L'AUTOMNE
Le soleil , dont la violence Nous a fait languir si longtemps, Arme de feux moins éclatants Les rayons que son char nous lance; Et, plus paisible dans son cours, Laisse la céleste Balance Arbitre des nuits et des jours.
L'Aurore, désormais stérile Pour la divinité des fleurs, De l'heureux tribut de ses pleurs Enrichit un dieu plus utile; Et sur tous les coteaux voisins On voit briller l'ambre fertile Dont elle dore nos raisins.
C'est dans celte saison si belle Que Bacchus prépare à nos yeux De son triomphe glorieux La pompe la plus solennelle.
Il vient de ses divines mains Sceller l'alliance éternelle Qu'il a faite avec les humains»
Autour Je son char diaphane Les Ris, voltigeant dans les airs, Des soins qui troublent l'univers Ecartent la foule profane.
Tel , sur des bords inhabités, Il vint de la triste Ariane Calmer les esprits agiles.
Les Satyres tout hors d'haleine, Conduisant les nymphes des bois, Au son du fifre et du hautbois, Dansent par troupes dans la plaine; Tandis que les Sylvains lassés Portent l'immobile Silène Sur leurs thyrses entrelacés '.
roussf.au. Ode m, livre m.
LE FEUILLAGE b'AUTOMNE , OU LA MÉLANCOLIE.
Remarquez-les '- surtout lorsque la pâle Automni' Près de la voir flétrir, embellit sa couronne:
i Voyez en prose, Ire pariie.
a lcs feuilles et les Heurs.
Que de variété, que de pompe et d'éclat! Le pourpre, l'orangé, l'opale, l'incarnat, De leurs riches couleurs étalent l'abondance. Hélas ! toutcet éclat marque leur décadence. Tel est le sort commun : bientôt les aquilons Des dépouilles des bois vont joncher les vallons- De moment en moment la feuille sur la terre En tombant interrompt le rêveur solitaire. Mais ces ruines même ont pour moi des attraits. Là ~J
mon cœur nourrit quelques profonds reerets Si quelque souvenir vient rouvrir ma blessure" J'aime à mêler mon deuil au deuil de la nature. De ces bois desséchés , de ces rameaux flétris , Seul , errant, je me plais à fouler les débris. Us sont passés les jours d'ivresse et de folie : Viens, je me livre à toi , tendre Mélancolie; Viens , non le front chargé des nuages affreux Dont marche enveloppé le Chagrin ténébreux, Mais l'œil demi-voilé, mais telle qu'en automne A travers des vapeurs un jour plus doux rayonne- Viens, le regard pensif, le front calme , et les veux fout prêts à s'humecter de pleurs délicieux.
delille. Les Jardins, ch. n.