‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 360 sur 649 · LE CHEVAL · texte numérisé non relu

LE CHEVAL

Vous voyez ces vallons , et ces coteaux déserts ; Des différents troupeaux dans les sites divers Envoyez, répandez les peuplades nombreuses. Là, du sommet lointain des roches buissonneuses Je vois la chèvre pendre ; ici de mille agneaux L'écho porte les cris de coteaux en coteaux. Dans ces prés abreuvés des eaux de la colline , Couché sur ses genoux le bœuf pesant rumine ; Tandis qu'impétueux, fier, inquiet, ardent, Cet animal guerrier qu'enfanta le trident, Déploie , en se jouant dans un gras pâturage, Sa vigueur indomptée et sa grâce sauvage. Que j'aime et sa souplesse et son port animé, Soit que, dans le courant du fleuve accoutumé , En frissonnant il plonge , et, luttant contre l'onde , Batte du pied le flot qui blanchit et qui gronde; Soit qu'à travers les prés il s'échappe par bonds; Soitque, livrant aux vents ses longs crins vagabonds Superbe, l'œil en feu , les narines fumantes, Beau d'orgueil et d'amour, il vole à ses amantes! Quand je ne le vois plus, mon œil le suit encor 5. le même. Les Jardins, ch. 1er.

MÊME SUJET

* Voyez Ire partie.

s Dans un musCe d'histoire naturelle.

3 Voy , inOmç sujet, dans la traductioiLdc Vir.g

iparDelUlc.

Voyez ce fier coursier, noble ami de son maître, Son compagnon guerrier, son serviteur champêtre , Le traînant dans un char, ou s'élançant sous lui. Dès qu'a sonné l'airain , dès que le fer a lui , Il s'éveille , il s'anime , et , redressant la tête , Provoque à la mêlée, insulte à la tempête : De ses naseaux brûlants il souffle la terreur; Il bondit d'allégresse, il frémit de fureur. On charge ; il dit : Allons ! se courrouce et s'élance. 11 brave le mousquet, il affronte la lance; Parmi le feu, le fer, les morts et les mourants , Terrible, échevelé, s'enfonce dans les rangs; Du bruit des chars guerriers fait retentir la terre , Prête aux foudres de Mars les ailes du tonnerre : Il prévient l'éperon ; il obéit au frein , Fracasse par son choc les cuirasses d'airain , S'enivre de valeur , de carnage et de gloire , Et partage avec nous l'orgueil de la victoire; Puis revient dans nos champs, oubliant ses exploits, Reprendre un air plus calme et de plus doux emplois; Aux rustiques travaux humblement s'abandonne , Et console Cérès des fureurs de Bellone *.

le même. Les Trois Règne».

L'étalon que j'estime , est jeune, vigoureux; Il est superbe et doux , docile , valeureux ; Son encolure est haute , et sa tête hardie ; Ses flancs sont larges, pleins ; sa croupe est arrondie; Il marche fièrement, il court d'un pas léger; Il insulte à la peur , il brave le danger. S'il entend la trompette ou les cris de la guerre, Il s'agite, il bondit; son pied frappe la terre. Son fier hennissement appelle les drapeaux ; Dans ses yeux le feu brille , il sort de ses naseaux. Son oreille se dresse, et ses crins se hérissent; Sa bouche est écumante, et ses membres frémissent.

Un coursier belliqueux, qui, formé pour la gloire,

Doit avec le guerrier voler à la victoire ,

Dès ses plus jeunes ans au bruit accoutumé,

Sans crainte entend tonner le salpêtre allumé.

Son œil audacieux parcourt l'éclat des armes;

Le son de la trompette est pour lui plein de charmes.

Il souffre les arçons, il soutient en repos

Son maître qui s'élève et s'assied sur son dos.

A ses ordres docile, il s'arrête ou s'avance,

11 revient sur ses pas , il se dresse , il s'élance ,

Plus léger que les vents par son vol devancés;

Ses pas sur la poussière à peine sont tracés.

Il aime la louange, et son ardeur éclate

Au doux bruit de la main qui le frappe et le flatte.

C'est ainsi qu'un coursier, utile au champ de Mars,

Nous porte fièrement au milieu des hasards,

Perce les escadrons, vole, se précipite;

Le carnage l'anime, et le péril l'irrite.

Environné de morts, sanglant, percé de coups,

4 voyez Ire partie. Plusieurs idées de ce morceau sont tmîtocs de la description du cheval qu'on trouve au livre de Joh j dans l'Écriture sainte. (H. E.)

DESCRIPTIONS

Il semble s'ouhlier et- ne penser qu'à vous. Quand sa force le quitte, eucor plein décourage, De l'horreur des combats il sort, il vous dégage. Pour vous il semble craindre un coup qu'il a bravé; H expire coulent quand il vous a sauvé.

nossKT. L'Agriculture.

Moins vif , inoins valeureux, inoins beau que le L'une est son suppléant, et non pas son rival; [cheval, Il laisse au fier coursier sa superbe encolure, Et son riche harnais, et sa brillante allure. Instruit par un lourdaud, conduit par le bâton, Sa parure est un bat, son régal un chardon. Pour lui Mars n'ouvre point sa glorieuse école; Il n'est point conquérant, mais il est agricole. Enfant, il a sa grâce et ses folâtres jeux; Jeune, il est patient, robuste et courageux , .Et paye, en les servant avec persévérance, Chez ses patrons ingrats sa triste vétérance.

Son service zélé n'est jamais suspendu; Porteur laborieux , pourvoyeur assidu , Entre ses deux paniers , de pesanteur égale , Chez le riche bourgeois, chez la veuve frugale, 11 vienl, les reins courbés et les flancs amaigris, Souvent à jeun lui-même, alimenter Paris. Quelquefois, consolé par une chance heureuse, il sert de bucéphale à la beauté peureuse; Et sa compagne enfin va dans chaque cité Porter aux teints flétris les fleurs de la santé. Il marche sans broncher au bord du précipice, Reconnaît son chemin , son maître et son hospice. De tous nos serviteurs c'est le moins exigeant; Il naît, vieillit et meurt sous le chaume indigent; Aux injustes rigueurs dont sa fierté s'indigne, Son malheur patient noblement se résigne. -

Enfin, quoique son aigre et déchirante voix De sa rauque allégresse importune les bois, Qu'il offense à la fois et les yeux et l'oreille, Que le châtiment seul en marchant le réveille , Qu'il soit hargneux, revèche et désobéissant, A force de malheurs l'âne est intéressant : Aussi le préjugé vainement le maltraite, En dépit de l'orgueil il aura son poète. Homère, qui chanta tant de héros divers , Auprès du grand Ajax le plaça dans ses vers ', La Faille lé nomma le coursier de Silène. Ami des voluptés , il naquit pour la peine. Et moi qui déplorai le sort des animaux, J'ai dû peindre ses mœurs, ses bienfaits et ses maux. df.lille. Les Trois Régnes, ch. vm-

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