LE LION ET L'AIGLE
Tel qu'un peintre savant joint la lumière à l'ombre, Dieu se plaît à créer des nuances sans nombre; Mais , parmi ce contraste et d'instincts et de goûts, De haine et d'amitié, de douceur, de courroux , De paresse et d'ardeur, qu'à chaque créature En ses dons inégaux départit la nature, Souvent son art sublime offre à l'œil enchanté La ressemblance unie à la variété.
Au lion dans les bois, à l'aigle dans son aire, Qui ne reconnaît pas le même caractère? [saux, tous deux sont fiers, tous deux, tyrans de leurs vas- Dans leur désert royal ne veulent point d'égaux. L'impérieux amour, le besoin d'une épouse, Domptent seuls les fureurs de leur fierté jalouse ; Tous deux , rois des États par la victoire acquis, Ne veulent de festins que ceux qu'ils ont conquis; Ennemis généreux et vainqueurs magnanimes, Enfin tous deux font grâce à de faibles victimes : Ainsi le même instinct produit mêmes humeurs , Et, différents de race, ils sont joints par les mœurs.
LE MÊME. Ibid.
Que le coq , de ses sœurs et l'époux et le roi, Toujours marche à leur tête et leur donne la loi. Il peut dix ans entiers les aimer, les conduire ; Il est né pour l'amour, il est né pour l'empire. En amour, en fierté le coq n'a point d'égal. Une crête de pourpre orne son front royal : Son œil noir lance au loin de vives étincelles; Un plumage éclatant peint son corps et ses ailes , Dore son cou superbe, et flotte en longs cheveux. De sanglants éperons arment ses pieds nerveux; Sa queue en se jouant, du dos jusqu'à la crête , S'avance et se recourbe en ombrageant sa tète.
Des Grecs et des Romains autrefois révéré , Le coq était des dieux l'interprète sacré. J'omets ses vains honneurs, je chante ses services. Lorsque du jour l'aurore apportant les prémices Blanchit de sa lumière et les monts et les toits, Du héraut du soleil vous entendez la voix. Il l'appelle , il l'annonce, et lui rend son hommage; Des heures de la nuit son chant fait le partage; ■Il en marque le cours et celui du sommeil, 11 fixe le travail , le repos, le réveil , Il est du temps qui fuit la mesure vivante. Sa tendresse, toujours active et vigilante, Défend le peuple heureux qu'il conduit par ses soins. Roi sensible , époux tendre, il veille à leurs besoins. rosset. L'agriculture.
Amant jaloux et monarque intrépide, *% d'un rival l'aspect frappait ses yeux ,
Vous le verriez , athlète furieux , Lui déclarer une guerre sanglante.
Tout son cortège , en une morne attente ., De ce combat inquiet spectateur, Allume encor sa haine et sa valeur.
Triomphe-t-il , Dieu ! quel transport éclate"! Il fait voler son casque d'écarlate ; D'un rouge obscur son œil s'est coloré; Son bec sanglant proclame la victoire ; Je vois s'enfler son plumage doré, Et chaque plume a tressailli de gloire. Est-il vaincu, muet, abandonné, Objet de haine, il court dans la retraite, Loin du sérail , en sultan détrôné , Pleurer sa honte et cacher sa défaite '.
campenon. Maison des Champt,