‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 347 sur 649 · SOUMET · texte numérisé non relu

SOUMET

CONSTANT1NOPLE.

Avez -vous vu la reine de l'aurore, La cité merveilleuse, épouse des sultans, Dont les palais légers , fragiles, éclatants. D'un triple amphithéâtre enchantent le Bosphore? Connaissez- vous ses tours, ses dômes, ses forêts De^mâls, de cyprès noirs et de blancs minarets, Où l'or, dans un ciel bleu, jour et nuit étincelle? Des ans de l'Orient la fille la plus belle, Du dernier Constantin cette veuve infidèle, Celte lslamboul enfin, dont le miroir des mers Répèle avec amour le ravissant rivage , Qui se plaît à s'y voir, el dans tout l'univers

N'a d'égale que son image?

De son premier aspect tout votre œil s'éblouit, Frappé, quand elle accourt au-devant de vos voiles, Comme au sein d'une fêle, alors que dans la nuit Quelque feu jaillissantau ciel épanouit

Son bouquet éclatant d'étoiles.

Ah ! que de sa splendeur l'Européen séduit, Enivré des parfums dont la rive esl chargée, S'étonne en approchant de la ville ombragée, Où par enchantement tout lui semble produit, Où le jour est sans voix, le mouvement' sans bniît'

DESCRIPTIONS

Qu'il regarde surpris, quand d'un léger caïque ',

]l voit, sur trois penchants, de lumière dorés,

Et d'innombrables toits couverts et colorés ,

Se peindre le tableau de la cité magique ;

Venir et près de lui passer de toutes parts

Ces cyprès, vastes bois, d'où, sans borne aux regards,

Kn globes, en croissants, en flèches, l'or s'élance,

Kl renvoie au soleil les rayons qu'il lui lance;

Ces merveilleux jardins, ces dômes, ces bazars;

Ces sérails, ces harems, solitudes peuplées

Oit rognent à genoux des idoles voilées;

r.cs transparents -séjours aux grilles de roseaux,

Qui laissent voir des fleurs, des orangers, des eaux,

Des yeux noirs et brillants... Mais la terreur glacée,

Sentinelle invisible assise aux portes d'or,

De l'enceinte, où plongeait l'œil ignorant encor,

Repousse les regards et même la pensée.

Tandis qu'on porte envie à ces palais fleuris,

Où paraissaient errer les célestes houris ,

Soudain des demeures heureuses ,

On voit, attentif de plus près,

Trois fléaux, parmi les cyprès,

Elever leurs têtes hideuses.

Comme le charme a fui tous ces riants palais, Dès qu'on y sent régner les trois monstres muets!

De la fournaise qui murmure

L'un a le bruit et la couleur;

De flammes luit sa chevelure ;

La nuit, souvent la mer obscure

Se peint de sa vaste lueur.

L'autre a le front livide et l'haleine odieuse;

Il se transforme à tous moments ,

Et des plis de ses vêtements Secoue incessamment la mort contagieuse.

Père de ces monstres hideux ,

Entre l'incendie et la peste

Un monstre est assis, plus funeste,

Plus détesté que tous les deux , Le despotisme, enclave et de lui-même et d'eux *, p. lebri.'N. Voyage de la Grèce.

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