H LOI DES SOUVERAINS , OU LE ROI L HOMME DES PEUPLES
L'amour du peuple, le bien public, l'intérêt général de la société est la loi immuable cl uni-
i On ne sait trop a quels Cires Voltaire fait allusion dans laï-Uraie un peu vague qui termine ce morceau. (N. E.)
verselle des souverains. Cette loi est antérieure a tout contrat : elle est fondée sur la nature même ; elle est la source et la règle sûre de toutes les autres lois. Celui qui gouverne doit être le premier et le plus obéissant à cette loi primitive; il peut tout sur les peuples , mais cette loi doit pouvoir tout sur lui : le père commun de la grande famille ne lui a confié ses enlants que pour les rendre heureux. Il veut qu'un seul homme serve par sa sagesse à la félicité de tant d'hommes , et non que tant d'hommes servent par leur misère à flatter l'orgueil d'un seul. Ce n'est point pour lui-même que Dieu l'a fait roi : il ne l'est que pour être l'homme des peuples... Le despotisme tyrannique des souverains est un attentat sur les droits de la fraternité humaine ; c'est renverser la grande et sage loi de la nature , loi dont ils ne doivent être que les conservateurs... Le pouvoir sans bornes est une frénésie qui ruine leur propre autorité... On peut, en conservant la subordination des rangs, concilier la liberté du peuple avec l'obéissance due aux souverains , et rendre les hommes tout ensemble bons citoyens et fidèles sujets, soumis sans être esclaves, et libres sans être effrénés. L'amour de l'ordre est la source de toutes les vertus politiques , aussi bien que de toutes les | vertus divines.
I fénélon. La direction pour la conscience
d'un roi-
l'homme, ou le corps et l'esprit. *
Les êtres qu'une volonté toute-puissante fit sortir du néant forment comme deux mondes opposés dans un seul univers, le monde des corps et le monde des esprits.
L'un s'ignore , l'autre se connaît. L'un est soumis à des lois qui lui sont imposées , et qu'il ne peut transgresser; l'autre s'impose à lui-même des lois , il se régit par "des volontés libres.
La terre que nous habitons , les astres qui nous éclairent, furent reçus dans le vaste sein d'une étendue que rien ne peut mesurer.
Les destinées des esprits, au contraire , s'accomplissent hors de toutes les étendues et de tous les espaces.
Cependant, rien n'est isolé : tout se lie par des rapports , tout se tient. L'œil des intelligences pénètre dans les profondeurs de l'espace ; il admire les merveilles dont elles sont le théâtre, il s'élève jusqu'à celui qui ordonna qu'elles fussent.
Qu'eût été l'univers privé de tout témoin ? Tant de beautés , tant de magnificence doivent-elles être éternellement ignorées? Et, si toutes les créatures avaient été insensibles , à qui les cieux auraient-ils raconté la gloire de leur auteur?
« Quand l'univers l'écraserait , 1 homme, dit Pascal , serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu'il sait qu'il meurt ; et l'avantage que l'univers a sur lui , l'univers n'en sait rien. »
La dignité du sentiment qui respire dans cette pensée , la manière sublime dont elle est rendue , auraient dû faire taire toutes les critiques. Comment a-l-cn pu dire que la raison était blessée de ce rapprochement entre une telle inlinic grandeur et une telle infinie petitesse!
La raison dit impérieusement que celui qui meurt, mais qui sait qu'il meurt, appartient à un ordre plus élevé que l'être qui existe sans connaître son existence, l'un fût-il un atome , l'autre un monde tout entier; l'un dût-il ne vivre qu'un instant , l'autre durer toujours. La raison dit que, après la vertu , le savoir est la source et la mesure de toute noblesse , et que le plus intelligent des êtres en est le plus noble.
C'est donc parce qu'il pense , qu'il connaît, et qu'il se connaît , que l'homme tient le premier rang. Par son corps, il était sans doute une des œuvres les plus admirables de la Divinité ; par con intelligence , il en est devenu l'image.
la ROMiGUiÉUE. Leçons de Philosophie, t. n.