‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 238 sur 649 · MARCEL ET ROBERT LE COQ · texte numérisé non relu

MARCEL ET ROBERT LE COQ

Marcel , d'une humeur sombre et violente , fourbe sans finesse, ennemi insolent, méprisant la naissance , la vertu , les titres , la majesté , outrageait ouvertement tous ceux qu'il haïssait, trompait le peuple sans le flatter, ne liait ses partisans que par l'intérêt ou la terreur. L'évêque deLaon, non moins séditieux , mais avec plus de sangfroid ei de souplesse , principal agent delà faction et conseiller du Dauphin, sapait la royauté en présence même du prince , et souvent par ses mains, affectait un air de dignité, et une certaine observation desbienséances, plus injurieuse encore que la dureté brusque de Marcel. L'un figurait mieux dans une assemblée délibérante et dans une négociation ; l'autre poussait avec plus de vigueur une entreprise et un coup de main. Le péril effrayait l'évêque ; le péril irritait Marcel. Quand Marcel songeait à prendre un parti extrême , l'évêque se préparait à la fuite. L'un était plus prudent, mais plus prompt à désespérer; l'autre

1 Charles 11, dit le Mauvais, roi de Navarre, comte «l'Êvreux, né en 1332, fils de Jeanne de France et de Phil'ppe III, fut couronne en 1350. Il mourut après un régne de 37 ans, et l'histoire l'a mis au nombre des plus cruelslyrans.

'Etienne Marcel, prévOldcs marchands, vivait sous Jean

plus résolu et plus ardent , mais jusqu'à l'opiniâtreté et jusqu'à la fureur. L'un , plus perfide, conduisait ses ennemis dans le piège ; l'autre , plus sanguinaire , les assassinait. L'évêque, supérieur en apparence par son rang, secondait Marcel dont l'énergie dominait tout. Dévorés l'un et l'autre d'ambition, mais Marcel dédaignant les honneurs , et jaloux seulement de sa puissance ; l'évêque faisant servir l'autorité à la satisfaction de l'orgueil; ils se perdirent parleur avidité pour l'argent. Ils ne savaient pas faire paraître cet adroit désintéressement qui semble négliger de s'enrichir , pour s'emparer ensuite plus sûrement de toutes les fortunes avec tout l'État 2.

LE MÊME, zbtet.

LE CHANCELIER DE l'iIOSPITAL.

Si les grands et les peuples d'alors avaient ctç abandonnés à leur fanatisme , la France serait bientôt retombée , sinon dans son ancienne barbarie , dont le luxe et l'amour du plaisir l'auraient peut-être défendue quelque temps, du moins dans l'anarchie , suite du mépris des lois , et de l'ignorance des lettres. Qui n'eût pas cru alors tout perdu ? Mais le chancelier de l'Hospital veillait pour la patrie; ce grand homme, au milieu des troubles civils , faisait parler les lois qui se taisent d'ordinaire dans ces temps d'orage et de tempête ; il ne lui vint jamais dans l'esprit do douter de leur pouvoir ; il faisait l'honneur à la raison et à la justice de penser qu'elles étaient plus fortes que les armes mêmes, et que leur sainte majesté avait des droits imprescriptibles sur le cœur des hommes, quand on savait les faire valoir.

De là ces lois dont la simplicité noble peut marcher à côté des lois romaines ; ces lois dont il a banni , suivant le précepte de Sénèque , tout préambule indigne de la majesté qui doit les accompagner : Nihil mihi videtur, dit-il, frigidius, quàm lex cum prologo ; jubeat lex , nonsuadeat. De là ces édits qui , par leur sage prévoyance , embrassent l'avenir comme le présent , et sont devenus depuis une source féconde où l'on a puisé la décision des cas même qu'ils n'ont pas prévus; ces ordonnances , où la force et la sagesse réunies font oublier la faiblesse du règne sous lequel elles ont été rendues : ouvrages immortels d'un magistrat au-dessus de tout éloge , qui sentait l'étendue des devoirs et la force de la suprême dignité

dit te Bon; il se mit à la tète des factieux qui désolaient alor» la capitale de la France. 11 fut lue à Paris, le 1er août 1358. Robert le Coq, évoque de L.ion,son complice , portait la parole à rassemblée des états généraux de 1350 , et ne fit pas

moins de mal a son pays. (N, E.)

ET PARALLELES

qu'il occupnit; qui sut en faire le sacrifice dès qu'il s'aperçut que l'on voulait en gêner les fonctions, et d'après lequel on a jugé tous ceux qui ont osé s'asseoir sur ce même tribunal , sans avoir son courage ni ses lumières *.

Le président hénault. Histoirede France.

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