle brillante des festins. Près de là , l'eau des Thermes arrose les chapiteaux d'une église gothique renversée sur les débris d'un temple auquel elle avait succédé. On moissonne dans l'agora * ! des chèvres errent sur les plates-formes de l'acropole , autrefois garnies de balisles et de catapultes. Le temps a brisé les autels de César, et confondu la divinité d'Auguste , que la basse adulation avait osé placer dans les cieux , quand la terre l'accusait des meurtres, des assassinats , des proscriptions , et des crimes dont il ne cessa de se souiller que lorsqu'il n'eut plus d'ennemis à immoler à sa vengeance.

pOucqdf.ville. Voyage en Grèce, chap. xxxin.

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