‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 331 sur 649 · LES EMPIRES DÉTRUITS · texte numérisé non relu

LES EMPIRES DÉTRUITS

faut ici du temps interroger l'oracle, du monde changeant étaler le spectacle.

Entendez -vous le bruit de ces puissants Etals, S'écroulant l'un sur l'autre avec un long fracas? C'est Sidon qui périt , c'est Ninive qui tombe : Tous les dieux de Bélus descendent dans la tombe. -MI ! quels sont ces débris sur tes bords dévastés? C'est Thèbe aux cent palais, l'aïeule des cités. Cherchons dans le désert les lieux où lut Palmyre. Restes majestueux qu'avec ell'roi j'admire, 0 temple du Soleil, ô palais éclatants, Voilà de vos grandeurs ce qu'ont laissé les ans! Quelques marbres rompus, des colonnes brisées, Des descendants d'Omar aujourd'hui méprisées; El les pompeux débris de ces -vieux chapiteaux, . Où vient la caravane attacher ses chameaux; Où , lorsqu'un ciel d'airain s'allume sur sa tètes L'Arabe voyageur nonchalamment s'arrête, El, las des feux du jour, s'endort quelques instants Sur les restes d'un dieu mutilé par le temps.

N'est-ce pas sur ces bords que brilla le Pirée? Dieux! quels cris dut jeter Athènes éplorée, Quand sa gloire, en un jour, s'abîma sous les eaux: Maintenant, adossant sa huile de roseaux Aux portiques brisés du temple de Minerve, L'indifférent pêcheur, sous ces Ilots qu'il observe, Dans le calme des nuits jette ses longs filets , El rien ne lui redit si jadis Périclès D'édifices pompeux a couronné ces rives, Si les arts onl brillé sur ces plages oisives, El si , près de ces bords , Themislocle et Xercès Onl disputé d'orgueil, d'empire et de succès. Ainsi donc des Elals les tombes sont muettes: Les plus fameux destins restent sans interprètes. Tout meurt : les souvenirs, la puissance, et les arts. cuÈNEDOLLÉ. Le Génie de l'Homme, ch. iv.

Mère antique des arts et des fables divines, Toi, dont la gloire, assise au milieu des ruines

« i c ^i,:i!c tic la Vierge.

Etonne le génie et confond notre orgueil, Egypte vénérable, où, du fond du cercueil, Ta grandeur colossale insulte à nos chimères : C'est Ion peuple qui sut, à ces barques légères, Dont rien ne dirigeait le cours audacieux, Chercher des guides sûrs dans la voûte des cieux; Quand le Meuve sacré qui féconde tes rives T'apportait en tribut ses ondes fugitives, Et, sur l'émail des prés égarant les poissons, Du limon de ses (lots nourrissait tes moissons, Les hameaux , dispersés sur les hauteurs fertiles, D'un nouvel Océan semblaient former les îles; Les palmiers, ranimés par la fraîcheur des eaux, Sur l'onde salutaire abaissaient leurs rameaux; Par les feux du Cancer Syène poursuivie, Dans ses sables brûlants sentait filtrer la vie; Et , des murs de Péluse aux lieux où fut Memphis . Mille canots flottaient sur la terre d'Isis. Le faible papyrus, par des tissus fragiles, Formait les lianes étroits de ces barques agiles Qui , des lieux séparés conservant les rapports , Réunissaient l'Egypte en parcourant ses bords.

Mais, lorsque dans les airs la Vierge triomphante1 Ramenait vers le Nil son onde décroissante, Quand les troupeaux bêlants et les épis dorés S'emparaient à leur tour des champs désaltérés, Alors d'autres vaisseaux, à l'active industrie Ouvraient des aquilons l'orageuse patrie. Alors, mille cités que décoraient les arts, L'immense pyramide, et cent palais épars, Du Nil enorgueilli couronnaient le rivage. Dans les sables d'xVmmon , le porphyre sauvage, En colonne hardie élancé dans les airs, De sa pompe étrangère étonnait les déserts. O grandeur des mortels! O temps impitoyable! Les deslins sont comblés : dans leur course immuable Les siècles ont détruit cet éclat passager Que la superbe Egypte offrit à l'étranger.

esménard. La Navigation,

LES PÏRA3HIDES 1) EGVPTE.

O colosses du Nil, séjour pompeux du deuil, Oh ! que l'œil des humains vous voit avec orgueil! Devant vos fronts ailiers s'abaissent les montagnes, Votre ombre immense au loin descend dans les cain- Mais l'homme vous lit naître , et sa fragilité [pagnes: Vous a donné la vie el l'immortalité.

Que de fois, à vos pieds m'asseyant en silence, j'évoque autour de vous tout cet amas immense De générations, de peuples, de héros, Que le torrent de l'âge emporta dans ses flots; Rois, califes, sultans, villes, tribus, royaumes, Noms autrefois fameux, aujourd'hui vains fantômes! Seuls vous leur survivez : vous êtes à la fois Les archives du temps et les tombeaux des rois, Le dépôt du savoir, du culte, du langage, La merveille, l'énigme et la leçon du sage. Reçois donc mon tribut , ô loi de qui la main , Sur leur roc, plus solide et plus dur que l'airain, Cravas mes faibles vers! Coulez, siècles sans nombre, Nations, potentats, passez tous comme une ombre, Ces murs sont mon trophée; el, vainqueur du trépas, Je puis dire à mon tour: « Mes vers ne mourront pas-.» dki.ii.lk. L'imagination, ch. m.

Voyez Ire partie, Descriptions, mC-inc i

l'intérieur des pyramides.

Sojs les pieds de ces monts taillés et suspendus , Il s'étend des pays ténébreux et perdus, De spacieux déserts, des solitudes sombres, Faites pour le séjour des morts et de leurs ombres. Là sont les corps des rois et les corps des sultans, Diversement rangés selon l'ordre des temps. Les uns sont enchâssés dans de creuses images A qui l'art a donné leur taille et leurs' visages ; Et dans ces vains portraits, fastueux monuments, Leur orgueil se conserve avec leurs ossements. Les autres, embaumés, sont posés en des niches Où leurs ombres , encore éclatantes et riches , Semblent perpétuer, malgré les lois du sort, La pompe de leur vie en celle de leur mort. De ce muet sénat, de cette cour terrible, Le silence épouvante, et l'aspect est horrible. Là sont les devanciers avec leurs descendants; Tous les règnes y sont ; on y voit tous les temps ; Et ce peuple de rois dont la flatteuse histoire N'a pu sauver qu'à peine une obscure mémoire; Vingt siècles, descendus dans celte sombre nuit, Y sont sans mouvement , sans lumière et sans bruit. Le p. le moine. Foëme de saint Louis.

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