LA VENDANGE
Ces voiles suspendus qui cachent à la terre Le ciel qui la couronne, et l'astre qui l'éclairé, Préparent les mortels au retournes frimas. Si le soleil encor se montre à nos climats, 11 n'arme plus de feux les rayons qu'il nous lance; La nature à grands pas marche à sa décadence.
Mais la feuille , en tombant du pampre dépouillé, Découvre le raisin , de rubis émaillé ; De l'ambre le plus pur la treille est colorée ; Les celliers sont ouverts , la cuve est réparée. Boisson digne des dieux, jus brillant et vermeil, Doux extrait de la sève et des l'eus; du soleil, Source de nos plaisirs , délices de la terre, Viens dissiper l'ennui qui me livre la guerre , Et donne-moi du moins le bonheur d'naraoment!
Bacchus, dieu des festins, père del'enjoùment. C'est toi qui répandis sur les monts du Bosphore Les pampres enlevés aux portes de l'Aurore : Tu couvris de raisins les rochers de Lesbos : Ta liqueur inspira les muses, les héros, Et ton culte polit la Grèce encor sauvage.
C'est toi qui des Gaulois enÇammais le courage, Quand ce peuple vainqueur, du haut des Apennins, Vint sous leurs toits fumants «écraser les Romains. Il voulait de tes dons enrichir sa patrie; Et, le front couronné de pampres d'Hespérie , Ivre de vin, dejoie, il repassa les monts. Les vallons répétaient ses cris et ses chansons, Et les thyrses guidaient sa marche triomphante. La Gaule à ton nectar dut sa gaîté brillante, Le charme des festins et le sel des bons mots, L'art d'écarter les soins, et d'oublier les maux.
Mais déjà vers la vigne un grand peuple s'avance; Il s'y déploie en ordre , et le travail commence ; Le vieillard que conduit l'espoir du vin nouveau, Arrivé plein dejoie au penchant du coteau, Y voit l'heureux Lindor et Lisette charmée Trancher au même cep la grappe parfumée : Ils chantent leurs amours et le dieu des raisins. Une troupe à leur voix répond des monts voisins : Plus loin le tambourin, le fifre et la trompette Font entendre des airs que le vallon répète. Cependant les chansons , les cris du vendangeur, Fixent sur le coteau les regards du chasseur. Mais le travail s'avance, et les grappes vermeilles S'élevant en monceau dans de vastes corbeilles, Colin, le corps penché sur ses genoux tremblants, De la vigne au cellier les transporte à pas lents : Une foule d'enfants autour de lui s'empresse, Et l'annonce de loin par des cris d'allégresse.
Tandis que le raisin sous la poutre est placé. Qu'un jus brillant et pur dans la cuve est lancé, Que d'avides buveurs y plongent la^fougère, Où monte en pétillant une mousse légère, Sur les monts du couchant tombe l'astrcdu jour.
Le peuple se rassemble, il hâte sonTetoûr; Il arrive, ô Bacchus , en chantant tes louanges.
a Plusieurs de ces vers sont imites de Virgile, Géorglquet,
DESCRIPTIONS
Il danse outour du char qui porte les vendanges;
Ce char est couronné de Heurs et de rameaux ,
Et la grappe en festons pend au front des taureaux.
Le plaisir turbulent, la joie immodérée,
Des heureux vendangeurs terminent la soirée ;
Ils sont tous contents d'eux, du sort et des humains.
Des rivaux réunis un verre arme les mains :
Bacchus a suspendu la haine et la vengeance;
Il fait régner l'amour, et répand l'indulgence.
Deux vieillards attendris se tiennent embrassés;
Tous deux laissent tomber des mots embarrassés;
[fiammes.
Dans leurs jeux entr'ouverls brillent d'humides Ils font de vains efforts pour épancher leurs âmes, Et, pleins des sentiments qu'ils voudraient exprimer, Tous deux, en bégayant, se jurent de s'aimer. Crégoire à Mathurine allait porter son verre; Sous ses pas incertains il sent trembler la terre; Il a vu les lambris cl les toits s'ébranler. La lablequ'il embrasse est prèle à s'écrouler; H tombe, il la renverse, et la cruche brisée Se disperse en éclats sur la terre arrosée : On se lève eu tumulte, on part, elles buveurs foui retentir au loin leurs chants et leurs clameurs.
LE MÊME. JOicl.