‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 348 sur 649 · LES BOIS , LES BOSQUETS , LIVRÉS A LA COGNEE · texte numérisé non relu

LES BOIS , LES BOSQUETS , LIVRÉS A LA COGNEE

D'abord que l'on choisisse Les arbres dont le goût prescrit le sacrifice. Mais ne vous hâtez point; condamnez à regret; 4vant d'exécuter un rigoureux arrêt, Ah ! songez que du temps ils sont le lent ouvrage , Que tout votre or ne peut racheter leur ombrage , Que de leur frais abri vous goûtiez la douceur. Quelquefois cependant un ingrat possesseur, Sans besoin , sans remords , les livre à la cognée. Renversés sur le sein de la terre indignée, Ils meurent : de ces lieux s'exilent pour toujours La douce rêverie et les discrets amours. Ah! par ces bois sacrés, dont le feuillage sombre Aux danses du hameau prêta souvent son ombre, Par ces dômes touffus qui couvraient vos aïeux , Profanes, respectez ces troncs religieux! Et, quand l'âge leur laisse une lige robuste, Gardez-vous d'attenter à leur vieillesse auguste. Trop tût le jour viendra que ces bois languissants , Pour céder leur empire à de plus jeunes plants ,

Tomberont sous le fer , et de leur tête altière Verront l'antique honneur flétri dans la poussière.

0 Versaille! ô regrets! ô bosquets ravissants, Chefs-d'œuvre d'un grand roi, de Le Nôtre, et des ans, La hache est à vos pieds , et votre heure est venue! Ces arbres dont l'orgueil s'élançait dans la nue, Frappés dans leur racine, et balançant dans l'air Leurs superbes sommets ébranlés par le fer , i i ombent, et de leurs troncs jonchent au loin ces routes i Sur qui leurs bras pompeux s'arrondissaient en voûtes.. j Ils sont détruits ces bois dont le front glorieux i Ombrageait de Louis le front victorieux ; I Ces bois où , célébrant de plus douces conquêtes , Les arts voluptueux multipliaient les fêtes ! Amour, qu'est devenu cet asile enchanté Qui vit de Montespan soupirer la fierté? Qu'est devenu l'ombrage où , si belle et si tendre, A son amant surpris et charmé de l'entendre , La Vallière apprenait le secret de son cœur, Et, sans se croire aimée, avouait sen vainqueur?

Tout périt, tout succombe : au bruit de ce ravage, Voyez-vous point s'enfuir les hôtes du bocage? Tout ce peuple d'oiseaux fiers d'habiter ces bois, Qui chantaient leurs amours dans l'asile des rois , S'exilent à regret de leurs berceaux antiques. Ces dieux dont le ciseau peupla ces verts portiques , D'un voile de verdure autrefois habillés, Tout honteux aujourd'hui de se voir dépouillés, Pleurent leur doux ombrage ; et, redoutant la vue , Vénus même une fois s'étonna d'être nue. [champs, Croissez, hâtez votre ombre, et repeuplez ces Vous, jeunes arbrisseaux; et vous, arbres mourants , Consolez-vous : témoins de la faiblesse hùmaiue , Vous avez vu périr et Corneille et Turenne : L jours Vous comptez cent printemps, hélas! et nos beaux S'envolent les premiers, s'envolent pour toujours. delille. Les Jardins, cti. 11.

LE PRINTEMPS

... Le printemps qu'annonçait l'hirondelle , Des saisons à mes yeux vient d'ouvrir la plus belle; Le chêne s'est éteint dans nos foyers déserts, Et des arbres déjà tous les sommets sont verts ; Les troupeaux, librement épars dans les campagnes, Broutent le serpolet au penchant des montagnes; Les oiseaux, dans les bois, par couples réunis, Suspendent aux rameaux la mousse de leurs nids : J'entends le rossignol caché sous le feuillage Rouler les doux fredons de son tendre ramage. Les champs d'herbe couverts, les prés semés de fleurs, De leurs riants tapis font briller les couleurs; Le lilas flatte plus les regards de l'aurore , Que les rubis de l'Inde et les perles du More; Et les zéphyrs légers, voltigeant sur le thym , Nous rapportent le soir les parfums du matin.

Ah! lorsque le printemps, d'uneamoureuse haleine, De nos champs embellis vient ranimer la scène, Quel œil inanimé voit sans ravissements, Après de longs frimas, ces spectacles charmants? Quel est le voyageur, monté sur la colline, yui, voyant quel tableau devant lui se dessine, Ne promène ses yeux sur le vaste contour D'un horizon superbe éclairé d'un beau jour; -Sur la tranquillité de ces plaines fertiles,

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DESCRIPTIONS

Sur ces hameaux exempts des passions des villes, Sur ces sites heureux, et ces aspects louchants Qu'étale en ces lointains l'immensité des champs? Accourez avec moi, vous, peintres, vous, poètes; Paies réclame ici vos luths el vos palettes : Savants, abandonnez vos asiles secrets; Vous, belles, vos réduits ; et vous, grands, vos palais ; Venez tous avec moi sur ces monts de verdure Rendre hommage au printemps, et bénir la nature1. lemière. Les Fastes, ch. v.

Déjà les nuits d'hiver , moins tristes et moins soin Pardegrés de la terre ont éloigné leurs ombres, [bres, j Et l'astre des saisons, marchant d'un pas égal , Rend au jour moins tardif son éclat matinal. Avril a réveillé l'aurore paresseuse ; Et les enfants du Nord, dans leur fuite orageuse, Sur la cime des monts ont porté les frimas. Le beau soleil de mai, levé sur nos climats, Féconde les sillons, rajeunit les bocages, Et de l'hiver oisif affranchit ces rivages. La sève , emprisonnée en ses étroits canaux, S'élève, se déploie, et s'allonge en rameaux ; La colline a repris sa robe de verdure ; J'y cherche le ruisseau dont j'entends le murmure ; Pans ces buissons épais, sous ces arbres touffus, J'écoule les oiseaux, mais je ne les vois plus. Des pâles peupliers la famille nombreuse, Le saule ami de l'onde, et la ronce épineuse, Croissent au bord du fleuve, en longs groupes rangés. Dans leur feuillage épais les zéphyrs engagés Soulèvent les rameaux ; et leur troupe captive D'un doux frémissement fait retentir la rive.

Le serpolet fleurit sur les monts odorants; Le jardin voit blanchir le lis, roi du printemps; L'or brillant du genêt couvre l'humble bruyère, Le pavot dans les champs lève sa tête altière; L'épi cher à Cérès, sur sa tige élancé, Cache l'or des moissons dans son sein hérissé ; Et l'aimable espérance, à la terre rendue, Sur un trône de fleurs du ciel est descendue.

Dans un humble tissu longtemps emprisonné , Insecte parvenu, de lui-même étonné, L'agile papillon, de son aile brillante, Courtise chaque fleur, caresse chaque plante; De jardin en jardin, de verger en verger , L'abeille en bourdonnant poursuit son vol léger; Zéphyr, pour ranimer la fleur qui vient d'éclore, Va dérober au ciel les larmes de l'Aurore ; Il vole vers la rose , et dépose en son sein La fraîcheur de la nuit, les parfums du matin. Le soleil , élevant sa tête radieuse, Jette un regard d'amour sur la terre amoureuse; Et du fond des bosquets un hymne universel S'élève dans les airs et monte jusqu'au ciel. L'amour donne la vie à ces beaux paysages. Pour construire leurs nids , les hôtes des bocages Vont chercher dans les prés, dans les cours des ha- Les débris des gazons, la laine des troupeaux, [meaux L'un a placé son nid sous la verte fougère; D'autres, au tronc mousseux, h la branche légère, Ont confié l'espoir d'un mutuel amour;

i Voyez en prose , même partie.

•- voyez Descriptions , en prose.

3 Uuyscli , ne à la Haye en 1G3S , mourut le 22 février 1731.

Les passereaux ardents, dès le lever du jour, Font retentir les toits de la grange bruyante; Le pinson remplit l'air de sa voix éclatante; La colombe attendrit les échos des forêts; Le merle, des taillis cherche l'ombrage épais; Le timide bouvreuil , la sensible fauvette, Sous la Manche aubépine ont choisi leur retraite; Et les chênes des bois offrent à l'aigle altier De leurs rameaux touffus l'asile hospitalier.

micuaud. Le Printemps d'un Proscrit, ch. I«

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