‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 254 sur 649 · VIRGILE ET THÉOCRITE · texte numérisé non relu

VIRGILE ET THÉOCRITE

Virgile et Théocrite ! quels noms pour tous ceux qui aiment la campagne, la poésie et les anciens ! Despréaux a dit que c'étaient les Grâces qui avaient diclé les vers de Théocrite ; c'est du ( moins la nature dans les pays où elle avait le plus de beautés cl le plus de grâces ; c'est elle qui avait.

placé ce génie aimable sous ce beau ciel de la Sicile , sur cette terre féconde qui , prodiguant ses richesses à un travail facile, laissait aux hommes simples qui la cultivaient, le loisir de sentir les besoins du cœur et les goûts de l'imagination ; où le repos et la félicité de la vie champêlre n'étaient point une chimère ; où les combats du chant et de la flûte, les amours et les talents des bergers n'étaient point une fiction ; où , sur les bords enchantés de l'Àréthuse, dans leschamps fertiles de l'Enna, la nature, partout prodigue , n'offrait que des tableauxque le goût aurait choisis; où l'Eina , élevant sa cime et ses volcans au milieu de ces images si fraîches et si riantes , les embellissait encore par le contraste de ses effrayants phénomènes, et répandait, sur tout le tableau de celte île, je ne sais quoi de merveilleux qui devait en faire le séjour des Muses , et pouvait mériter à l'Etna même la gloire d'être , avec le Parnasse , le mont sacré des arts et du génie. Né dans cette île si poétique , pour ainsi dire au milieu de ces hommes qui , dans la rusticité même de leur état, n'avaient reçu que des sensations sublimes ou gracieuses , Théocrite n'avait pas vu un objet qui ne fût une image heureuse pour ses vers; il n'avait pas entendu un sentiment qui n'eût la naïveté ou le charme de l'idylle ; aussi jamais ne découvre-t-on chez lui aucune trace de cette attention nécessaire pour écarter les objets et les sentiments peu agréables , mais qui réveille l'idée des défauts mêmes qu'elle évite, et laisse voir l'empreinte toujours un peu dure de la réflexion sur des vers e,ui devaient être , comme les fleurs, des productions spontanées delà nature. Il ne paraît rien choisir , et on trouve une grâce infinie à tout ce qu'il rencontre ; il ne veut point ennoblir de sa poésie le langage de ses bergers , mais répandre sur ses vers la simplicité touchante de leurlangagc; et de là, sans doute, cette naïveté si supérieure à toutes les richesses de l'élégance, qui fait tant aimer l'écrivain même qu'on oublie quelquefois d'admirer, qui fit invoquera Virgile le nom de Théocrite , comme la muse de la Sicile et celle del'églogue ; à Virgile , qui semblait avoir si peu besoin d'invoquer autre chose que son génie ; ce génie si facile , quoique très-scrupuleux , dont le goût n'est plus sévère que parce qu'il est plus délicat; qui, en faisant un choix dans les images que lui offrent les champs fortunés qu'il habite , ne paraît pas chercher celles qui feront le plus d'honneur à ses vers , mais celles qui touchent et attendrissent davantage son cœur; qui a aulant d'abandon et de magnificence que s'il ne faisait aucun sacrifice ; qui , avec la plus grande réserve dans les détails , prodigue les images dans les descriptions , les varie à l'infini dans les comparaisons , le:, répand avec abondance dan11 W

figures d'expression, et fond, dans le tissu du style le plus sage , les couleurs les plus brillantes et les plus riches de la nature ; qui , lors même que son génie s'élève au-dessus de l'égloguc, et chante les lois de l'univers ou la naissance d'un maître du monde, émeut , attendrit , par la grâce seule de ses vers , par leur mollesse; qui , n'ayant jamais écrit que dans la perfection de son talent, semble cependant avoir répandu plus particulièrement sur ses églogues la (leur naissante de son imagination , les soupirs de ses amours et les accents de sa jeunesse.

carat. Éloge de Fontenelle,

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