I.A TENDRESSE MATERIELLE
Avec notre existence , De la femme pour nous le dévoûment commence. C'est elle qui, neuf mois, dans ses lianes douloureux, Porte un fruit de l'hymen trop souvent malheureux, Et, sur un lit cruel longtemps évanouie, Mourante le dépose aux portes de la vie. C'est elle qui , vouée à cet être nouveau , Lui prodigue les soins qu'attend l'homme au berceau. Quels tendres soins! Dort -il, attentive, elle chasse L'insecte dont le vol ou le bruit le menace; Elle semble défendre au réveil d'approcher.
La nuit même d'un (ils ne peut la détacher; Son oreille de l'ombre écoute le silence; Ou , si Morphée endort sa tendre vigilance, Au moindre bruit rouvrant ses yeux appesantis, Elle vole, inquiète, au berceau de son fils, Dans le sommeil longtemps le contemple immobile, Et rentre dans sa couche, à peine encor tranquille. S'éveille-t-il, son sein, à l'instant présenté. Dans les Ilots d'un lait pur lui verse la santé. Qu'importe la fatigue à sa tendresse extrême? Elle vil dans son lils , et non plus dans soi-même , Et se montre aux regards d'un époux éperdu Belle de son enfant à son sein suspendu. Oui, ce fruit de l'hymen, ce trésor d'une mère, Même à ses propres yeux est sa beauté première.
» Cette action est vraie. Une more sauva ainsi de la cécité «ou nu atteint de la petite vérole. Madame de Genlis , dans
Voyez la jeune isaure, éclatante d'attraits; Sur un enfant chéri, l'image de ses traits, Fond soudain ce fléau qui, prolongeant sa rage, Grave au front des humains un éternel outrage. D'un mal contagieux tout fuit épouvanté; Isaure sans effroi brave un air infecté. Près de ce fils mourant elle veille assidue. Mais le poison s'étend et menace sa vue : Il faut, pour écarter un péril trop certain , Qu'une bouche fidèle aspire le venin.
Une mère ose tout; Isaure est déjà prête; Ses charmes, son époux, ses jours, rien ne l'arrête D'une lèvre obstinée, elle presse ces yeux Que ferme un voile impur à la clarté des c'eux * ; Et d'un fils, par degrés, uégageant la paupière, Une seconde fois lui donne la lumière.
Un père a-t-il pour nous de si généreux soins?
Bientôt d'au 1res bontés suivent d'autres besoins î L'enfant, de jour en jour, avance dans la vie; Et, comme les aiglons, qui, cédant à l'envie De mesurer les cieux dans leur premier essor, Exercent près du nid leur aile faible encor, Doucement soutenu sur ses mains chancelantes, Il commence l'essai de ses forces naissantes. Sa mère est près de lui : c'est elle dont le bras, Dans leur débile effort, aide ses premiers pas; Elle suit la lenteur de sa marche timide; Elle fut sa nourrice, elle devient son guide; Elle devient son maître au moment où sa voix Bégaye à peine un nom qu'il entendit cent fois î Ma mère est le premier qu'elle l'enseigne à dire. Elle est son maître encor dès qu'il s'essaye à lire; Elle épelle avec lui dans un court entretien, Et redevient enfant pour instruire le sien. D'autres guident bientôt sa faible intelligence; Leur dureté punit sa moindre négligence. Quelle est l'âme où son cœur épanche ses tourments? Quel appui cherche-t-il contre les châtiments? Sa mère! elle lui prête une sûre défense, Calme ses maux légers, grands chagrins de l'enfance, Et, sensible à ses pleurs, prompte à les essuyer, Lui donne les hochets qui les font oublier.
LE MÊME. Ibid.
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0 bienfaits d'une mère, inaltérable empire! Elle aime son enfant , même avant qu'il respire. Mais , après tant de maux, quand ce gage adoré S'échappe avec effort de son flanc déchiré, Avec quelle douceur son oreille ravie Reçoit le premier cri qui l'annonce à la vie! Heureuse de souffrir, on la voit tour à tour Soupirer de douleur et tressaillir d'amour. Ah! loin de le livrer aux soins de l'étrangère, Sa mère le nourrit, elle est deux fois sa mère. Quel est son désespoir quand son sein desséché Est avare d'un lait avec peine arraché! Je t'interroge , ô toi , dont une main savante A confié l'histoire à la toile vivante ! Tu regardes ton fils, il pleure, il va périr... Malheureuse, ton sein ne peut plus le nourrir! Guidée en ce moment par un Dieu tulélaire, Une chèvre s'approche, et son lait salutaire
de ses romans , raconte un fait semblable , excepté qu'il ait, dans sou récit, d'une fille de quinze ans. (N.E.)
A la bouche enfantine offre on pur aliment. La mère est immobile , et sourit tristement; Pensive, elle contemple avec un œil d'envie La mamelle féconde où l'enfant boit la vie.
Si de ses premiers maux le tribut passager Au nourrisson débile arrache un cri léger, Une mère , l'effroi , le désespoir dans l'âme , Voit déjà de ses jours se délier la trame; Elle écoule, la nuit, son paisible sommeil ; Par un souille ci le craint de hâter son réveil; Elle entoure de soins sa fragile existence : Avec celle d'un fils la sienne recommence : Elle sait, dans ses cris devinant ses désirs, Pour ses caprices même inventer des plaisirs.
Quand la raison précoce a devancé son âge , Sa mère la première épure son langage ; De mots nouveaux pour lui , par de courtes leçons , Dans sa jeune mémoire elle imprime les sons : Soin précieux et tendre, aimable ministère, Qu'interrompent souvent les baisers d'une mère !
D'un utile entretien elle poursuit le cours, Sans jamais se iasser répond à ses discours , L'applaudit doucement, et doucement le blâme, Cultive son esprit, fertilise son âme, Et fait luire à son œil , encor faible et tremblant , De la religion le flambeau consolant.
Quelquefois une histoire abrège la veillée; L'enfant prêle une oreille active, émerveillée : Appuyé sur sa mère , à ses genoux assis , 11 craint de perdre un mot de ces fameux récits. Quelquefois de Gessner la Muse pastorale Offre au jeune lecteur sa riante morale ; Il préfère à ses jeux ces passe-temps chéris, Et pour lui le travail du travail est le prix.
La lice va s'ouvrir : l'élude opiniâtre Te dispute ce fils que ton cœur idolâtre, Tendre mère! Déjà de sérieux loisirs Préparent ses succès ainsi que les plaisirs. Enfin vient la journée où le grave Arislarque, D'un peuple turbulent flegmatique monarque, Dépouillant de son front la vieille austérité, Décerne au jeune athlète un laurier mérité. En silence on attache une vue attendrie Sur l'enfant qui promet un homme à la patrie ; Cet enfant, c'est le tien. Un cri part : le Vainqueur, Porté par mille bras , est déjà sur ton cœur; Son triomphe est à toi , sa gloire t'environne , Et de pleurs maternels lu mouilles sa couronne.
millevovk. La Tendresse maternelle.
Hâtez-vous; vos jardins vous demandent des fleurs. Pleurs charman les! par vous la nature est pi us bel le; Dans ses brillants travaux l'art vous prend pour [modèle.
Simples tributs du cœur, vos dons sont chaque jour Offerts par l'amitié, hasardés par l'amour. D'embellir la beauté vous obtenez la gloire, Le laurier vous permet de parer la victoire, Plus d'un hameau vous donne en prix à la pudeur : L'autel même, où de Dieu repose la grandeur, Se parfume au printemps de vos douces offrandes, Et la religion sourit à vos guirlandes. Biais c'est dans nosjardi ns (| n'est votre heureux séjour: Filles de la rosée et de l'astre du jour, Venez donc de nos champs décorer le théâtre.
N'attendez pas pointant qu'amateur idolâtre,
Au lieu de vous jeter par touffes , par bouquets, J'aille de lits en lits, de parquets en parquet,, Do chaque fleur nouvelle attendre la naissance, Observer ses couleurs, épier leur nuance. Je sais que dans Harlem plus d'un triste amateur Au fond de ses jardins s'enferme avec sa fleur, Pour voir sa renoncule avant l'aube s'éveille , D'une anémone unique adore la merveille, Ou , d'un rival heureux enviant le secret , Achète au poids de l'or les taches d'un œillet. Laissez-lui sa manie et son amour bizarre; Qu'il possède en jaloux, et jouisse en avare.
Sans obéir aux lois d'un art capricieux, Fleurs, parure des champs et délices des yeux, De vos riches couleurs venez peindre la terre. Venez, mais n'allez pas dans les buis d'un parterre Renfermer vos appas tristement relégués.
Que vos heureux trésors soient partout prodigués. Tantôt de ces tapis émaillez la verdure, Tantôt de ces sentiers égayez la bordure , Serpentez en guirlande, entourez ces berceaux, En méandres brillants courez au bord des eaux, Ou tapissez ces murs , ou dans celle corbeille Du choix de vos parfums embarrassez l'abeille. Que Rapin, vous suivant dans toutes les saisons ', Décrive tous vos traits, rappelle tous vos noms : A de si longs détails le dieu du goût s'oppose. Mais qui peut refuser un hommage à la rose; La rose, dont Vénus compose ses bosquets, Le Printemps sa guirlande , et l'Amour ses bouquets Qu'Anacréon chanta; qui formait avec grâce, Dans les jours de festins , la couronne d'Horace'' dei.ille. Les Jardins, cJi. nu
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0 des sens enchantés délices innocentes? 0 suaves beautés sans cesse renaissantes! Ainsi que sur les fleurs Zéphyr se balançant, De leur brillant duvet teint son aile en passant, Ainsi de ces objets mon esprit se colore; La lyre sous mes doigts en devient plus sonore; La douce mélodie embellit mes concerts, Et le charme du lieu se répand sur mes vers.
Recevez donc mon hymne, ô vous, fleursdubocagL-., Des belles à la fois la parure et l'image! Au milieu des cités, et jusque dans les cours, Vous brillez même auprès des plus riches atours; Que du feu le plus vif le diamant scintille, Plus de charme se mêle à votre éclat tranquille; L'aiguille et le pinceau viennent vous consulter : Le chef-d'œuvre de l'art est de vous imiter.
Vous êtes des plaisirs l'emblème et l'attribut; L'amitié tous les jours vous apporte en tribut; D'une fenêtre à l'autre on nous dit , fleurs discrètes, Qu'aux amours musulmans vous servez d'interprètes. Point de fête sans vous , sans vos brillants festons ; Vous changez en bosquets le sein de nos maisons , Votre émail aux autels embellit les offrandes, Et l'horreur des tombeaux se perd sous vos gui îlandes. Le plus sombre reclus commerce avec les fleurs; Tous les aimables goûts sont au fond de nos cœurs;
1 P.Hapiii.iHitriir il'un pOëmc lai in sur les jinlins. On i VCC AléKiiuutl f\ roiTt 'ttUOll , vivait sons I unis XIV. (\ F. )
Tanl la nature en nous, puissante, impérieuse, Des tristes préjugés toujours victorieuse, Au milieu des langueurs d'un volontaire ennui, Rappelle l'homme encore au plaisir qu'il a fui! Au ! que sur ton instinct ta vertu se repose , Homme, jin Dieu t'apparaît dans ces buissons de rose; Ce Dieu qui de ses mains a paré ton séjour, Par cet attrait lui-même a cherché ton amour. I.a terre était en vain de moissons revêtue; Sans les tapis de fleurs, la terre eût été nue; Kl le devait encor, riche de toutes parts, Kn servant uos besoins, enchanter nos regards. lehiÈre. Les Fastes, ch. IX.