CE QUE C'EST QU'UN ROI
. Je n'appelle pas roi celui que le bonheur de la naissance a placé sur le trône , et qui , n'ayant de roi que le nom , esclave en effet des vices les plus honteux , sans talents , sans vertu , n'offre aux yeux de l'univers qu'un vain fantôme de la royauté. J'appelle roi celui qui , étant l'image de Dieu sur la terre par la participation de sa puissance , lui ressemble encore plus par la participation de ses vertus; qui, maître de ses passions, ne règne pas moins sur son cœur que sur les peuples qui lui sont soumis ; qui, au-dessus des autres hommes par la hauteur de sa dignité , est au-dessu» de sa dignité par la supériorité de ses talents ; qui, versé dans la science profonde du gouvernement, suffit à tout par ses lumières , et qui , jaloux de ses devoirs , ne se repose que sur lui-même du pénible soin de les remplir; qui , redoutable à la guerre , facile à la paix , réunit en soi les qualités rarement compatibles de guerrier et de pacifique; qui , dans un juste milieu de clémence et de fermeté , sait tempérer la rigueur des lois sans affaiblir l'obéissance ; pour tout dire, en un mot, qui, faisant de la justice le principe de ses délibérations et de ses conseils, la fait régner avec lui sur le même trône.
MABOUL. Oraison funèbre de Louis XIV.
LE RICHE ET LE PAUVRE DANS L'ESPRIT DU MONDE ET DANS L'ORDRE DE LA PROVIDENCE.
Qu'est-ce qu'un riche dans l'esprit du monde? C'est un homme de jeux, de fêtes, de spectacles d'amusements, dont toute la gloire consiste à être orgueilleusement frivole , tout le mérite à ne rien
DEFINITIONS
Hl
refuser à ses passions, et qui, ne mettant de bornes à ses désirs que celles de sa fortune, n'est grand le plus souvent qu'à force de crimes et de scandales.
Dans l'ordre delà Providence, c'est un ange de paix et de consolation placé entre Dieu et les hommes, pour achever la distribution des biens delà terre : c'est l'ambassadeur du ciel et comme l'apôtre delà Providence, obligé de la faire connaître à ceuxquil'ignorenl, de la disculper auprès de ceux qui l'accusent. Et tel que l'astre du jour, dont la marche éclatante parle à tous les yeux de la gloire de son auteur, le riche, par ses bienfaits, parle au cœur de tous les hommes de la sagesse et de la bonté divine; et, selon qu'il est avare ou généreux, sensible ou inexorable , il devient pour les peuples un objet, ou de terreur, ou de consolation : un dieu , s'il est bienfaisant ; un monstre, s'il est barbare.
De même, qu'est-ce qu'un pauvre selon le monde? Hélas! quelles couleurs pourraient nous le dépeindre? C'est un être isolé, proscrit, triste rebut de la nature entière; qui semble, dit le sage, comme échappé à la Providence; qui rampe avec dédain sur la surface de la terre ; à qui la misère a comme imprimé sur le front un caractère de honte et d'ignominie : errant , fugitif, et comme retranché du reste des humains, semblable à ces lieux que la foudre a frappés, et dont on n'approche qu'en tremblant, on ne le rencontre qu'avec peine, on ne l'approche qu'avec horreur; c'est, ce semble, lui faire grâce que de lui parler; l'humanité en lui n'a plus de droits, le malheur plus de dignité; on ne le plaint même pas, on ne le secourt qu'avec dégoût ; et , réduit à rougir de son existence, il semble qu'en devenant malheureux il a cessé d'être homme.
Dans l'ordre de la Providence, au contraire , un pauvre, c'est en quelque sorte le plus intéressant de ses ouvrages, et comme le secret de sa sagesse, qui a rendu le pauvre précieux et nécessaire au riche ; qui a voulu que le riche fût le protecteur du pauvre, et le pauvre le sauveur des riches qu'il délivre du danger des richesses sur la terre, en leur offrant les moyens de les convertir en charités qui leur servent à acheter le ciel; en sorte que le pauvre, dans l'ordre de la Providence, est tout à la fois un juge qui tient dans sa main le sort des grands cl des riches, qui entasse sur leur tête ou des bénédictions ou des anathèmes.
C'est-à-dire, en un mot, que le riche et le pauvre, dans l'ordre de la Providence, sont le contraire de nos idées : le riche en est le ministre, le pauvre en est le bien-aimé ; le riche a ses ordres, et le pauvre a ses droits, l'un pour donner, l'autre pour recevoir. Et de même que celle Providence s'csi reposée sur les parents de l'éducation
des familles, sur les législateurs du gouvernement de la société, sur les rois de la conduite des empires, elle a fait les riches pour se reposer sur eux du soin des pauvres, et elle ne leur a donné plus de biens que pour les distribuer à ceux qui en manquent, pour remplir par leurs largesses l'intervalle que la misère a mis entre eux et leurs frères.
CAMBACBRÈ:.