PHILIPPE U
Philippe II s'était mis en garde contre les innovations religieuses, par les échafauds et les bûchers; contre les privilèges de ses sujets et leur esprit d'indépendance , par un despotisme qui abattait tout ce qu'il ne pouvait niveler; contre ses remords , par sa superstition et sa soumission au pape. Insensible et dur, il n'avait pas eu de peine à se faire une fausse conscience ; dans le long cours d'un règne malfaisant , il fut toujours triste et ne parut jamais agité. Il se faisait un mérite de repousser des plaisirs qui n'eussent été qu'une fatigue pour lui , et s'enorgueillissait de son amour pour le travail, quels qu'en lussent les résultats. Il peuplait sa cour de délateurs, et les États voisins d'espions; l'Europe avait toujours à craindre quelque calamité nouvelle, chaque fois qu'un galion du Mexique entrait dans les ports d'Espagne. Aussi sévère dans sa magnificence que dans l'habitude de son visage, il paraissait , non proléger, mais tolérer les lettres et les beaux-arts. Quoi qu'on ait dit de ses projets de monarchie universelle, il songeait plutôt à troubler les États qu'à les conquérir. Il croyait sa volonté grande et forte, parce qu'elle était opiniâtre; il voulait qu'au dehors comme au dedans, sa volonté fût faite; enfin, il crut régner comme un représentant de Dieu, et les peuples l'appelèrent le démon du Midi.
Cil. lachf.tku.f.. Histoire de France, pendant les guerres de religion.