‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 101 sur 649 · LE KAN OU KIAUVA I] R · texte numérisé non relu

LE KAN OU KIAUVA I] R

On appelle du mot générique &an tous les lieux publics où les voyageurs sont admis : on donne plus particulièrement le nom de kiarvanserai aux bâtiments assez vastes pour recevoir de nombreuses troupes de marchands, nommées Iciarvan, et que nous appelons assez improprement caravanes. Ces édifices sont dus , presque tous, à la piété des pachas , ou des riches particuliers qui les ont fait construire , et les ont placés sous la sauvegarde de la religion, en consacrant à des mosquées le modique revenu qu'on en relire.

Les kiarvanserai sont presque toujours formés de quatre bâtiments qui renferment une vaste cour : au rez-de-chaussée sont des écuries et des magasins ; l'étage supérieur est divisé en un grand nombre de chambres; elles ont presque toutes une cheminée , et communiquant par une galerie extérieure ; au milieu de la covjr est une fontaine abondante et richement décorée ; de magnifiques

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platanes en ombragent le pourtour, et présentent leur abri aux voyageurs fatigués. C'est un spectacle intéressant que celui d'un kan , lorsque , vers la fin du jour, plusieurs caravanes arrivent de divers endroits pour y passer la nuit ; de longues files de chameaux viennent y déposer leurs charges précieuses ; une foule de cavaliers les accompagnent ou les suivent ; ils ont des vêtements variés, des armes, des figures différentes. Le mouvement est général ; on parle à la fois plusieurs langues ; on se retrouve avec surprise ; on se reconnaît avec joie ; les uns proposent des marchés; les autres s'interrogent sur les dangers de la roule: toutes les nations , toutes les religions se rapprochent pour leur intérêt commun. Un vieillard, inspecteur du kan , chargé d'y maintenir le bon ordre , est assis à l'entrée ; il accueille les voyageurs , leur rend le salut et les vœux qu'ils lui adressent ; il s'informe de ceux qu'il n'aperçoit point encore : tous se félicitent de le revoir, et le traitent avec égards ; il veille aux intérêts de ses hôtes , assigne les places , prévient les discordes. Et si , à la suite de ces riches convois , venus des régions lointaines, il se trouve , par un contraste trop fréquent, quelques malheureux dénués de tout , au nom de Dieu et de Mahomet , ils sonl traités comme des frères qui achèvent plus laborieusement que d'autres le pèlerinage de la vie. lis n'ont pas craint d'entrer ; sur la porte ils ont lu ces mots , gravés en lettres d'or :

Le paradis est à ceux qui nourrissent pour l'amour de Dieu , les malheureux sans ressources , les orphelins et les esclaves.

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