LA TÊTE DE MÉDUSE
Pallas, la barbare Pallas
Fut jalouse de mes appas , Et me rendit affreuse autant que j'élais belle; Mais l'excès étonnant de la difformité
Dont me punit sa cruauté
Fera connaître, en dépit d'elle,
Quel fut l'excès de ma beauté.
Je ne puis trop montrer sa vengeance cruelle. Ma tête est fière encor d'avoir pour ornement
Des serpents dont le sifflement
Excite une frayeur mortelle.
Je porte l'épouvante et la mort en tous lieux ; Tout se change en rocher à mon aspect horrible Les traits que Jupiter lance du haut des cieux N'ont rien de si terrible Qu'un regard de mes yeux.
Les plus grands dieux duciel,de la terre el de l'onde, Du soin de se venger se reposent sur moi.
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Si je perds la «{traceur d'être l'amour du monde, "aile plaisir «louveau d'en devenir l'effroi.
quisault. Opéra de Méduse.
Oisifs de nos cités , dont la mollesse extrême Ne veut que ces plaisirs où l'on se fuit soi-même, Qui craignez de sentir, d'éveiller vos langueurs, Ces tableaux éloquents sont muets pour vos cœurs. Mais toi qui des beaux-arts sens les flammes divines, Ton âme entend la voix des cercueils, des ruines. De la destruction recherchant les travaux , Des États écroulés lu fouilles les tombeaux. On te voit, arrêté sur les bords du Scamandre, De l'antique Ilion interroger la cendre; On te voit dans Palmyre, attentif et surpris, - Consulter sa grande ombre et ses savants débris. Quel livre à ton génie offre de tels décombres? Sur ces lambeaux fameux , sur ces ruines sombres, Qui là, sans majesté , rampent dans les déserts, Ici , d'un front allier, se dressent dans les airs , Mais dont les traits usés et les rides sauvages Des ans qui rongent tout attestent les ravages, Tu lis , le cœur saisi d'un agréable effroi , La marche de ce temps qui roule aussi sur toi. Des révolutions les soudaines tempêtes, La chute des États, la trace des conquêtes, L'empreinte des volcans et les flots destructeurs, Et la haute leçon du néant des grandeurs; Et, des siècles sur eux contemplant les injures , De ces grands corps brisés tu comptes les blessures1. legouvÉ. La Mélancolie.
Mais de- ces monuments la brillante gaité, Et leur luxe moderne , et leur fraîche jeunesse, D'un auguste débris valent-ils la vieillesse ? L'aspect désordonné de ces grands corps épars, Leur forme pittoresque attachent les regards. Par eux le cours des ans est marqué sur la terre. Détruits par les volcans , ou l'orage , ou la guerre , Us instruisent toujours, consolent quelquefois. Ces masses , qui du temps senlenl aussi le poids , Enseignent à céder à ce commun ravage, A pardonner au sort. Telle jadis Carlhage Vil sur ses murs détruits Marius malheureux: Et ces deux grands débris se consolaient entre eux.
Liez donc à vos plans ces vénérables restes. Et toi, qui, m'égarant dans ces siles agrestes, Bien loin des lieux frayés, des vulgaires chemins, Par des sentiers nouveaux guides l'art des jardins, 0 sœur de la Peinture, aimable Poésie, A ces vieux monuments viens redonner la vie ; Viens présenter au goût ces riches accidents Que de ses lentes mains a dessinés le Temps.
Tantôt c'est une antique et modeste chapelle, Saint asile où jadis , dans la saison nouvelle, Vierges, femmes, enfants, sur un rustique autel Venaient, pour les moissons, implorer l'Eternel. Un long respect consacre encore ces ruines. Tantôt c'est un vieux fort, qui du haut des collines, Tyran de la contrée , effroi de ses vassaux , Portait jusques au ciel l'orgueil de ses créneaux ;
t Voyez, Descriptions en prose, les Ruines de Palmjre, etc.
| Qui, dansces temps affreuxde discorde et d'alarmes, j Vitlesgrands coups delanceetlesnoblesfailsd'urmes i De nos preux chevaliers, des Bayards, desHeuris: I Aujourd'hui la moisson flotte sur ses débris. Ces débris , celte mâle et triste architecture , Qu'environne une fraîche et riante verdure , Ces angles, ces glacis, ces vieux restes de tours Où l'oiseau couve en paix le fruit de ses amours ; Et ces troupeaux peuplant ces enceintes guerrières; Et l'enfant qui se joue où combattaient ses pères : Saisissez ce contraste , et déployez aux yeux Ce tableau doux et fier, champêtre et belliqueux.
Plus loin une abbaye antique, abandonnée, Tout à coup s'offre aux yeux , de bois environnée Quel silence! C'est là qu'amante du désert, La Méditation avec plaisir se perd Sous ces portiques saints , où des vierges austères Jadis , comme ces feux , ces lampes solitaires Dont les mornes clartés veillent dans le saint lieu , Pâles, veillaient, brûlaient, seconsumaient pour Dieu Le saint recueillement, la paisible innocence, Semble encor de ces lieux habiter le silence. La mousse de ces murs, ce dôme, cette tour, Les arcs de ce long cloître impénétrable au jour, Les degrés de l'autel usés par la prière , Ces noirs vitraux, ce sombre et profond sanctuaire, Où peut-être des cœurs , en secret malheureux , A l'inflexible autel se plaignaient de leurs nœuds , Et, pour le souvenir encor trop plein de charmes, A la religion dérobaient quelques larmes; Tout parle, tout émeut dans ce séjour sacré: Là , dans sa solitude , en rêvant égaré , Quelquefois vous croirez, au déclin d'un jour sombre. D'une Héloïse eu pleurs entendre gémir l'ombre.
Mettez donc à profit ces restes révérés, Augustes ou touchants, profanes ou sacrés. Mais loin ces monuments dont la ruine feinte Imite mal du temps l'inimitable empreinte; Tous ces temples anciens récemment contrefaits , Ces restes d'un château qui n'exista jamais, Ces vieux ponts nés d'hier, et cette tour gothique Ayant l'air délabré sans avoir l'air antique; Artifice à la fois impuissant et grossier! Je crois voir un enfant tristement grimacier, ' Qui , jouant la vieillesse et ridant son visage, Perd , sans paraître vieux , les grâces du jeune âge. Mais un débris réel intéresse mes yeux : Jadis contemporain de nos simples aïeux , J'aime à l'interroger, je me plais à le croire; Des peuples et des temps il me redit l'histoire. Plus ces temps sont fameux, plus ces peuples sont Et plus j'admirerai ces restes imposants, [grands,
0 champs de l'Italie, ô campagnes de Rome, Où dans tout son orgueil gît le néant de l'homme! C'est là que des aspects fameux par de grandsnoms, Pleins de grands souvenirs et de hautes leçons, Vous offrent ces objets , trésors des paysages. Voyez de toutes parts comment le cours des âges Dispersant, déchirant de précieux lambeaux, Jetant templesur temple, et tombeaux sur tombeaux, De Rome étale au loin la ruine immortelle; Ces portiques, ces arcs où la pierre fidèle Garde du peuple-roi les exploits éclatants; Leur masse indestructible a fatigué le temps : Des fleuves suspendus ici mugissait l'onde; Sous ces portes passaient les dépouilles du monde; Partout, confusément dans la poussière épars, Les lherme8, les palais, les tombeaux des Césars. Tandis que deVirgile, et d'Ovide, et d'Horace, La douce illusion nous montre encor la trace. Heureux , cent fois heureux l'artiste des jardins
Dont l'art peut s'emparer de ces restes divins ; |
Déjà la main du Temps sourdement le seconde; Déjà sur les grandeurs de ces maîtres du monde La nature se plaît à reprendre ses droits. Au lieu même où Pompée.heureux vainqueur des rois, Étalait tant de faste , ainsi qu'aux jours d'Ëvandre , La llùle des bergers revient se faire entendre. Voyez rire ces champs au laboureur rendus, Surcescombles tremblants ces chevreaux suspendus, L'orgueilleux obélisque au loin couché sur l'herbe ; L'humble ronce embrassant la colonne superbe; Ces forêts d'arbrisseaux, de plantes, de buissons, Montant, tombant en grappe, en touffes, en festons. Par le souille des vents, seines sur ces ruines, Le figuier, l'olivier, de leurs faibles racines Achèvent d'ébranler l'ouvrage des Romains ; Et la vigne flexible, et le lierre aux cent mains , Autour de ces débris rampant avec souplesse , Semblent vouloir cacher ou parer leur vieillesse. delille. Les Jardins, ch iv-