CYBÊLE OU LA TERRE
0 toi, que l'antiquité nomma la mère des dieux, Cybèle , terre , qui soutiens mon existence fugitive , inspire-moi , au fond de quelque grotte ignorée , le même esprit qui dévoilait les temps à tes anciens oracles !
C'est pour toi que le soleil brille , que les vents soufflent, que les fleuves et les mers circulent; c'est pour toi que les heures, les zéphyrs et les néréides se parent à l'envi de couronnes de lumière , de guirlandes de fleurs et de ceintures azurées ; c'est à toi que tout ce qui respire suspend la lampe de la vie. Mère commune des êtres , tous se réunissent autour de toi : éléments, végétaux , animaux, tous s'attachent à ton sein maternel comme tes enfants. L'astre des nuits lui-même t'environne sans cesse de sa pâle lumière. Pour toi, éprise des feux d'un amour conjugal envers le père du jour , lu circules autour de lui , réchauffant tour à tour à ses rayons tes mamelles innombrables. Toi seule , au milieu de ces grands mouvements , présentes l'exemple de la constance aux humains inconstants. Ce n'est ni dans les champs de la lumière , ni dans ceux de l'air et des eaux, mais dans tes flancs, qu'ils fondent leur fortune, et qu'ils trouvent un éternel repos. 0 terre, berceau et tombeau de tous les êtres ! en attendant que tu accordes un point stable à ma cendre, découvre-moi lesrichesses de ton sein , les formes ravissantes de tes vallées , et tes monts inaccessibles, d'où s'écoulent les fleuves , et tes mers , jusqu'à ce que mon ârhu , dégagée du poids de son corps, s'envole vers ce soleil, où tu puises toi-même une vie immortelle !
BERNARDIN DE SAINT-PIERRE. Ua.rm01.ieS de
la Nature, t. n.