‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 334 sur 649 · LA PECHE DE LA DALEI.VE · texte numérisé non relu

LA PECHE DE LA DALEI.VE

L'ancre mord les glaçons, vieux enfants de l'hiver. Les monstres bondissants sur cette affreuse mer, L'ours, monarque alfamé de ces sombres rivages, Et le phoque timide , et les morses sauvages , Et l'horrible baleine à qui, le fer en main, Le Batave a du pôle enseigné le chemin, Et qu'il poursuit encor sous sa glace éternelle; Voilà les ennemis que son courage appelle! Leur sanglante dépouille excite ses transports. A peine de l'Islande a-t-il quitté les ports, Sur les flots apaisés, s'il voit l'eau jaillissante Que lance dans les airs d'une haleine puissante Le colosse animé que cherche sa fureur, A l'instant tout est prêt. Sans trouble, sans terreur, Le bras levé, l'œil fixe, il approche en silence, Mesure son effort, suit le monstre flottant, Et d'un fer imprévu le frappe en l'évitant. d /Soudain la niev bouillonne en sa masse ébranlée;

Rj/n sang épais se mêle à la vague troublée ;

^D'un long mugissement l'abîme retentit : Dans des gouffres sans fond le monstre s'engloutit; Mais sa fuite est cruelle, et sa fureur est vaine. Un fil, au sein des flots poursuivant la baleine, Au Batave attentif rend tous ses mouvements : Par l'excès de sa force elle aigrit ses tourments : Rien ne peut les calmer. Le fer infatigable, Image du remords qui poursuit le coupable, La perce, la déchire, et, trompant son effort, Enfonce dans ses flancs la douleur et la mort. Lasse enfin de lutter sous l'Océan qui gronde, De ses antres glacés sur l'écume de l'onde Elle remonte encore , et vient chercher le jour.

Le fil qui se replie annonce son retour ; Aussitôt, dirigé par ce guide fidèle, L'intrépide pêcheur arrête sa nacelle Au lieu même où le monstre, épuisé, haletant, Lève sa tête énorme et respire un instant. Il paraît : mille coups irritent sa vengeance : Terrible, il se ranime, et de sa queue immense Bat l'onde qui bouillonne et bondit dans les airs. Sa rage, en soulevant le vaste sein des mers, Exhale en tourbillons le souffle qui lui reste. Malheur au nautonier , dans ce moment funeste , Si l'aviron léger n'emportait ses canots Loin de l'orage affreux qui tourmente les flots! Tout s'éloigne, tout fuit; la baleine expirante Plonge, revient, surnage; et sa masse effrayante, Qui semble encor braver les ondes et les vents , D'un sang déjà glacé rougit les flots mouvants : Auprès de ses vaisseaux ie Batave l'entraîne.

f.SMÉNArd. Poème de la Navigation.

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