‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 352 sur 649 · LE VOLCAN S0US-MAHIN · texte numérisé non relu

LE VOLCAN S0US-MAHIN

. . . Tout à coup se dérobe à nos yeux Cet azur rassurant , ce doux éclat des cieux! A ce jour pur succède une nuit enflammée ; J.a mer s'enfle, exhalant une ardente fumée, Roulant les noirs limons, les métaux ruisselants, Que la terre en douleur rejette de ses flancs. On Vésuve nouveau, qui couvait sous les ondes, Ouvre, en la déchirant, ses entrailles profondes. Dans les flots bouillonnants le bitume mugit; L'air, que le soufre brûle, avec fureur rugit ; Sous nos pieds la mer tonne, et le ciel sur nos têtes. Mon vaisseau , frêle abri qu'assiègent les tempêtes , l'ar la vague tantôt vers la côte lancé, Tantôt en pleine mer par elle repoussé, Jouet de sa furie ici fuit dans l'abîme; Là, sur elle incliné, monte et pend à sa cime : Kt d'ondes et de feu de toutes parts pressés, l'ar la terre, et la mer, et le ciel menacés, Nous roulons égarés au sein du gouffre immense Où l'antique chaos sous nos pieds recommence : C'en est fait!... Recevez, terre de nos neveux , Tour tous vos descendants l'hommage de nos vœux. Reçois,' sol paternel, les âmes fugitives

• voyez les GCorgiques de Virgile , traduite» par Dclille ,

De tes fils, sans tombeaux expirant sous tes rives.

Le foudre souterrain, s'enflammant de nouveau , Lance d'affreux rochers qui brisent mon vaisseau, Roulant de flots en flots sur l'abîme qui gronde; Ses débris dispersés sont refoulés par l'onde Vers la rive où moi-même, en leur cours entraîné, J'ai revu , j'ai touché la terre où je suis né ; Mais seul!... les flots jaloux ont gardé ce que j'aime! Déplorable moitié de cet autre moi-même, Sur le sable jeté, meurtri , glacé, mourant , Quel est mon désespoir et mon cri déchirant , Quand le pâle rayon de l'aube blanchissante Ne me laisse plus voir que mon épouse absente! Quel terrible. moment! quels pensers! quel effroi! Devant moi l'océan ! des débris près de moi ! Et des corps mutilés qui rougissent l'arène! Sur ce champ de la mort à pas lents je me traîne, Observant, d'un regard avide et douloureux, Jusqu'en leurs moindres traits ces cadavres affreux ; La cherchant, l'appelant, craignant de reconnaître Ses restes adorés... le souhaitant peut-être!

lava. Eusebe à son ami.

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