‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 326 sur 649 · PARNY · texte numérisé non relu

PARNY

Lorsque Vénus, sortant du sein des mers, Sourit aux dieux charmés de sa présence,

« Clytie , fille de rocCan et <le ThOUs, fut, à cause de sa jalousie, changée en héiiolropc par Apollon. (N. E.)

Un nouveau jour éclaira l'univers , Dans ce moment la rose prit naissance.

D'un jeune lis elle avait la blancheur; Mais aussitôt le père de la treille, De ce nectar dont il fut l'inventeur Laissa tomber une goutte vermeille , Et pour toujours il changea sa couleur. De Cythérée elle est la fleur chérie, Et de Paphos elle orne les bosquets.

Sa douce odeur , aux célestes banquets, Fait oublier celle de l'ambroisie.

Son vermillon doit parer la Beauté ; C'est le seul fard que met la Volupté ; A celte bouche où le sourire joue, Son coloris prête un charme divin :

De la Pudeur elle couvre la joue, Et de l'Aurore elle rougit la main.

LU MÊME

ILES FLEURS, ET LE JARDW DES PLAHTEb.

Multipliez les fleurs, ornement du parterre; h ! si la Fable encor venait charmer la terre, es fleurs reproduiraient, en s'animant pour nous, t la jeune beauté qui mourut sans époux, t le guerrier qui tombe à la fleur de son âge, t l'imprudent jeune homme épris de son image, enais dans l'hyacinthe, enfant aimé d'un dieu; arcisse, à ta beauté dis un dernier adieu; Penche-loi sur les eaux pour l'admirer encore. D'un éclat varié que l'œillet se décore! Et toi qui le cachas, plus humble que tes soeurs, Violette, à mes pieds verse au moins tes odeurs ; Que sous l'herbe, en tous lieux, ta pourprese noircisse, Et que la giroflée en montant s'épaississe! Mariez le jasmin, le lilas, l'églantier, Et surtout que la rose , embaumant ce sentier, Brille comme le teint de la vierge ingénue , Que fait rougir l'amour d'une flamme inconnue. Ces trésors pour vous seuls ne doivent pas fleurir, A la jeune bergère on aime à les offrir : Elle rend un sourire; hélas! belle rosière, D'autres, amis des mœurs, doteront la chaumière; Mes présents ne sont point une ferme, un troupeau, Mais je puis d'une rose embellir ton chapeau. 0 fleurs! en tous les temps égayez ma retraite ; Et, plus heureux que moi , puisse un autre poète Peindre sous des crayons frais comme vos couleurs, Vos traits, vos doux instincts, vos sexes et vos mœurs ! L'amour, dont vos parfums enflamment le délire, Souvent par vos bouquets étendit son empire. 0 fleurs! qui tant de fois avez servi l'amour, Voire sein virginal le ressent à son tour. Oui, vous n'ignorez pas les humaines délices : Vainement la pudeur , au fond de vos calices , Cacha de vos plaisirs le charme clandestin; Les zéphyrs précurseurs du soir et du matin, Les zéphyrs les ont vus, et leur voix fortunée Raconte aux verts bosquets votre aimable hyménée. Cependant, si mon œil veut un jour de plus près De vos lits amoureux surprendre les secrets ,

t Le sphi.nx, célèbre par les énigmes qu'il proposait , était l'emblème du mystère. Sa statue était placée , en Egypte , à la porte des temples, cl même auprès de celui de la Vérité. (H.EJ

J'irai dans ce jardin , où , calme et solitaire,

La science à toute heure ouvre son sanctuaire.

Que de fois, en entrant dans ce séjour sacré,

J'ai cru revoir ce dieu par l'Egypte adoré,

Ce Pan , qui du grand tout fut le visible emblème !

Sur les bords de la Seine il a porté lui- même ,

Loin des rives du Nil , son culte et ses autels,

Et ses prêtres savants , bienfaiteurs des mortels.

Là, je vois rassemblés, sous sa garde féconde,

Tous les germes ravis aux quatre paris du monde.

Quels riches entretiens ! tour à tour entraîné

De l'éloquent Buffon à ce docte Linné,

J'entendrai les savants qu'a formés leur génie:

Ils partagent entre eux la nature infinie,

Et dans son vaste empire ils régnent tous en paix;

Chacun soulève un coin de ses voiles épais.

Sans ombre , ô Vérité ! tu veux qu'on te contemple ;

Le sphinx n'est plus assis sur le seuil de ton temple ',

Ici tous les secrets s'ouvrent à tous les yeux :

Le divin Esculape , égaré dans ces lieux ,

D'un art trop insulté m'expliquant les mystères ,

Demande à l'humble fleur quelques sucs salutaires;

La fille du Printemps ne les refuse pas,

Car souvent ses bienfaits égalent ses appas.

Ainsi donc, que les fleurs, charme de votre asile , Ne frappent point les yeux d'un éclat inutile! Alentour, un essaim bourdonne sourdement; C'est là que , pénétré d'un double enchantement , Vous lirez, au doux bruit de la ruche agitée, Ces vers plus doux encor où gémit Aristée 2; C'est là qu'on rit parfois , Réauinur à la main , Des aimables erreurs du poète romain.

DE FONTANES

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