‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 349 sur 649 · LA VILLE ET LES CHAMPS · texte numérisé non relu

LA VILLE ET LES CHAMPS

Au milieu du tumulte et du bruit des cités, Mes esprits, loin de moi dans le vague emportés, Dociles aux désirs d'une foule insensée, A l'intérêt de plaire immolaient ma pensée. Dans ces soupers où l'art le plus voluptueux Aiguillonne nos sens et nos goûts dédaigneux. Où d'une main , pour nous toujours enchanteresse , ilébé verse en riant le nectar et l'ivresse, Quel mortel, insensible aux charmes du poison. D'un philtre si flatteur peut sauver sa raison? Des boudoirs de Paris les intrigues secrètes, L'anecdote du jour, l'histoire des toilettes, Les jeux d'un vil bouffon , des brochures , des riens, Voilà les grands objets de tous nos entretiens. Lorsqu'enfin , terminant ces bruyantes orgies , Le rayon du matin fait pâlir les bougies, Nos convives légers remontent dans leurs chais. De ces fous si brillants les rapides écarts Ont sur le goût, les mœurs et les modes nouvelles, Lancé du bel esprit les froides étincelles ; Mais, d'un objet utile occupant sa raison , Un seul d'entre eux, un seul a-t-il réfléchi? Non.

J'ai suivi trop longtemps ce tourbillon rapide; A travers son éclat, j'en ai connu le vide; Et, de Rome échappé, je reviens dans Tibur Respirer les parfums d'un air tranquille et pur; Je parcours, plus heureux , ces routes isolées. Si je suis les détours que forment ces vallées, J'aime à voir le zéphyr agiter dans les eaux Les replis ondoyants des joncs et des roseaux ; Et ces saules vieillis , de leur mourante écorce Pousser encor des jets pleins de sève et de force. Ici tout m'intéresse, et plaît à mes regards. Sur les bords du ruisseau cent papillons épars, Avant que mes esprits démêlent l'imposture, Me paraissent des fleurs que soutient la verdure. Déjà ma main séduite est prête à les cueillir; Mais alarmé du bruit, plus prompt que le zéphyr, L'insecte, tout à coup détaché de la tige, S'enfuit... et c'est encore une fleur qui voltige. Les arbres, le rivage, et la voûte des cicux, Dans le cristal des eaux se peignent à mes yeux : Chaque objet s'y répète, et l'onde qui vacille Balance dans son sein celte image mobile '-.

C0LAr.DF.AU. Epiire àSI. Huitaine

Ruysch, de l'anatomie empruntant le secours ", Interrogeait la mort pour conserver nos jours.

Toutes les œuvres de ce eClèforcannlomisle oui < it recueillies el publiées à Amsterdam en 1737. (N. F.)

DESCRIPTIONS

La mort, obéissant sous celte main savante, Dévoilait à ses yeux la nature vivante, Ces muscles, cet amas d'innombrables vaisseaux, Du dédale des nerfs les mobiles faisceaux , Organes où circule une invisible flamme , lîapides messagers des volontés de l'âme. Les corps inanimés, par ses heureux travaux, Paraissaient se survivre, échappés des tombeaux.

0 prodige de l'art! dans leurs veines flétries, Lorsque d'un sang glacé les sources sont taries, Du cylindre odorant qui le lient renfermé , Jaillit un sang plus pur, de parfums embaumé. Par le souffle de l'air la liqueur onctueuse Poursuit, en bouillonnant, sa route tortueuse, Se filtre , s'insinue, et court à longs ruisseaux De l'aride machine inonder les vaisseaux. Soudain tout se ranime, et la pâleur s'efface ; L'immobile beaulé conserve encor sa grâce, Un nouvel incarnai a peint son front vermeil; L'enfant parait plongé dans le plus doux sommeil. On voit, par le même art, les plantes ranimées, Déployer autour d'eux leurs tiges parfumées, Et suspendre en festons leurs fleurs et leurs rameaux. Tels on peint, chez les morts, ces tranquilles berceaux, Ce riant Elysée, et, sous des myrtes sombres, Le silence éternel et le repos des ombres.

Pierre, dans cette enceinte, où Ruysch guide ses Voit ces êtres nouveaux dérobes au trépas ; [pas, 11 les voit, il s'arrête, il contemple, il admire : A son œil étonné la mort même respire ; Chaque pas, chaque objet ajoute à ses transports. « Feu céleste, dit-il, descendez sur ces corps, Ils vivront. » Tout à coup, dans un touchant délire, Il baise un-jeune enfant qui semblait lui sourire.

TlioiUAS. PCtrCide.

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