LA CHASSE DU TAUREAU SAUVAGE
Le cor lointain a retenti trois fois , Ei le taureau mugit au fond des bois.
De la forêt usurpateur sauvage, Il vous attend, volez, adroits guerriers; Là, des combats vous trouverez l'image, Les dangers même, et de nouveaux lauriers.
Sur le taureau mugissant et terrible, Pleuvent les dards, les lances, les épieux. Il cède, il fuit, revient plus furieux , Pins menacé, mais toujours invincible; Il fuit encor sous les traits renaissants. Devant ses pas , au loin retentissants, Des bois émus le peuple se disperse :
Son front écarte ou brise les rameaux.
Dans le torrent il tombe, le traverse; Et son passage avec fracas renverse Les troncs vieillis et les jeunes ormeaux.
Alitent1 prévoit ses détours, le devance.
i Alkent. seigneur anglais, un .des heros du poème de Pan. y, intitule les Rosccroix. (M. E.)
DESCRIPTIONS
Et près d'un enëne il se place en silence. Le dard lancé par sa robuste main Atteint le flanc du monstre qui , soudain Se retournant, sur lui se précipite.
D'un saut léger l'adroit chasseur l'évite, Et frappe encor le flanc déjà sanglant. Le taureau tombe, et prompt il se relève. Tremblez, Alkent, fuyez en reculant.
IA ce front large il oppose son glaive, Succès trompeur! dans la tète enfoncé, Le fer se rompt : de ses mains frémissantes Alkent saisit les cornes jpenaçantes , Lutte , combat, repousse, est repoussé, Du monstre évite et lasse la furie, Ranime alors sa vigueur affaiblie, Et le taureau sur l'herbe est renversé : Pour les chasseurs sa chute est une fête. L'heureux Alkent, immobile un instant, Reprend haleine, et fier de sa conquête, Pour l'achever, du monstre palpitant Sa hache enfin coupe l'énorme tète.
Joyeux il part, et suivi des chasseurs, Environné de flottantes bannières, Des chiens hurlants, et des trompes guerrières, De la victoire il goûte les douceurs.
A ces douceurs l'espoir ajoute encore ; Vers le cortège il marche radieux :
Sur lui soudain se fixent tous les yeux: Et toujours fier il jette aux pieds d'Isaure Le tion sanglant, le don le plus flatteur, Qu'à la beauté puisse offrir la valeur ».
A leur tête est le coq : pèrp, amant, chef heureti\. , Qui , roi sans tyrannie, et sultan sans mollesse, ! A son sérail ailé prodiguant sa tendresse , '. Aux droits de la valeur joint ceux de la beauté, i Commande avec douceur, caresse avec fierté, ! Et, fait pour les plaisirs, et l'empire, et la gloire, Aime , combat, triomphe, et chante sa victoire*.
Vous aimerez à voir leurs jeux et leurs combats, Leurs haines , leurs amours, et jusqu'à leurs repas La corbeille à la main, la sage ménagère A peine a reparu , la nation légère, Du sommet de ses tours, du penchant de ses toits, En tourbillons bruyants descend toute à la Iojs : La foule avide en cercle autour d'elle se presse; D'autres toujours chassés, et revenant sans cesse, Assiègent la corbeille, et jusque dans la main , Parasites hardis, viennent ravir le grain.
Soignez donc , protégez ce peuple domestique. Que leur logis soit sain, et non pas magnifique. Que leur font des réduits richement décores, Le marbre des bassins, les grillages dorés* Un seul grain de millet leur plairait davantage; La Fontaine l'a dit :ô véritable sage!
La Fontaine, c'est toi qu'il faudrait en cesiieux : i Chantre heureux de l'instinct , il t'inspirerait mieu>. j Le paon , fier d'étaler l'iris qui le décore , j Du dindon rengorgé l'orgueil plus sot encore, j Pourraient à nos dépens égayer ton pinceau ; j Là, de tes deux pigeons ûi verrais le talileau , Et deux coqs amoureux, à la discorde en proie, Te feraient dire encore :• Amour, tu perdis Troie!» dklille. Les Jardins, ci. iv.
La ferme! à ce nom seul les moissons, les vergers, Le règne pastoral , les doux soins des bergers , Ces biens de l'âge d'or, dont l'image chérie Plut tant à mon enfance , âge d'or de la vie , Réveillent dans mon cœur mille regTets touchants. Venez : de vos oiseaux j'entends déjà les chants; l'entends rouler les chars qui traînent l'abondance, Et le bruit des fléaux qui tombent en cadence.
Ornez donc ce séjour; mais, absurde à grands frais, N'allez pas ériger une ferme en palais. Dégante à la fois et simple dans son style, La ferme est aux jardins ce qu'aux vers est l'idylle. Ah ! par les dieux des champs , que le luxe effronté De ce modeste lieu soit toujours rejeté; N'allez pas déguiser vos pressoirs et vos granges; Je veux voir l'appareil des moissons, des vendanges. Que le crible , le van où le froment doré Bondit avec la paille et retombe épuré, La herse, les traîneaux, tout l'attirail champêtre, Sans honte à mes regards osent ici paraître. Surtout des animaux que le tableau mouvant An dedans, au dehors, lui donne un air vivant. Ce n'est plus du château la parure stérile, e inanimée et la pompe immobile :
Tout vit. tout est peuplé dans ces murs, sous ces toits. Que d'oiseaux différents et d'instinct et de voix , Habitant sous l'ardoise, ou la tuile, ou le chaume, Famille , nation , république , royaume , M'occupent de leurs moeurs, m'amusent de leurs jeux !
l voyei lr« partie, uutne sujet, Muvez plusi>as.
A leur tète est le chien , aimable antant qu'utile,
Superbe et caressant, courageux, mais docile. 1 Formé pour le conduire et pour le protéger.
Du troupeau qu'il gouverne il est le vrai berger.
Le ciel l'a fait pour nous, et dans leur cour rusliq j II fut des rois pasteurs le premier domestique. , Redevenu sauvage , il erre dans les bois :
Qu'il aperçoive l'homme, il rentre sous ses lois; ; Et, par un vieil instinct qui jamais ne s'efface,
Semble de ses amis reconnaître la race. Gardant du bienfait seul le doux ressentiment, i 11 vient lécher ma main après le châtiment; j Souvent il me regarde; humide de tendresse,
Son œil affectueux implore une caresse.
J'ordonne, il vient à moi; je menace, il me fuit;
Je l'appelle, il revient ; je fais signe, il me suit;
Je m'éloigne, quels pleurs! je re'viens, quelle joie î
Chasseur sans intérêt, il m'apporte sa proie.
Sévère dans la ferme, humain dans la cité,
II soigne le malheur, conduit la cécité;
Et moi , de l'Hélicon malheureux Belisaire 3,
Peut-être un jour ses yeux guideront ma misère.
Est-il hôte plus sur, ami plus généreux?
l'n riche marchandait le chien d'un malheureux;
Cette offre l'affligea : » Dans mon destin funeste , 1 f Qui m'aimera , dit-il, si mon chien ne me resté? » I Point de trêve à ses soins , de borne à son j 11 me garde la nuit, m'accompagne le jour.
3 On ii.t que Demie était iveujte ;.i.e.)
comme Cïliuirc»
DESCRIPTIONS
Dans la foule étonnée on l'a vu reconnaître , Saisir et dénoncer l'assassin de son maître, Et , quand son amitié n'a pu le secourir , Quelquefois sur sa tombe il s'obstine à mourir.
Enfin le grand Buffon écrivit son histoire ; Homère l'a chanté, rien ne manque à sa gloire : Et, lorsqu'à son retour le chien d'Ulysse absent Dans l'excès du plaisir meurt en le caressant, Oubliant Pénélope, Eumée, Ulysse même, Le lecteur voit en lui le héros du poëme *.
LE même. Les Trois Règnes, ch. Vin
C'est là 2 que tu vivrais,
0 toi dont la Fontaine eût vanté les attraits, 0 ma chère Raton, qui, rare en ton espèce , Eus la grâce du chat, et du chien la tendresse; Qui, flère avec douceur, et fine avec bonté, Ignoras l'égoïsme, à ta race imputé.
Là , je voudrais te voir , telle que je t'ai vue , De ta molle fourrure élégamment vêtue, Affectant l'air distrait, jouant Fair'endormi , Epier une mouche , ou le rat ennemi Si funeste aux auteurs , dont la dent téméraire Ronge indifféremment Du Bartas ou Voltaire; Ou, telle que tu viens, minaudant avec art, De mon sobre dîner solliciter ta part; Ou bien , le dos en voûte et la queue ondoyante , Offrir ta douce hermine à ma main caressante , Ou déranger gaiment, par mille bonds divers, Et la plume et la main qui t'adressa ces vers.
LE MÊME