L'ÉLÉPHANT
Ainsi que la raison , l'instinct a ses degrés. S'il faut que de nos sens les rapports assurés
1 Uomerc, dans l'Iliade, livre onzième, vers 558 et suivants, compare Ajax à un inc : voici la traduction française de ce passage :
Comme on voit l'animal , dont l'avare nature
Aux chardons épineux a borné la pâture,
nans un cliamp couronné des présents de Cérc» ,
Nous peignent les objets que notre instinct compare, Plus ces rapports sont sûrs, et moins l'instinct s'égaie. Si donc respire un être en qui les dieux puissants Aient dans un seul organe associé trois sens , Dont la flexible main , de ces trois sens pourvue, Corrigeant par le tact les erreurs de la vue, Des qualités des corps habile à s'assurer, Puisse à la fois sentir, et sucer et flairer ; Qui , toujours redoutable, et souvent caressante, Tantôt renverse tout par sa force puissante, i Tantôt avec plaisir savourant les odeurs , Ainsi qu'un doigt léger sache cueillir des fleurs , Reconnaisse l'enfant du conducteur qu'il pleure, Enlève des fardeaux , ferme, ouvre sa demeure, Et, roulant, déroulant ses replis tortueux, Serve sa faim, sa soif, sa colère et ses jeux ; Enfin, qui, dans un point, dans un instant, rassembla Trois forces , trois effets , trois jugements ensemble : Le monde admirera ce pouvoir triomphant; Et, puisqu'il n'est point l'homme, il sera l'éléphant, L'admirable éléphant, dont le colosse énorme Cache un esprit si fin dans sa masse difforme; Que, pour son rare instinct dans un corps si grossier, Presque pour ses vertus adore un peuple entier ; L'éléphant, en un mot, qui sait si bien connaître L'injure, le bienfait, ses tyrans et son maître.
Chacun des animaux excelle dans son art: Le fermier connaît trop les ruses du renard; Le cerf, ingénieux dans ses frayeurs extrêmes, Varie en cent façons ses adroils stratagèmes, Et, des chiens égarés déconcertant l'ardeur, De ses pas, en sautant, lui dérobe l'odeur. Le lapin a sa ruse; inspiré par la crainte, Il se creuse avec art un savant labyrinthe : Et, chassant en commun , dans son poste marqué Le loup sait se tenir prudemment embusqué ; Mais le noble éléphant ne voit rien qui l'égale.
LK MEME. Ibid.. Ch. Vi£.
Sous lui, mais séparé par un court intervalle. Dans ses hardis travaux le peuple des castors Etale de l'instinct les plus riches trésors. L'éléphant dans les bois, et le castor dans l'onde, Sont tous deux à jamais l'étonnement du monde S'il n'a point celte trompe, organe merveilleux, Dont ce noble animal a droit d'être orgueilleux , Quatre dents, ou plutôt quatre terribles scies, Qu'en un tranchant acier la nature a durcies, Et sa queue aplatie, et ses agiles doigts. Voilà de ses travaux les instruments adroils. D'autres les ont vantés, d'autres ont su décrire Tous ces grands monuments de leur petit empire; Ces arbres renversés, façonnés avec art, De leur digue à la vague opposant le rempart; Des écluses, des ponts l'habile architecture, Des voûtes, des cloisons la solide jointure; Ces soins si prévoyants, cet art si merveilleux. Accommodés au temps » appropries aux lieux;
Porter sa dent avide , cl fouler les guércls. U'unc troupe d'entants <|ul le frappent sans cesse , ■.'animal obstiné méprise la faiblesse; D'un pas tranquille cl lenl il se relire <-:il",'i , Quand les épis dorés ont assou\i sa faim
DESCRIPTIONS
Cette Hollande enfin, et cette humble Venise, Sur ses longs pilotis solidement assise : L'étranger, retrouvant l'homme dans le castor, Le voit , s'étonne , rêve , -et le regarde encor.
LE MÊME. Ibid.