LES FLEURS
Oh ! comme chaque fleur , en ce riant dédale , Prodigue aux sens charmés sa grâce végétale ! Notre (ils du soleil , le lis majestueux Vers l'astre paternel dont il brave les feux Elève avec orgueil sa tête souveraine ; Il est le roi des fleurs dont la rose est la reine. L'obscure violette, amante des gazons, Aux pleurs de leur rosée entremêlant ses dons, Semble vouloir cacher, sous leurs voiles propices , D'un pudique parfum les discrètes délices: Pur emblème d'un cœur qui répand en secret Sur le malheur timide un modeste bienfait! Le narcisse, plus loin, isolé sur la rive, S'incline rétléchi dans l'onde fugitive ; Celte onde , cette fleur s'embellit à mes yeux, Par le doux souvenir du ruisseau fabuleux : Tant les illusions des poétiques songes Nous font encore aimer leurs antiques mensonges! Vois l'hyacinthe ouvrir sa corolle d'azur, Le riche œillet, ami d'un air tranquille et pur, Varier ses couleurs d'une teinte inégale, Le muguet arrondir l'argent de son pétale, Et l'épais chèvrefeuille errer en longs festons. La rose te sourit à travers ses bon tous : Heureux, en la voyant, du baiser qu'il espère,
2 Voyez Virgile , Géorglqucs , liv. iv, v. 317 : Paslor ArisUvus, fugtens Pencia Tempe, etc.
Le berger la promit au sein de sa bergère! Fleur chère à tous les cœurs! elle pare à la fois Et le chaume du pauvre et le marbre des rois ; Elle orne tous les ans la beauté la plus sage; Le prix de l'innocence en est aussi l'image.
boisjolin. Poème sur la Botanique.
Ce sol, sans luxe vain, mais non pas sans parure, Au doux trésor des fruits mêle l'éclat des fleurs. Là , croît l'oeillet si fier de ses mille couleurs; Là , naissent au hasard le muguet, la jonquille, Et des roses de mai la brillante famille, Le riche bouton d'or, et l'odorant jasmin, Le lis, tout éclatant des feux purs du malin, Le tournesol, géant de l'empire de Flore, Et le tendre souci qu'un or pâle colore ; Souci simple et modeste, à la cour de Cypris, En vain sur toi la rose obtient toujours le prix: Ta fleur, moins célébrée, a pour moi plus de charmes; L'aurore te forma de ses plus douces larmes. Dédaignant des cités les jardins fastueux, Tu te plais dans les champs ; ami des malheureux , Tu portes dans les cœurs la douce rêverie; Ton éclat plaît toujours à la mélancolie ; Et le sage Indien , pleurant sur un cercueil, De les fraîches couleurs peint ses habits de deuil.
michaud. Le Printemps d'un proscrit, ch. h.
MÊME SUJET
Mais parmi lous ces plants, prodigués sans mesure, Tuis-je oublier les fleurs, luxe de ia nature! Les fleurs, son plus doux soin, les fleurs, berceau des Quelle forme élégante et quel frais coloris ! [fruits ! C'est l'azur, le rubis, l'opale, la topaze, Tournés en globe, en frange, en diadème, en vase. Les fleurs charment le goût, l'odorat et les yeux; Dans les palais des rois, dans les temples des dieux, Souvent l'or fastueux le cède à leurs guirlandes : Amour ne reçoit point de plus douces offrandes. Agréables encor, même dans leurs débris , Nous changeons en parfums leurs feuillages flétris. Odorante liqueur , pâte délicieuse , Quels dons ne nous fait pas leur sève précieuse ! Les fleurs, du doux plaisir sont l'emblème riant. Si j'en crois le récit des peuples d'Orient, Pour donner un langage à ses douleurs secrètes , Souvent plus d'un captif en lit ses interprèles; En peignant par leur teinte ou l'espoir ou l'ennui , Les fleurs interrogeaient et répondaient pour lui. Pour rendre leurs contours, leur flexible souplesse, Le marbre même semble emprunter leur mollesse; Le peintre les chérit; sous les doigts du brodeur, L'art n'en laisse au désir regretter que l'odeur, Et dresse un piège adroil au papillon volage : Tant l'homme aime les fleursjusque dans leur image! Si ces temps ne sont plusoù, dans les jours dedeuil, Les fleurs suivaient les morts ou paraient leur cer- Si nous ne voyons plus dans les jeux funéraires [cueil; Les fleurs s'entrelacer aux urnes cinéraires,
» Le parfum des fleurs annonça aux compagnons de ClirislOphe Co!oml> <iu'ils approchaient de la terre qu ils nom-
La pastourelle encore en forme ses bouquets: Elles parent nos fronts , parfument nos banquets Et parmi les cristaux , belles sans artifice , De nos brillants desserts couronnent l'édifice. Hôte aimable des champs , ce peuple quelquefois Vient vivre parmi nous , et se plaît sous nos toits Trompe l'hiver jaloux dans l'abri d'une serre, Se mire dans les eaux et tapisse la terre; Et sur la mer, enfin , souvent aux matelots Leur parfum présagea la terre et le repos*.
dklille. Les Trois Règnes, Ch. vi.