RUINES DES COTES DE NAPLES
Ces débris ont pourjnoi d'invincibles appas; Ils parlent à mes yeux, ils enchaînent mes pas. Ces lentisques flétris2, dont la feuille frissonne; Ces pampres voltigeants et rougis par l'automne , Tristes comme les fleurs qui couronnaient les morts; Ces frêles cyclamens , fanés à leur naissance, Plaisent à ma tristesse, en mêlant sur ces bords Le deuil de la nature au deuil de la puissance.
Où sont ces dais de pourpre élevés pour les jeu Ces troupeaux d'affranchis , ces courtisans avides*" Où sont les chars d'airain , les trirèmes rapides, Qui du soleil levant réfléchissaient les feux? C'est là que des clairons la bruyante harmonie A d'Auguste expirant ranimé l'agonie ; Vain remède! et le sang se glaçait dans son cœur, Tandis que sur ces mers les jeux de Rome esclave, Retraçant Actium à ce pâle vainqueur, Faisaient sourire Auguste au triomphe d'Octave.
Ces monuments pompeux, tous ces palais romains, Où triomphaient l'orgueil , l'inceste et l'adultère, De la vaine grandeur dont ils lassaient la terre, N'ont laissé que des noms en horreur aux humains: Les voilà ces arceaux désunis et sans gloire, Qui de Caligula rappellent la mémoire ! Vingt siècles les ont vus briser le fol orgueil Des mers qui les couvraient d'écume et d'étincelles; Leur chaîne s'est rompue, et n'est plus qu'un écucil Où viennent des pêcheurs se heurter les nacelles.
Ces temples du plaisir par la mort habités, Ces portiques, ces. bains prolongés sous les ondes, Ont vu Néron , caché dans leurs grottes profondes , Condamner Agrippine au sein des voluptés. Au bruit des flots roulant sur cette voûte humide, Il veillait, agité d'un espoir parricide; Il lançait à Narcisse un regard satisfait , Quand, muet d'épouvante et tremblant de colère, Il apprit que ces flots, instruments du forfait, Se soulevant d'horreur, lui rejetaient sa mère.
Tout est mort ; c'est la mort qu'ici vous respirez : Quand Rome s'endormit, de débauche abattue, Elle laissa dans l'air ce poison qui vous tue ; Il infecte les lieux qu'elle a déshonorés. Telle, après les banquets de ces maîtres du monde , S'élevait autour d'eux une vapeur immonde, Qui pesait sur leurs sens , ternissait les couleurs Des fastueux tissus où retombaient leurs têtes, Et fanait à leurs pieds , sur les marbres en pleurs , Les roses dont Pœstum avait jonché ces fêtes.
Virgile pressentait que dans ces champs déserts La Mort viendrait s'asseoir au milieu des décombres, Alors qu'il les choisit pour y placer les ombres, Le Styx aux noirs replis, l'Averne et les Enfers. Contemplez ce pêcheur; voyez, voyez nos guides; Interrogez les traits de ces pâtres livides: Ne croyez-vous pas voir des spectres sans tombeaux, Qui , laissés par Charon sur le fatal rivage, tendant vers vous la main , écartentleurs lambeaux, Pour mendier le prix de leur dernier passage?
Casimir delaVigne. La Sibylle, 4e Messônienne, 1827.
de la famille des l.ysimacl.ies, vivace, à fleurs tournéei vers la terre et pétales relevés, racine roude et grosse. (K. E.)
DESCRIPTIONS