‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 353 sur 649 · LE DIRECTEUR · texte numérisé non relu

LE DIRECTEUR

Bon ! vers nous à propos je le vois qui s'avance. Qu'il parait bien nourri ! quel vermillon ! quel teint i Le printemps dans sa fleur sur son visage est peint! Cependant, à l'entendre, il se soutient à peine; II eut encore hier la fièvre et la migraine ; Kt, sans les prompts secours qu'on prit soin d'apporter, Il serait sur son lit peut-être à trembloter. Mais de tous les mortels, grâce aux dévoles âmes, Nul n'est si bien soigné qu'un directeur de femmes. Quelque léger dégoût vient-il le travailler? Une froide vapeur le fait-elle bâiller?

Un eseadron coifl'é d'abord court à son aide : L'unechauffeunbouillon ; l'autre apprête un remède; Chez lui sirops exquis, ratafias vantés, Confitures surtout, volent de tous côtés ; Car de tous mets sucrés, secs, en pâte, ou liquides, Les estomacs dévots toujours furent avides : Le premier massepain poureux, je crois, se fit, Et le premier citron à Rouen fut confit.

Notre docteur bientôt va lever tous ses doutes. Du paradis pour elle il aplanit les routes ; Et, loin sur ses défauts de la mortifier, Lui-même prend le soin de la justifier :

o Pourquoi vous alarmer d'une vaine censure? Du rouge qu'on vous voit on s'étonne, on murmure ; Mais a-t-on, dira-t-il, sujet de s'étonner? Est-ce qu'à faire peur on veut vous condamner? Aux usages reçus il faut qu'on s'accommode: Une femme surtout doit tribut à la mode.

« L'orgueil brille, dit-on , sur vos pompeux habits, L'œil à peine soutient l'éclat de vos rubis : Dieu veut-il qu'on étale un luxe si profane? Oui , lorsqu'à l'étaler notre rang nous condamne. Mais ce grand jeu, chez vous comment l'autoriser? Le jeu fut, de tout temps, permis pour s'amuser. On ne peut pas toujours travailler, prier, lire; Il vaut mieux s'occuper à jouer qu'à médire. Le plus grand jeu joué dans celte intention Peut même devenir une bonne action :

Tout est sanctifié par une âme pieuse.

o Vous êles, poursuit-on, avide, ambitieuse; Sans cesse vous brûlez de voir tous vos parents

DESCRIPTIONS

Engloutir à la cour charges, dignités, rangs. Votre bon naturel en cela pour eux brille : Dieu ne nous défend pas d'aimer notre famille. D'ailleurs, tous vos parents sont sages, vertueux. Il est bon d'empêcher ces emplois fastueux D'être donnés peut-être à des âmes mondaines, Eprises du néant des vanités humaines.

Laissez là, croyez-moi, gronder les indévots, Kt sur votre salut demeurez en repos. »

coileau. Satire x.

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