LES ARDJIES, LES FRUITS, LES VEGETAUX CONQUIS
Enfin vous jouissez; et le cœur et les yeux Chérissent de vos bois l'abri délicieux. Au plaisir voulez-vous unir encor la gloire? Voulez- vous de votre art remporter la victoire? Déjà de nos jardins heureux décorateur, Ajoutez à ces noms le nom de créateur. Voyez comme en secret la nature fermente, Quel besoin d'enfanter sans cesse la tourmente: Et vous ne l'aidez pas! Qui sait dans son trésor Quels biens à l'industrie elle réserve encor? Comme l'art à son gré guide le cours de l'onde, 11 peut guider la sève; à sa liqueur féconde Montrez d'autres chemins, ouvrez d'autres canaux ; Dans vos champs enrichis par des hymens nouveau v. Des sucs vierges encore essayez le mélange, De leurs dons mutuels favorisez l'échange. Combien d'arbres, de fruits , de plantes et de fleur1:, Dont l'art changea le goût, les parfums, les couleurs'. La pêche a dû sa gloire à ces métamorphoses; D'un triple diadème ainsi brillent les roses; De son panache ainsi l'œillet s'enorgueillit. Osez : Dieu fil le monde, et l'homme l'embellit.
Que si vous n'osez pas essayer ces conquêtes, Combien sous d'autres cieux de richesses sont prêle! Usurpez ces trésors; ainsi le fier Romain , Et ravisseur plus juste, et vainqueur plus humain. Conquit des fruits nouveaux, porta dans l'Ausonie Le prunier de Damas, l'abricot d'Arménie, Le poirier des Gaulois, tant d'autres fruits divers : C'est ainsi qu'il fallait s'asservir l'univers! Quand Lucullus vainqueur triomphait de l'Asie, L'airain , le marbre et l'or frappaient Rome éblouie : Le sage dans la foula aimait à voir ses mains Porter ie cerisier en triomphe aux Romains. Et ces mêmes Romains n'ont-ils pas vu nos pères En bataillons armés, sous des cieux plus prospères, Aller chercher la vigne, et vouera Bacchus Leurs étendards rougis du nectar des vaincus? Du fruit de leurs exploits leurs troupes échauffées, P.apporlaient en chantant ces précieux trophées. Du pampre triomphal ils couronnaient leurs fronts ; Le pampre sur leurs dards s'enlaçait en festons. Tel revint triomphant le dieu vainqueur du Gange: Les vallons, les coteaux célébraient la vendange; El partout où coula le nectar enchanté, Coururent le plaisir, l'audace et la galté.
Enfants de ces Gaulois, imitons nos ancêtres : Enlevons, disputons ces dépouilles champêtres. ' Voyez dans ces jardins, fiers de se voir soumis A la main qui porta le sceptre de Thémis, Le sang des Lamoignon, l'éloquent Malesherbea, Enrichir notre sol de cent tiges superbes, Nourrissons inconnus de cent climats divers , De la cime des monts, de la rive des mers. Je voyage, entoure de leur foule choisie, D'Amérique en Europe, et d'Afrique en Asie : Tons, parmi nos vieux plants charmés de se ranger, Chérissent notre ciel; et l'heureux étranger, Des bords qu'il a quittés reconnaissant l'ombrage, Doute de sou exil a leur louchante image, El d'un doux souvenir sent son cœur attendri.
DESCRIPTIONS
Je t'en prends à témoin, jeune Polavéri ' : Des champs d'Otaïli, si chers à son enfance, Où l'amour sans pudeur n'est pas sans innocence, Ce sauvage ingénu, dans nos murs transporté, Regrettait dans son cœur sa douce liberté,- Et son île riante , et ses plaisirs faciles. Ébloui, mais lassé de l'éclat de nos villes, Souvent il s'écriait : « Rendez-moi mes forêts! » Un jour, dans ces jardins où l'État à grands frais Des quatre coins du monde en un seul lieu rassemble Ces peuples végétaux surpris décroître ensemble, Qui, changeant à la fois de saison et de lieu, Viennent tous à l'euvi rendre hommage à Jussieu , L'Indien parcourait leurs tribus réunies, Quand tout à coup, parmi ces vertes colonies, On arbre qu'il connut dès ses plus jeunes ans Frappe ses yeux; soudain, avec des cris perçants, 11 s'élance, il l'embrasse, il le baigne de larmes, Le couvre de baisers! Mille objets pleins de charmes , Ces beaux champs, ce beau ciel, qui le virent heu- Le fleuve qu'il fendait de ses bras vigoureux, [reux, La forêt dont ses traits perçaient l'hôte sauvage, Ces bananiers chargés et de fruits et d'ombrage, El le toil paternel , el les bois d'alentour, Ces bois qui répondaient à ses doux chants d'amour, Il croit les voir encore, el son âme attendrie Du moins pour un instant retrouva sa patrie.
dklille. Les Jardins, eh. il.