‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 323 sur 649 · L'ARMÉE DE JOYEUSE , L'ARMEE DE HENRI IV · texte numérisé non relu

L'ARMÉE DE JOYEUSE , L'ARMEE DE HENRI IV

De tous les favoris qu'idolâtrait Valois ', Qui flattaient sa mollesse et lui donnaient des lois, Joyeuse, né d'un sang chez les Français insigne,

l Henri III. (N. E.i

D'une faveur si haute était le moins indigne : Il avait des vertus; et, si de ses beaux jours La Parque en ce combat n'eût abrégé le cours , Sans doute aux grands exploits son âme accoutumée Aurait de Guise , un jour, atteint la renommée. Mais , nourri jusqu'alors au milieu de la cour, Dans le sein des plaisirs, dans les bras de Famour. Il n'eut à m'opposer qu'un excès de courage, Dans un jeune héros dangereux avantage. Les courtisans en foule, attachés à son sort, Du sein des voluptés s'avançaient à la mort. Des chiffres amoureux, gage de leurs tendresses. Traçaient sur leurs habits les noms de leurs maîtresses . Leurs armes éclataient du feu des diamants, De leurs bras énervés frivoles ornements. Ardents, tumultueux, privés d'expérience, Ils portaient au combat leur superbe imprudence : Orgueilleux de leur pompe, et fiers d'un camp nombreux Sans ordre ils s'avançaient d'un pas impétueux.

D'un éclat différent mon camp frappait leur vue : Mon armée, en silence à leurs yeux étendue, N'offrait de tous côtés que farouches soldats, Endurcis aux travaux, vieillis dans les combats. Accoutumés au sang et couverts de blessures; Leur fer et leur mousquet composaient leurs parures . Comme eux vêtu sans pompe , armé de fer com me eux . Je conduisais aux coups leurs escadrons poudreux . Comme eux de mille morts affrontant la tempête , Je n'étais distingué qu'en marchant à leur tête. Je vis nos ennemis vaincus et renversés, Sous nos coups expirants, devant nous dispersés: A regret dans leur sein j'enfonçais celte épée, Qui du sang espagnol eût élé mieux trempée.

Il le faut avouer, parmi ces courtisans Que moissonna le fer à la fleur de leurs ans, Aucun ne fut percé que de coups honorables : Tous fermes dans leur poste et tous inébranlables , Us voyaient devant eux avancer le trépas, Sans détourner les yeux, sans reculer d'un pas. Des courtisans français tel est le caractère : La paix n'amollit point leur valeur ordinaire; De l'ombre du repos ils volent aux hasards; Vils flatteurs à la cour, héros au champ de Mars.

Pour moi , dans les horreurs d'une mêlée affreuse , J'ordonnai , mais en vain , qu'on épargnât Joyeuse. Je l'aperçus bientôt, porté par des soldats, Pâle, et déjà couvert des ombres du trépas. Telle une tendre fleur, qu'un matin voit écïore Des baisers du zéphyr et des pleurs de l'aurore, Brille un moment aux yeux , et tombe avant le temps Sous le tranchant du fer, ou sous l'effort des vents. voltaire. La Henriade, cli. III.

Un service élégant, d'une ordonnance exacte, Doit de votre repas marquer le dernier acte. Au secours du dessert appelez tous les arts, Surtout celui qui brille au quartier des Lombards s. Là, vous pourrez trouver, au gré de vos caprices, Des sucres arrangés en galants édifices; Des châteaux de bonbons, des palais de biscuits, Le Louvre, Bagatelle et Versailles confits, Les amours de Sapho , d'Abélard , de Tibulle, Les noces de Gamache, et les travaux d'Hercule;

2 Les boutiques des plus fameux confiseurs de Taris étalent placées rue des Lombards. (N. E.)

Et mille objets divers, que savent imiter D'habiles confiseurs que je pourrais citer.

Ne démolissez point ces merveilles sucrées, Pour le charme des yeux seulement préparées; Ou du moins accordez, pour jouir plus longtemps, Quelques jours d'existence à ces doux monuments : Assez d'autres objets, dignes de votre hommage, Avec moins d'appareil vous plairont davantage. Ah ! plutôt attaquez et savourez ces fruits Qu'un art officieux en compote a réduits. A la grâce, à l'éclat sacrifiez encore, Aux trésors de Pomone ajoutez ceux de Flore : Que la rose, l'œillet, le lis et le jasmin, Fassent de vos desserts un aimable jardin; Ft que l'observateur de la belle nature S'extasie en voyant des fleurs en confiture. Vous avez satisfait à vos nombreux désirs ; Mais Bacchus vous attend pour combler vos plaisirs. Approche, bienfaiteur et conquérant de l'Inde, Tu m'inspireras mieux que les filles du Pinde ; Verse-moi ton nectar, dont les dieux sont jaloux , El mes vers vont couler plus faciles, plus doux.

De ces vases nombreux que l'aspect m'intéresse! Ouel luxe séducteur! quelle aimable richesse! Vos convives déjà, dans un juste embarras, Vous adressent leurs voeux , et vous tendent les bras : Venez à leur secours, offrez- leur à la ronde La liqueur qui vous vient des bords de la Gironde, Le vin de Malvoisie et celui de Palma, Le Champagne mousseux, le christi-lacryina, Le Chypre, l'albano, le clairet, le constance... Choisissez-les toujours au lieu de leur naissance. N'allez pas rechercher aux faubourgs de Paris Du vin de Rivesalte ou de Côte-Perdrix; El ne vous fiez pas à l'art des empiriques Qui chargent vos boissons de mélanges chimiques; Donnez-vous en buvant les airs d'un connaisseur; Dites que ce bordeaux aurait plus de saveur S'il avait visité quelques plages lointaines , Et que ce malaga qui coule dans vos veines < Usé par la vieillesse, a perdu sa vertu ; Qu'il serait sans égal s'il avait moins vécu.

berchoux La Gastronomie.

Le café vous présente une heureuse liqueur Qui d'un vin trop fumeux chassera la vapeur; Vous obtiendrez par elle, en désertant la table, Un esprit plus ouvert, un sang-froid plus aimable; Bientôt, mieux disposé par ses puissants effets, Vous pourrez vous asseoir à de nouveaux banquets; Elle est du dieu des vers honorée et chérie. On dit que du poète elle sert le génie; Que plus d'un froid rimeur, quelquefois réchauffé, A dû de meilleurs vers, au parfum du calé : Il peut du philosophe égayer les systèmes, Pendre aimables, badins, les géomètres mêmes; Par lui l'homme d'Etat , dispos après diner, Forme l'heureux projet de nous mieux gouverner. Il déride le front de ce savant austère, Amoureux de la langue et du pays d'Homère, Q ni , fondant sur le grec sa gloire et ses succès , Se dédommage ainsi d'être un sol en français. '1 peut, de l'astronome éclaircissanl la vue, L'aider à retrouver son étoile perdue.

Au nouvelliste enfin il révèle parfois Les intrigues des cours et les secrets des rois,

L'aide à rêver la paix, l'armistice, la guerre, Et lui fait, pour six sous, bouleverser la lerre. le niim.lbid.

Il est une liqueur, au poêle plus chère, Qui manquait à Virgile, el qu'adorait Voltaire. C'est loi , divin café, dont l'aimable liqueur. Sans altérer la tête, épanouit le cœur. Aussi, quand mon palais est émoussé par l'âge, Avec plaisir encor je goûle ton breuvage. Que j'aime à préparer ion nectar précieux! Nul n'usurpe chez moi ce soin délicieux. Sur le réchaud brûlant moi seul tournant ta graine, A l'or de ta couleur fais succéder l'ébène; Moi seul , contre la noix qu'arment ses dénis de fer, Je fais, en le broyant, crier ton fruit amer; Charmé de ton parfum , c'est moi seul qui dans l'onde Infuse à mon foyer ta poussière féconde; Qui, tour à tour calmant, excitant tes bouillons, Suis d'un œil attentif les légers tourbillons. Enfin, de la liqueur lentement reposée, Dans le vase fumant la lie est déposée; Ma coupe, ton nectar, le miel américain, Que du suc des roseaux exprima l'Africain , Tout est prêt : du Japon l'émail reçoit tes ondes, Et seul lu réunis les tributs des deux mondes. Viens donc, divin nectar, viens donc, inspire-moi : Je ne veux qu'un désert, mon Anligone, et loi. A peine j'ai senti la vapeur odorante, Soudain de ton climat la chaleur pénétrante Réveille tous mes sens; sans trouble, sans chaos, Mes pensers plus nombreux accourent à grands flots. Mon idée était trisle, aride, dépouillée; Elle rit, elfe sort richement habillée, El je crois, du génie éprouvant le réveil, Boire dans chaque goutle un rayon du sojeil.

delille. Les Trois Règnes, en. VI.

ixs noswcES.

Je m'éloigne, je vole aux asiles pieux, Des besoins , des douleurs abris religieux, Où la tendre pitié, pour adoucir leurs peines, 'Joint les secours divins aux charités humaines. Elle-même en posa les sacrés fondements. Mais de ces saints abris, ouvrage des vieux temps, Souvent la négligence ou l'infâme avarice A fait de tous les maux l'épouvantable hospice. Là, sont amoncelés, dans des murs dévorants, Les vivants sur les morls, les morts sur les mourants Là, d'impures vapeurs la vie environnée, Par un air corrompu languit empoisonnée; Là, le long de ces lits où gémit le malheur, Victime des secours plus que de la douleur, L'ignorance, en courant, fait sa ronde homicide L'indifférence observe, 'et le hasard décide.

Mais la pitié revient achever ses travaux, Sépare les douleurs, et distingue les maux , Les recommande à l'art que sa bonté seconde; Tanlôl, les délivrant d'une vapeur immonde, Ouvre ces longs canaux, ces frais ventilateurs, De l'air renouvelé puissants réparateurs. Par elle un ordre heureux conduit ici le zèle; La propreté soigneuse y préside avec elle.

La vie est à l'abri du souffle de la mort; Grâce à ses Soins pieux, sans terreur, sans remord, L'agonie en ses bras plus doucement s'achève. L'heureux convalescent sur son lit se relève , Et revient, échappé des horreurs du trépas, D'un pied tremblant encor former ses premiers pas Les besoins, la douleur, la santé, la bénissent; La terre est consolée, et les cieux applaudissent. le même. La Pitié, eh. il.

JJÉÎIE SUJET.

Ouvre-toi, triste enceinte, où le soldat blessé, Le malade indigent, et qui n'a point d'asile, Reçoivent un secours trop souvent inutile. Là , des femmes , portant le nom chéri de sœurs , D'un zèle affectueux prodiguent les douceurs. Plus d'une apprit longtemps , dans un saint monastère, En invoquant le ciel, à protéger la terre, Et, vers l'infortuné s'élançant des autels, Fut l'épouse d'un Dieu pour servir les mortels. 0 courage touchant! ces tendres bienfaitrices, Dans un séjour infect, où sont tous les supplices, De mille êtres souffrants prévenant les besoins, Surmontent les dégoûts des plus pénibles soins, Du chanvre salutaire entourent leurs blessures, Et réparent ce lit témoin de leurs tortures, Ce déplorable lit, dont l'avare pitié Ne prêle à la douleur qu'une étroite moitié. De l'humanité même elles semblent l'image; Et les infortunés que leur bonté soulage Sentent avec bonheur, peut-être avec amour, Qu'une femme est l'ami qui les ramène au jour. legouvÉ. Mérite des femmes.

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