LE PRINTEMPS ET LES FLEURS
Du milieu do cotte île, un berceau toujours frais Monte, se courbe en voûte, et s'embellit sans frais De touffes d'aubépine et de lilas sauvage, Qui , courant en festons , pendent sur le rivage. Plus loin ce même enclos se transforme en verger, Où l'art négligemment a pris soin de ranger Les arbustes nombreux que Pomone rassemble : Autour d'eux je vois naître et s'élever ensemble Kl des plantes sans gloire et de brillantes fleurs ; Un amoureux zéphyr en nourrit les couleurs ; L'iris de la Tamise échappe au sein de l'herbe , Et brille sans orgueil au pied du lis superbe.
L'œillet au large front, la pleine renoncule, Le bluet qui , bravant l'ardente canicule, Ëmaillera les champs de la blonde Cérès, Le chèvrefeuille, ami de l'ombre des forêts, Le sureau, le lilas, l'épaisse giroflée, L'églantier orgueilleux de sa fleur étoilée, De ce beau labyrinthe émaillent les détours. Ici le frais muguet se marie aux pastours ; Là, du jasmin doré la précoce famille Brille avec le rosier à travers la charmille. Ne dois-je toutefois célébrer que l'essaim Des fleurs dont cet enclos a diapré son sein? Prés , bocages , forêts , vallons , rochers sauvages , Fontaines et ruisseaux , sur leurs inoites rivages , Tous les lieux visités des zéphyrs inconstants , Nourrissent aujourd'hui les filles du Printemps. roucher. Poème des Mois.
Printemps chéri , doux matin de l'année , Console-nous de l'ennui des hivers; Reviens enfin, et Flore emprisonnée Va de nouveau s'élever dans les airs.
Qu'avec plaisir je compte tes richesses! Que ta présence a de charmes pour moi ! Puissent mes vers, aimables comme toi, En les chantant, te payer tes largesses! Déjà Zéphire annonce ton retour.
De ce retour modeste avant-courrière, Sur le gazon la tendre primevère S'ouvre et jaunit dès le premier beau jour. A ses côtés la blanche pâquerette Fleurit sous l'herbe et craint de s'élever. Vous vous cachez, timide violette, Mais c'est en vain; le doigt sait vous trouver 11 vous arrache à l'obscure retraite Qui recelait vos appas inconnus :
Et, destinée aux boudoirs de Cythèrn ,
Vous renaissez sur un trône de verre,
Ou vous mourez sur le sein de Vénus.
L'Inde autrefois nous donna l'anémone,
De nos jardins ornement prinlanier.
Que tous les ans, au retour de l'automne.
Un sol nouveau remplace le premier ,
Et tous les ans la fleur reconnaissante
Reparaîtra plus belle et plus brillante.
Elle naquit des larmes que jadis
Sur un amant Vénus a répandues :
Larmes d'amour, vous n'êtes point perdues :
Dans cette fleur je revois Adonis.
Dans la jacinthe, un bel enfant respire;
J'y reconnais le fils de Piérus.
Il cherche encor les regards de Phébus;
Il craint encor le souffle de Zéphire.
Des feux du jour évitant la chaleur,
Ici fleurit l'infortuné Narcisse ;
Il a toujours conservé la pâleur
Que sur ses traits répandit la douleur.
Il aime l'ombre, à ses ennuis propice ;
Mais il craint l'eau, qui causa son malheur.
N'oubliez pas la brillante auricule,
Soignez aussi la riche renoncule ,
Et la tulipe , honneur de nos jardins.
Si leurs parfums répondaient à leurs charmer
La rose alors , prévoyant nos dédains,
Pour son empire aurait quelques alarmes.
Voyez ici la jalouse Clytie *
Durant la nuit se pencher tristement,
Puis relever sa tète appesantie,
Pour regarder son infidèle amant.
Le lis , plus noble et plus brillant encore,
Lève sans crainte un front majestueux;
Paisible roi de l'empire de Flore,
D'un autre empire il est l'emblème heureux,
Mais quelques fleurs chérissent l'esclavage ;
L'humble genêt, le jasmin plus aimé,
Le chèvrefeuille et le pois parfumé
Cherchent toujours à couvrir un treillage.
Le jonc pliant, sur ces appuis nouveaux,
Doit enchaîner leurs flexibles rameaux :
L'iris demande un abri solitaire ;
L'ombre entretient sa fraîcheur passagère.
Le tendre œillet est faible et délicat;
Veillez sur lui; que sa fleur élargie Sur le carton soit en voûte arrondie ; Coupez les jets autour de lui pressés : N'en laissez qu'un, la tige en est plus belle; Ces autres brins, dans la terre enfoncés, Vous donneront une tige nouvelle ; Et quelque jour ces rejetons naissants Remplaceront leurs pères vieillissants.
Aimables fruits des larmes de l'Aurore , De votre nom j'embellirais mes vers.
Mais quels parfums s'exhalent dans les airs? Disparaissez , les roses vont éclore.