‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 18 sur 649 · DIX-HUITIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

DIX-HUITIÈME SIÈCLE

Jusqu'ici , et surtout dans le xvne siècle , la littérature n'a semblé que le résultat et l'expression de la société existante ; la société agit énergiquement sur elle ; elle réagit faiblement sur la société. Au xviii" siècle , la scène change , au moins en partie : si l'action reste la même , la réaction acquiert une bien plus grande intensité. Au milieu de la décadence générale des pouvoirs constitués ou consentis , la littérature à son tour devient un pouvoir ; tout en se fortifiant , elle tend aussi à se concentrer ; elle se personnifie spécialement dans quelques hommes qui donnent l'impulsion à tout le reste. L'histoire doit , autant que possible , représenter cette nouvelle phase littéraire. L'ordre que nous avons adopté jusqu'à présent se modifiera donc avec la nature des faits. La poésie cède la première place à la prose, dont l'influence plus générale se fait mieux sentir : c'est aussi par cette grande division littéraire que nous commencerons ; et comme elle se résume dans les écrivains qui la dominèrent , ces écrivains paraîtront les premiers; nous descendrons ensuite aux hommes et aux genres dont l'action sociale fut moins significative.

Louis XIV , tout en commandant le respect pour les mœurs publiques , avait donné lui-même l'exemple de les enfreindre. Quand les deux générations contemporaines de sa grandeur eurent disparu , celle qui leur succéda n'hérita point de leur enthousiasme pour le grand roi. L'illusion était dissipée; le peuple souffrait; la victoire avait passé aux ennemis. La fermeté que montra Louis dans ses derniers malheurs ne ramena point à lui les cœurs qu'avaient aliénés ses ministres , ses confesseurs et ses maîtresses. Il mourut. Le respect pour la monarchie , qui n'était déjà plus qu'habitude ou hypocrisie , tomba avec lui. Rien ne pouvait plus le rappeler. La licence était montée sur le trône avec le duc d'Orléans , régent de France. Louis XV joignit bientôt à la honte de sa politique extérieure le scandale de sa vie privée. Le mécontentement fut universel. On y répondit par des coups d'autorité. Cependant les gens de lettres se répandaient de plus en plus dans le , monde ; soutenus par les mœurs et l'opinion , ils y soumirent à l'examen et à l'analyse, d'abord la

religion , comme on l'avait fait au xvie siècle , mais avec beaucoup plus de hardiesse encore, puis la politique , la législation , le gouvernement tout entier. Flattés par les souverains du Nord , ils sentirent tout ce qu'ils pouvaient être. Ils se réunirent. L'Encyclopédie fut le fruit de cette union. L'autorité , qui aurait dû chercher à diriger l'Encyclopédie, la proscrivit. La discorde entre les opinions et les institutions n'en fut que plus flagrante. Bientôt elle devint une lutte acharnée qui ensanglanta les dernières années du xvme siècle. Attaquées de toutes parts, les institutions croulèrent enfin toutes à la fois , et leur chute , en ébranlant toute l'Europe , lui ouvrit une ère nouvelle. Ce n'est pas à la littérature qu'il faut attribuer cet immense résultat préparé depuis si longtemps et par tant de causes; mais elle obéit aux opinions qui l'amenèrent , elle travailla à les seconder, à les formuler, et par là même ajouta à leur énergie. Un homme surtout s'en constitua le représentant ; ce fut Voltaire.

prose didactique; philosophie, politique,

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