‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 367 sur 649 · LE SERPENT · texte numérisé non relu

LE SERPENT

Habitant des forêts, et des monts et des champs , Le serpent, à son tour, a des droits à mes chants. Par ses beaux mouvements et sa riche parure, Cher à la poésie ainsi qu'à la peinture, Le serpent a ses mœurs , ses combats , ses amours , Son port audacieux, ses habiles détours; Mais il fuit nos regards : dans le sein des broussailles, Dans les fentes des rocs ou le creux des murailles, Il semble qu'affligé de son triste renom , Il cache ses remords, sa honte et son poison.

Je n'en décrirai point les nombreuses espèces, Différentes d'aspect, de penchants et d'adresses : Je compterais plutôt les sables des déserts, Les feuillages des bois et les vagues des mers, Que les variétés de sa race effrayante.

Il court, nage, bondit, gravit, vole ou serpente: Tantôt, au bruit lointain des agrestes pipeaux, Caché dans la moisson, il attend les troupeaux, Et des plis écaillés qu'avec force il déploie Saisit, étreint, étouffe, et dévore sa proie. Le chevreau, la brebis , souvent un bœuf entier, Tout à coup engloutis dans son large gosier, Se débattent en vain dans sa gueule béante. Mais bientôt, expiant sa fureur dévorante, Il s'endort sous le poids de l'énorme festin; Et, livrant au chasseur un facile butin, Sous la lourde massue ou le fer du sauvage Tombe gonflé de sang et gorgé de carnage. Tantôt, au fond des bois, à l'enlour d'un vieux tronc, Il enlace sa queue et redresse son front. Ailleurs, au haut d'un arbre où sa race fourmille, Superbe, il réunit sa hideuse famille.

L'œil voit avec effroi ces milliers d'animaux Envelopper la tige , entourer les rameaux ; On croit voir les cheveux de l'horrible Mégère , Ou les crins hérissés de l'aboyant Cerbère Qui défend jour et nuit le trône de Pluton, Ou les serpents tressés dont se coiffe Alecton.

Me préserve le ciel d'aller dans le bocage Respirer la fraîcheur ou dormir sous l'ombrage, Lorsqu'en un jour d'été, de son obscur séjour 11 sort brûlant de soif, de colère et d'amour! Sur la cime des bois, sur les monts, dans la plaine, Les animaux tremblants l'évitent avec peine : Contre eux il a du ciel reçu ses yeux ardents, Son étouffante haleine et ses terribles dents. Telle est de son poison la violence extrême, Souvent par sa piqûre il se détruit lui-même ; Son venin dans la plaie à peine s'est glissé, La chair tombe en lambeaux , et le sang est glacé. Pour son rapide élan il n'est point de distance; Il part comme l'éclair, atteint comme la lance.

Quels contrastes frappants il présente à nos yeux! Reptile sur la «erre, étoile dans les creux, Ici nous déguisant son approche mortelle,

i On sait que Sinon est )c Grec dont les ruses firent pénétrer .flans Troie le cheval fameux qui renfermait les chefs

Ailleurs faisant crier sa bruyante crécelle, Couvé dans sa coquille ou formé tout vivant. Assaillant furieux, tacticien savant, Sinon astucieux '., Polyphème vorace, Victime quelquefois et bourreau de sa race; Formidable aux oiseaux, à l'hôte des forêts, Aux reptiles criards qui peuplent les marais , Du tigre affreux lui-même affrontant la colère , Redoutable poison, remède salutaire ; Paresseux en hiver, plein d'ardeur au printemps; Favori d'Esculape , et l'emblème du temps ; Ancien dominateur des forêts d'Amérique, Détesté dans l'Europe , adoré dans l'Afrique ; De l'Indien , pour lui toujours hospitalier, Convive caressant et démon familier; Prudent et courageux, vigoureux et flexible, Célébré par la Fable, et maudit par la Bible; Dans les vers de Milton , organe de Satan , Il ravit l'innocence à l'épouse d'Adam; Avec elle il perdit l'homme, hélas! trop fragile; Par lui Laocoon est puni dans Virgile , Et son supplice encore , objet de nos douleurs , Sur un marbre souffrant nous fait verser des pleurs a

LE MÊME. Ibid., Ch. Vli

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