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LA CKUTE DF.S FEUILLES

De la dépouille de nos bois

L'automne avait jonché la terre :

Le bocage était sans mystère,

Le rossignol était sans voix.

Triste et mourant, à son aurore ,

Un jeune malade, à pas lents,

Parcourait une fois encore

Le bois cher à ses premiers ans :

« Bois, que j'aime! adieu... je succombe;

Votre deuil me prédit mon sort;

Et dans chaque feuille qui tombe

Je vois un présage de mort.

Fatal oracle d'Epidaure,

Tu m'as dit : <r Les feuilles des boi3

s A les yeux jauniront encore ,

« Mais c'est pour la dernière fois.

« L'éternel cyprès l'environne :

« Plus pâle que la pâle automne,

i Tu l'inclines vers le tombeau.

i Ta jeunesse sera flétrie

« Avant l'herbe de la prairie,

« Avant les pampres du coteau. »

Et je meurs !... De leur froide haleine M'ont touché les sombres autans :

Et j'ai vu comme une ombre vaine S'évanouir mon beau printemps.

Tombe , tombe , feuille éphémère !

Voile aux yeux ce triste chemin ; Cache au désespoir de ma mère La place où je serai demain.

Mais , vers la solitaire allée , Si mon amante échevelée Venait pleurer quand le jour fuit, Eveille par ton léger bruit Mon ombre un instant consolée! »

Il dit, s'éloigne... et sans retour!...

La dernière feuille qui tombe A signalé son dernier jour.

Sous le chêne on creusa sa tombe...

Mais son amante ne vint pas Visiter la pierre isolée ; Et le nâtrede la vallée

Troubla seul du bruit de ses- pas Le silence du mausolée.

MILLRVOVE.

LA MÉLANCOLIB.

0 penchant plus flatteur , plus doux que la foiir* bonheur des malheureux, tendre mélancolie, irouverai-je pour toi d'assez douces couleurs? Que ton souris me plaît, et que j'aime tes pleurs! Que sous tes traits touchants ta douleur a de charmes' JJes que le désespoir peut retrouver des larmes, A la mélancolie il vient les confier, i our adoucir sa peine , et non pour l'oublier. C est elle qui, bien mieux que la joie importune. Au sortir des tourments accueille l'infortune; Qui, d'un air triste et doux, vient sourire au malheur, Assoupitles chagrins, émousse la douleur. De la peine au bonheur délicate nuance, Ce n'est point le plaisir, ce n'est plus la souffrance . J-<a joie est Ipin encor ; le désespoir a fui ; Mais, fille du malhenr, elle a des traits de lui.

Quels sont les lieux, les temps, les images chéries Où se plaisent le mieux ses douces rêveries? Ah! le cœur le devine : en son secret réduit Elle évite la foule, et redoute le bruit : Sauvage, et se cachant à la foule indiscrète, Le demi-jour suffit à sa douce retraite, , v

De loin, avec plaisir, elle écoute les vents, Le murmure des mers, la chute des torrents; La forêt, le désert, voilà les lieux qu'elle aime. Son cœur plus recueilli jouit mieux de lui-même; La nature un peu triste est plus douce à son œil, Elle semble en secret compatir à son deuil. Aussi l'astre du soir la voit souvent rêveuse, Regarder tendrement sa lumière amoureuse. Ce n'est point du printemps la brillante gaîté, Ce n'est point la richesse et l'éclat de l'été, Qui plail à ses regards; non, c'est la pâle automne, D'une main languissante effeuillant sa couronne.

^ Que la foule, à grands frais, cherche un grossier bonueut D'un mot, d'un nom, d'un rêve elle nourrit son cœur. Souvent, quand des cités les bruyantes orgies, Au son des instruments, aux clartés des bougies, Etincellent partout de l'or des vêtements , Des éclairs de l'esprit, du feu des diamants, Pensive et sur sa main laissant tomber sa tête, Un tendre souvenir est sa plus douce fête, [amours, Viens donc , viens , charme heureux des arts et des Je l'ai chanté deux fois , inspire-moi toujours ', delille. L'imagination, ch. m

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