L'HERBORISATION
Le jour vient, et la troupe arrive au rendez-vous. Ce ne sont point ici de ces guerres barbares Où les accenls du cor et le bruit des fanfares Epouvantaient de loin les hôtes des forêts, l'aissez, jeunes chevreuils ; sous vos ombrages frais, Oiseaux, ne craignez rien : ces chasses innocentes Ont pour objet les fleurs, les arbres et les plantes : El des prés , etdes bois , et des champs, et des monts, Le portefeuille avide attend déjà les dons. On part : l'air du matin , la fraîcheur de l'aurore, Appellent à l'envi les disciples de Flore.
Jussieu marche à leur tête ' ; il parcourt avec eux Du règne végétal les nourrissons nombreux. Pour tenter son savoir, quelquefois leur malice De plusieurs végétaux compose un tout factice. Le sage l'aperçoit, sourit avec bonté, El rend à chaque plant son débris emprunté. Chacun dans sa recherche à l'envi se signale : Étamine, pistil, et corolle, et pétale, On interroge tout. Parmi ces végétaux [veaux;
Les uns vous sont connus, d'autres vous sont nou- Vous voyez les premiers avec reconnaissance, Vous voyez les seconds des yeux de l'espérance; L'un est un vieil ami qu'on aime à retrouver, L'autre est un inconnu que l'on doit éprouver.
» Jussieu, célèbre botaniste, n<3 a Lyon en 1689 , mon à rarisenl777. (N. K.J
Et quel plaisir encor lorsque des objets rare:, Dont le sol, le climat, et le ciel sont avares, Rendus par votre attente encor plus précieux , Par un heureux hasard se montrent à vos yeux! Voyez quand la pervenche, en nos champs ignorée. Offre à Rousseau sa fleur si longtemps désirée! La pervenche ! grand Dieu ! la pervenche ! soudain II la couve des yeux, il y porte la main , Saisit sa douce proie : avec moins de tendresse L'amant voit, reconnaît, adore sa maîtresse.
Mais le besoin commande : un champêtre repas , Pour ranimer leur force, a suspendu leurs pas; C'est au bord des ruisseaux , des sources , des casca- Bacchus se rafraîchit dans les eaux des naïades, [des; Des arbres pour lambris, pour tableaux l'horizon, Les oiseaux pour concert , pour table le gazon ; Le laitage, les œufs, l'abricot, la cerise, Et la fraise des bois que leurs mains ont conquise, Voilà leurs simples mets; grâce à leurs doux travaux, Leur appétit insulte à tout l'art des Méots s. On fête, on chante Flore, et l'antique Cybèle, Eterneîlementjeune, éternellement belle.
Leurs discours ne sont pas tous ces riens si vantés, Par la mode introduits, par la mode emportés ; Mais la grandeur d'un Dieu, mais sa bonté féconde, La nature immortelle, et les secrets du monde.
La troupe enfin se Kve, on vole de nouveau Des buis à la prairie et des champs au coleau ; Et le soir dans l'herbier, dont les feuilles sont prêtes, Chacun vient en triomphe apporter ses conquêtes.
belille. Géor.g. françaises.