LE SENTIMENT DE LA DIVINITÉ
Avec le sentiment de la Divinité, tout est grand, noble, invincible dans la vie la plus étroite; sans lui , tout est faible , déplaisant et amer au sein même des grandeurs. Ce fut lui qui donna l'empire à Sparte et à Rome , en montrant à leurs îiabitants vertueux et pauvres les dieux pour protecteurs et pour concitoyens. Ce fut sa destruction qui les livra riches et vicieux à l'esclavage , lorsqu'ils ne virent plus d'autres dieux dans l'univers que l'or et les voluptés. L'homme a beau s'environner des biens de la fortune ; dès que ce sentiment disparaît de son cœur , l'ennui s'en empare. Si son absence se prolonge , il tombe dans la tristesse , ensuite dans une noire mélancolie, et enfin t dans le désespoir. Si cet état d'anxiété est con- ! stant, il se donne la mort. L'homme est le seul être sensible qui se détruise lui-même dans un état do, liberté. La vie humaine, avec ses pompes et ses délices, cesse de lui paraître une vie, quand elle cesse de lui paraître immortelle et divine.
Quel que soit le désordre de nos sociétés , cet instinct céleste se plaît toujours avec les enfants des hommes. 11 inspire les hommes de génie en se montrant à eux sous les attributs éternels. 11 présente au géomètre les progressions ineffables de l'infini , au musicien des harmonies ravissantes , à l'historien les ombres immortelles des hommes vertueux. Il élève un Parnasse au poète , et un Olympe au héros.. 11 luit sur les jours infortunés du peuple. Il fait soupirer, au milieu du luxe de Paris , le pauvre habitant de la Savoie , après les saints couverts de neige de ses montagnes. 11 erre sur les vastes mers, et rappelle des doux climats de l'Inde le matelot européen aux rivages orageux de l'Occident. 11 donne une patrie à des malheureux , et des regrets à ceux qui n'ont rien perdu. 11 couvre nos berceaux des charmes de l'innocence , et les tombeaux de nos pères des espérances de l'immortalité. 11 repose au milieu des villes tumultueuses , sur les palais des grands rois, et sur les temples augustes delà religion.
Souvent il se fixe dans les déserts , et attire surt des rochers les respects de l'univers. C'est ainsi qu'il vous a couvertes de majesté, ruines de la Crèce et de Rome , et vous aussi , mystérieuses pyramides de l'Egypte ! C'est lui, que nous cherchons sans cesse au milieu de nos occupations inquiètes ; mais , dès qu'il se montre à nous dans quelque acte inopiné de vertu, ou dans quelqu'un de ces événements qu'on nomme des coups du ciel , ou dans quelques-unes de ces émotions sublimes indéfinissables , qu'on appelle par excellence des traits de sentiment, son premier effet est de produire en nous un mouvement de joie très-vif, et le second de nous faire verser des larmes. Notre âme , frappée de cette lueur divine , se réjouit , à la fois , d'entrevoir la céleste patrie , et s'afflige d'en être exilée.
BERNARDIN DE SAINT-VIERUE. ÉtlldCSdela Nature.
l'athéisme.
Otcz aux hommes l'opinion d'un Dieu rémunérateur et vengeur , Sylla et Marius se baignent alors avec délices dans le sang de leurs concitoyens : Auguste , Antoine et Lépide surpassent les fureurs de Sylla ; Néron ordonne de sang-froid le meurtre de sa mère : il est certain que la doctrine d'un Dieu vengeur était alors éteinte chez les Romains. L'athée, fourbe, ingrat, calomniateur, brigand, sanguinaire, raisonne et agit conséquemment, s'il est sur de l'impunité ^« la part des hommes ; car, s'il n'y a pas de Dieu, ce monstreest son dieu à lui-même ; il s'immole tout ce qu'il désire, ouloulcequi lui fait obstacle ; les prières les plus tendres , les meilleurs raison-
MORALE RELIGIEUSE
nements ne peuvent pas plus sur lui que sur un loup affamé.
Une société particulière d'athées qui ne se 'disputent rien , et qui perdent doucement leurs jours dans les amusements de la volupté , peut durer quelque temps sans trouble ; mais , si le monde était gouverné par des athées , il vaudrait autant être sous le joug immédiat de ces êtres informes qu'on nous peint acharnés contre leurs victimes *.
VOLTAIRE
Craignez Dieu ; honorez le roi. Dieu et le roi ! Voici , mes frères, les deux plus grands objets du monde. Dieu ne voit rien au-dessus de lui dans l'infinité de son être ; le monarque ne connaît rien au-dessus de lui dans la souveraineté de sa puissance : il semble que ces deux incomparables objets se touchent, se tiennent , se répondent si bien qu'on ne peut songer à l'un sans penser à l'autre : car Dieu est le monarque, et le monarque est Dieu dans son espèce. J'ai dit : Vous éles des dieux; Dieu est le roi du ciel, et le roi, en quelque sorte, le dieu de la terre ; et il est certain que Dieu n'a point de plus belles ni de plus vives images que ces rois , si majestueux , qui tiennent ici-bas sa place parmi les hommes : sa puissance reluit visiblement dans cette autorité souveraine qu'ils exercent sur leurs peuples; sa sagesse, dans la prudence et les lumières de leur conseil ; sa justice, dans l'équité de leurs lois; sa vengeance, dans la terreur de leurs armes ; sa grandeur, dans l'étendue de leur domination ; sa gloire , dans la pompe et la magnificence de leur cour ; et son infinité, qui contient éminemment en soi toutes les perfections des créatures , se remarque avec éclat dans leur dignité royale, qui renferme en elle-même toutes les charges de leur empire. En effet, un monarque est général dans ses armées, juge dans ses tribunaux , magistrat dans ses villes, gouverneur d«ns ses provinces , maître et père dans toutes les familles de son obéissance ; il est tout lui seul, et l'on peut dire que les officiers de son royaume ne sont que ses yeux, 'ses oreilles , ses mains et ses bras , qui agissent pour lui et par lui, et qui sont animés de son esprit.
dobosc. Sermon sur tes deux souverains.