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LE COIN DU FEU

Le foyer, des plaisirs est la source féconde; Il lixe doucement notre humeur vagabonde. Au retour du printemps, de nos toits échappés, Nous portons en tous lieux nos esprits dissipés; Le printemps nous disperse, et l'hiver nous rallie Auprès de nos foyers, notre âme recueillie Coûte ce doux commerce, à tous les cœurs si cher Oui, l'instinct social est enfant de l'hiver.

Voyez, plus bah. nûflnilions, mime sujet.

En cercle un même aurai i rassemble autour de l'aire La vieillesse conteuse et l'enfance folâtre. Là courent à la ronde et les propos joyeux , Et la vieille romance, et les aimables jeux; Là, se dédommageant de ses longues absences, Chacun vient retrouver ses vieilles connaissances. Là s'épanche le cœur : le plus pénible aveu , Longtemps captif ailleurs, s'échappe au coin dufeu.

Comme aux jours fortunés des pénales antiques, Le foyer est le dieu des vertus domestiques. Là reviennent s'unir les parents, les maris, Qui vivaient séparés sous les mêmes lambris. Là vient se renouer la douce causerie; Chacun, en la contant, recommence sa vie : L'un redit ses combats, un autre son procès , Cet autre ses amours ; d'autres , plus indiscrets, Comme moi d'un ami tentant la patience, De leurs vers nouveau-nés lui font la confidence; Le foyer, du talent est aussi le berceau; Là je vois s'essayer le crayon , le pinceau , Le luth harmonieux, l'industrieuse aiguille. Tantôt c'est un roman qu'on écoute en famille...

Vous dirai-je ces jeux dont les amusements De la jeunesse oisive occupent les moments, Abrègent la soirée et prolongent la veille? Mais la maternité, de l'œil et de l'oreille, Suit leurs joyeux ébats, tempère la galté , Kl la sagesse impose à la témérité.

Ici, sous des genoux qui se courbent en voûte, Une pantoufle agile, en déguisant sa roule, Va, vient, et quelquefois, par son bruit agaçant, Sur le parquet battu se trahit en passant. Ailleurs, par deux rivaux la raquette empaumée , Attend, reçoit, renvoie une balle emplumée, Qui, toujours arrivant, et repartant toujours, Par le même chemin recommence son cours. Des tablettes ailleurs étalent à la vue Des beaux esprits du temps l'innombrable cohue; Et des journaux malins font passer les auteurs Des bravos du parterre au rire des lecteurs.

Enfin, au coin du feu, nos aimables convives Vont achever du soir les heures fugitives. Autour d'eux sont placés des damiers, des cornets; L'un se plaint d'un échec, et l'autre d'un sonnez. Tour à tour on querelle, on bénit la fortune; Enfin contre l'hiver tous font cause commune.

Suis-je seul, je me plais encore au coin du feu. De nourrir mon brasier mes mains se font un jeu ; J'agace mes tisons; mon adroit artifice Reconstruit de mon feu l'élégant édifice , J'éloigne, je rapproche, et du hêtre brûlant Je corrige le feu trop rapide ou trop lent.

Chaque fois que j'ai pris mes pincettes fidèles, Parlent en pétillant des milliers d'étincelles; J'aime à voir s'envoler leurs légers bataillons; Que m'importent du Nord les fougueux tourbillons? La neige, les frimas qu'un froid piquant resserre, En vain sifflent dans l'air, en vain battent la terre. Quel plaisir, entouré d'un double paravent, D'écouler la tempêle et d'insulter au vent! Qu'il est doux , à l'abri du toit qui me protège, De voir à gros flocons s'amonceler la neige! Leur vue à mon foyer prête un nouvel appas : L'homme se plaît à voir les maux qu'il ne sent pas. Mon cœur devient-il triste, et ma tête pesante, Eh bien, pour ranimer ma galle languissante, La fève de Moka , la feuille de Canton , Vont verser leur nectar dans l'émail du Japon. Dans l'airain échauffé déjà l'onde frissonne; Bientôt le thé doré jaunit l'eau qui bouillonne, Ou des grains du Levant je goûte le parfum. Point d'ennuyeux causeur, de témoin importun; Lui seul, de ma maison exacte sentinelle, Mon chien , ami constant et compagnon fidèle , Prend à mes pieds sa part de la douce chaleur. Et toi, charme divin de l'esprit et du cœur, Imagination ! de tes vagues chimères Fais passer devant moi les figures légères. A tes songes brillants que j'aime à me livrer! Dans ce brasier ardent qui va le dévorer, Par toi , ce chêne en feu nourrit ma rêverie : Quelles mains l'ont planté? quel sol fut sa pairie? Sur les monls escarpés bravait-il l'aquilon? Bordait-il le ruisseau? parait-il le vallon? Peut-être il embellit la colline que j'aime, Peut-être sous son ombre ai-je rêvé moi-même. Tout à coup je l'anime ; à son front verdoyant Je rends de ses rameaux le panache ondoyant , Ses guirlandes de fleurs, ses touffes de feuillage, Et les tendres secrets que voila son ombrage. TaDtôt, environné d'auteurs que je chéris , Je prends, quitte et reprends mes livres favoris; A leur feu tout à coup ma verve se rallume, Soudain sur le papier je laisse errer ma plume, Et goûte, retiré dans mon heureux réduit, L'étude, le repos, le silence et la nuit. Tantôt, prenant en main l'écran géographique, D'Amérique en Asie, et d'Europe en Afrique, Avec Cook et Forster, dans cet espace étroit, Je cours plus d'une mer, franchis plus d'un détroit, Chemine sur la terre, et navigue sur l'onde, Et fais, dans mon fauteuil , le voyage du monde.

le même- Les Trois Règnes, ch.v*.

DESCRIPTIONS

Soyez riche et pompeux dans vos description*? C'est là qu'il faut des vers étaler l'élégance. BOILEAU. Artpoél., en. II.

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