VERT- VERT
Pas n'est besoin , je pense, de décrire Les soins des sœurs, des nonnes, c'est tout dire, Et chaque mère, après son directeur, N'aimait rien tant; même dans plus d'un cœur, Ainsi l'écrit un chroniqueur sincère, Souvent l'oiseau l'emporta sur le père.
Il partageait, dans ce paisible lieu, Tons les sirops dont le cher père en Dieu , Grâce aux bienfaits des nonnettes sucrées, Réconfortait ses entrailles sacrées.
Objet permis à leur oisif amour, Vert-Vert était l'âme de ce séjour; Exceptez-en quelques vieilles dolentes, Des jeunes sœurs jalouses surveillantes, Il était cher à toute la maison.
N'étant encor dans l'âge de raison , Libre, il pouvait et tout dire et tout faire ; Il était sûr de charmer et de plaire.
Des bonnes sœurs égayant les travaux, Il becquetait et guimpes et bandeaux; I! n'était point d'agréable partie, S'il n'y venait briller, caracoler, l'apillonncr, siffler, rossignoler; Il badinait, mais avec modestie, Avec cet air timide et tout prudent Qu'une novice a même en badinant.
Par plusieurs voix interrogé sans cesse, Il répondait à tout avec justesse :
Tel autrefois César, en même temps, Dictait à quatre, en styles différents.
Admis partout , si l'on en croit l'histoire, L'amant chéri mangeait au réfectoire.
Là tout s'offrait à ses friands désirs ; Outre qu'encor pour ses menus plaisirs, Pour occuper son ventre infatigable, Pendant le temps qu'il passait hors de table, Mille bonbons, mille exquises douceurs, Chargeaient toujours les poches de nos moeurs. Les petits soins, les attentions fines, Sont nés, dit-on , chez les visitandines; L'heureux Vert-Vert l'éprouvait chaque jour, Plus mitonné qu'un perroquet de cour.
Tout s'occupait du beau pensionnaire, Ses jours coulaient dans un noble loisir. Au grand dortoir il couchait d'ordinaire; Là, de cellule il avait à choisir :
Heureuse encor, trop heureuse la mère Dont il daignait, au retour de la nuit, Par sa présence honorer le réduit!
Très-rarement les antiques discrètes
* Bengali, petit oiseau brun, a ventre bleu, espèce de pinfon d'Afrique et d'/vsic. I.c latanicr est un arbre de l'cspfcce du palmier-éventail d'Amérique, Le lori est de la famille dis
Logeaient l'oiseau ; des novices proprettes L'alcôve simple était plus de son goût; Car remarquez qu'il était propre en tout. Quand chaque soir le jeune anachorète- Avait fixé sa nocturne retraite, Jusqu'au lever de l'astre de Vénus II reposait sur la boîte aux agnus r A son réveil , de la fraîche nonneltc, Libre témoin , il voyait la toilette.
Je dis toilette , et je le dis tout bas ; Oui , quelque part j'ai lu qu'il ne faut pas Aux fronts voilés des miroirs moins fidèles Qu'aux fronts ornés de pompons et dentelles t Ainsi qu'il est pour le monde et les cours Un art, un goût de modes et d'atours, Il est aussi des modes pour le voile ; Il est un art de donner d'heureux tours A l'étamine , à la plus simple toile.
Souvent l'essaim des folâtres amours, Essaim qui sait franchir grilles et tours, Donne aux bandeaux une grâce piquante, Un air galant à la guimpe flottante ; Enfin , avant de paraître au parloir, On doit au moins deux coups d'œil au miroir; Ceci soit dit entre nous en silence :
Sans autre écart revenons au héros.
Dans ce séjour de l'oisive indolence , Vert- Vert vivait sans ennui, sans travaux; Dans tous les cœurs il régnait sans partage. Pour lui sœur Thècle oubliait les moineaux; Quatre serins en étaient morts de rage , Et deux matous, autrefois en faveur, Dépérissaient d'envie et de langueur.
Gkessf.t. Verl-Verl, cb. i*r.
LES ARBRES, LES PLANTES, ETC., DE L EQUATEUR J ÉLOGE DE tA FRANCE.
Muse, transporte-moi dans une île lointaine Que le ciel ait cachée à l'Europe inhumaine; Découvre à mes regards un vallon fortuné Que la main des mortels n'ait jamais profané. Tu m'écoutes. Un bois élevé, magnifique, Répand autour de moi son ombre aromatique. D'une source commune, ainsi que deux jumeaux, Dans un pré plein de fleurs descendent deux ruisseaux* Sur les myrtes voisins le bengali soupire '; Parmi les lalaniers qu'agite le zéphire, La perruche bruyante et le lori vermeil Sautent sous la feuillée, à l'abri du soleil. D'aras majestueux un éclatant nuage S'abat en rayonnant et remplit le bocage : Tantôt sur les palmiers leur bec dur et retors Du coco mûrissant entr'ouvre les trésors ; Tantôt un ananas qui sort du sein des herbes Hassemble autour cle lui ces convives superbes. Là d'innombrables nids , semés parmi les fleurs, D'un air vivifiant respirent les chaleurs. Je vois de tous côtés, près des vagues émues, Se traîner à pas lents les pesantes tortues, Tandis que les oiseaux chéris du dieu des mers
perroquets a plumes rouges. t.'ara est un longue queue. (N, E.)
DESCRIPTIONS
Quittent do l'Océan !cs imni Mises déserts, I
Kl, rasant à grands cris les sal)les des rivages, En foule, vers le soir, volent sous les ombrages.
La nuit même ne peut, de ce riant séjour, Avec son voile épais, bannir l'éclat du jour. A peine elle a paru, que des plantes sans nombre S'allument de concert, et rayonntnt dans l'ombre. D'insectes lumineux mille escadrons légers Viennent tourbillonner dans les bois d'orangers; De rapides éclairs jaillissent de leurs ailes, Et chaque feuille au loin lance des étincelles. Le jeu cesse; à l'instant règne l'obscurité; Puis un folâtre- essaim ramène la clarté, Vole, s'agite en l'air, et le remplit de flamme.
Mais ni ces belles nuits que la nature enflamme, Ni les plaines d'Asie, et les monts des Incas, France, n'égalent point tes fertiles climats. Tu surpasses l'Egypte, où trois fois chaque année D'une riche moisson la terre est couronnée ; Et la ville de Mars , triomphante des rois , Eût dans ses jours de gloire envié tes exploits. Jamais près de la Seine une bergère assise Du crocodile affreux ne craignit ia surprise ; Jamais dans tes forêts un chasseur imprudent Ne recula tout pâle à l'aspect d'un serpent, Qui, comme un long palmier, couchédans la bruyère, Ouvre, en se redressant, sa gueule meurtrière. Tes vallons sont couverts de superbes troupeaux, Des pampres renommés festonnent tes coteaux. L'huile coule à flots d'or aux bords de la Durance; Cérès de tes greniers entretient l'abondance; Mars attelle à son char tes coursiers frémissants, Et la mer tremble au loin sous tes mâts foudroyants.
Combien de monuments dont la grandeur étonne ! Regardez : c'est Bossuet qui s'élève et qui tonne! • 'est Descartes, du monde éclairant le chaos; C'est Corneille, Pascal, Racine, Despréaux; Montesquieu qui des lois explique les oracles; Buffon de la nature étalant les miracles; El vous, chœur immortel par les grâces orné, Vous, reines des beaux-arts, que conduit Se vigne. Je reconnais Martel qui sut dans nos vieux âges » Du More débordé repousser les ravages ; Charles qui, de cent rois le vainqueur ou l'appui , Vit l'univers entier se taire devant lui ; Des Guesclin, des Bayard la valeur souveraine, Et, plus près de nos jours, Câlinât et Turenne.
Père de la nature, être puissant et bon, Protège cet empire où l'humaine raison , Après de longs écarts, enlin sous ton auspice, De la société rebâtit l'édifice.
Avec la douce paix fais-y du haut des cieux Descendre des vertus le groupe radieux, Et la tendre amiiié que la bonté féconde Créa pour embellir et consoler le monde; .Eclaire nos conseils, et de nos magistrats Vers le bonheur public dirige tous les pas. De nos nouveaux Linus daigne illustrer les veilles ; Découvre à nos savants les secrètes merveilles. Donne à la jeune lille une aimable pudeur, Et répands sur ses traits la grâce et la candeur. Qu'unie à son époux, l'épouse heureuse et pure Fasse de ses enfants sa plus belle parure. Avec la royauté, raffermis cl maintien L'amour sacré des lois, son plus ferme soutien.
« chii'lcs Martel, vainqueur des Sarrasins à Poiliers (N.E ) a voyez, dans la traduction des titorgiques, par Delille, le néme elose applique- a rilalie. IN, E.)
Puisse l'astre éclatant où brille ta puissance Ne rien voirdansson cours de plus grand que la France castkl. Les riantes, cli. II.