‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 157 sur 649 · LA CREATION · texte numérisé non relu

LA CREATION

Qui a formé tant de genres d'animaux , et tant d'espèces subordonnées à ces genres , toutes ces propriétés , tous ces mouvements , toutes ces adresses , tous ces aliments , toutes ces forces diverses, toutes ces images de vertu, de pénétration, de sagacité et de violence ? Qui a fait marcher , ramper , glisser -les animaux ? Qui a donné aux oiseaux et aux poissons ces rames naturelles qui leur font fendre les eaux et l'air? Ce qui peut-être a donné lieu à leur créateur de les produire ensemble , comme animaux d'un dessin à peu près semblable ; le vol des oiseaux paraissant être une espèce de faculté de nager dans une matière plus subtile, comme la faculté de nager dans les poissons est une espèce de vol dans une liqueur plus épaisse. Le même auteur a fait ces convenances et ces différences ; celui qui a donné aux poissons leur tristesse , et, pour ainsi dire, leur morne silence, a donné aux oiseaux leurs chants si divers , et leur a mis dans l'estomac et dans le gosier une espèce de lyre et de guitare , pour annoncer , chacun à leur mode , les beautés de leur créateur. Qui n'admirerait les richesses de la Providence, qui fait trouver à chaque animal, jus- ■ qu'à une mouche, jusqu'à un ver, sa nourriture convenable? En sorte que la disette ne se trouve dans aucune partie de sa famille , mais , au contraire , que l'abondance y règne partout , excepté

1 Voyez, l'ius haut, le Ciuic du feu.

maintenant parmi les hommes, depuis que la péché a introduit la cupidité et l'avarice.

bossuet. Élévations.

A cette seule parole : Que la lerre produise do l'herbe verte ; une surface sèche et stérile devient tout d'un coup un paysage diversifié de prairies, de riches vallons , d'agréables collines , de montagnes couvertes de forêts , semé de fleurs de toute espèce , chargé de fruits de tout genre et de toute sorte de goûts.

Mais ne nous livrons pas si fort à la nouveauté et à la surprise d'un tel spectacle , que nous devenions incapable de l'examiner.

La première chose qui me frappe , est le choix que Dieu a fait delà couleur générale qui embellit toutes les plantes qu'il vient de produire ; le vert naissant, dont il les a revêtues, a une telle proportion avec les yeux , qu'on voit bien que c'est la même main qui a coloré la nature , et qui a formé l'homme pour en être spectateur. S'il eût teint en blanc ou en rouge toutes les campagnes, qui aurait pu en soutenir l'éclat ou la dureté? S'il les eût obscurcies par des couleurs plus sombres , qui aurait pu faire ses délices d'une vue si triste et si lugubre? Une agréable verdure tient le milieu entre ces deux extrémités, et elle a un tel rapport avec la structure de l'œil , qu'elle le délasse , au lieu de le tendre, et qu'elle le soutient et le nourrit , au lieu de l'épuiser.

Mais ce que je croyais d'abord n'être qu'une couleur, est une diversité de teintures qui m'étonne. C'est du vert partout, mais ce n'est nulle part le même. Aucune plante n'est colorée comme une autre : je les approche , je les compare, et je trouve , en les comparant , que la différence est sensible. Cette surprenante variété, qu'aucun art ne peut imiter, se diversifie encore dans chaque plante qui , dans son origine , dans son progrès, dans sa maturité, est d'une espèce de vert différent. Et je suis moins surpris , après celte observation qui augmente mon admiration, que les nuances innombrables d'une même couleur m'attirent toujours , et ne me rassasient jamais.

duguf.t et d'asffxd. L'Ouvrage de:

six Jours, ih« j., ii« p.

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