‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 244 sur 649 · BICHE SUJET · texte numérisé non relu

BICHE SUJET

On a de la peine à comprendre comment lin homme qui passa sa vie à cabaler n'eut jamais de véritable objet. Il aimait l'intrigue pour intriguer: esprit hardi, délié, vaste et un peu romanesque , sachant tirer parti de l'autorité que son état lui donnait sur le peuple , en faisant servir la religion à sa politique ; cherchant quelquefois à se faire un mérite de ce qu'il ne devait qu'au hasard , et ajustant souvent après coup les moyens aux événements.

Il fit la guerre au roi ; mais le personnage de rebelle était ce qui le flattait le plus dans sa rébellion; magnifique, bel esprit , turbulent, ayant plus de saillies que de suite , plus de chimères que de vues; déplacé dans une monarchie, et n'ayant pas ce qu'il fallait pour être républicain, parce qu'il n'était ni sujet lidèle, ni bon citoyen; aussi vain , plus hardi et moins honnête homme que Cicéron, enfin plus d'esprit, moins grand et moins méchant que Catilina.

Ses Mémoires sont très-agréables à lire; mais conçoit-on qu'un homme ait le courage, ou plutôt la folie de dire de lui-même plus de mal que n'en eût pu dire son plus grand ennemi? Ce qui est étonnant, c'est que ce même homme, sur la fin de sa vie, n'était plus rien de tout cela, et qu'il devint doux, paisible, sans intrigue, et l'amour de tous les honnêtes gens de son temps; comme si toute son ambition d'autrefois n'avait été qu'une débauche d'esprit, et des tours de jeunesse dont on se corrige avec l'âge; ce qui prouve bien qu'en effet il n'y avait en lui aucune passion réelle. Après avoir vécu avec une magnificence extrême , et avoir fait pour plus de quatre millions de dettes, tout fut payé, soit de son vivant, soit après sa mort.

Le président iiénaulx.

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