‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 372 sur 649 · LA VÉRITABLE ET LA FAUSSE DÉVOTION · texte numérisé non relu

LA VÉRITABLE ET LA FAUSSE DÉVOTION

Et comme je ne vois nul genre de héros Qui soit plus à priser que les parfaits dévots, Aucune chose au monde et plus noble et plus belle Que la sainte ferveur d'un véritable zèle; Aussi je ne vois rien qui soit plus odieux Que le dehors plâtré d'un zèle spécieux; Que ces francs charlatans, que ces dévots de place, De qui la sacrilège et trompeuse grimace Abuse impunément et se joue à leur gré De ce qu'ont les mortels de plus saint et sacré: Ces gens qui , par une âme à l'intérêt soumise, Font de dévotion métier et marchandise , Et veulent acheter crédit et dignités Au prix de faux clins d'yeux et d'élans affectés ; Ces gens, dis-je, qu'on voit d'une ardeur non communs Par le chemin du ciel courir à la fortune ; Qui, brûlant et priant, demandent chaque jour, Et prêchent la retraite au milieu de la cour; Qui savent ajuster leur zèle avec leurs vices , Sont prompts, vindicatifs, sans foi, pleins d'arliûces; Et, pour perdre quelqu'un, couvrent insolemment De l'intérêt du ciel leur fier ressentiment; D'autant plus dangereux dans leur âpre colère, Qu'ils prennent contre nous des armes qu'on révère, Et que leur passion , dont on leur sait bon gré , Veut nous assassiner avec un fer sacré. De ce faux caractère on en voit trop paraître. Mais les dévots de cœur sont aisés à connaître; Ce titre par aucun ne leur est débattu ; Ce ne sont point du tout fanfarons de vertu; On ne voit pas en eux ce faste insupportable , Et leur dévotion est humaine et traitable. Ils ne censurent point toutes nos actions; Ils trouvent trop d'orgueil dans ces corrections ; Et, laissant la fierté des paroles aux autres, C'est par leurs actions qu'ils reprennent les nôtres- L'apparence du mal a chez eux peu d'appui, Et leur âme est portée à juger bien d'autrui. Point de cabale en eux , point d'intrigues à suivre ; On les voit pour tous soins se mêler de bien vivre; Jamais- contre un pécheur ils n'ont d'acharnement; Ils attachent leur haine au péché seulement, Et ne veulent point prendre avec un zèle extrême Les intérêts du ciel plus qu'il ne veut lui-même. Molière. Tartufe, act. i»r, se. vi.

La raison est de l'homme et le guide et l'appui ; Il l'apporte en naissant, elle croît avec lui; C'est elle qui , des traits de sa divine flamme, Purifiant son cœur, illuminant son âme, Montre à ce malheureux, par le vice abattu, Que la félicité n'est que dans la vertu; Qu'elle donne aux humains couverts de son égide La volupté tranquille, innocente et solide, La joie et la santé qu'entretient clans sa fleur

s Voyez , Allégories , le véritable et le faux honneur.

DÉFINITIONS

Le repos de l'esprit et le calme du cœur; Que par elle un mortel aussi ferme que libre, Au milieu des revers garde un juste équilibre; Rit de ses ennemis, et, résistant au sort, Affronte l'indigence , et les fers et la mort; Comme un rocher, que frappe une mer mugissante, Brave des flots émus la fureur impuissante.

VOLTAIRE

C'est un théâtre, un spectacle nouveau, Où tous les morts, sortant de leur tombeau , Viennent encor sur une scène illustre, Se présenter à nous dans leur vrai lustre , Et du public, dépouillé d'intérêt, Humbles acteurs, attendre leur arrêt.

Là, retraçant leurs faiblesses passées, Leurs actions, leurs discours, leurs pensées.. A chaque État ils reviennent dicter Ce qu'il faut fuir, ce qu'il faut imiter; Ce que chacun, suivant ce qu'il peut être, Doit pratiquer, voir, rechercher, connaître; Et leur exemple-, en diverses façons, Donnant à tous les plus nobles leçons, Rois, magistrats, législateurs suprêmes, - Princes, guerriers, simples citoyens mêmes, Dans ce sincère et fidèle miroir, Peuvent apprendre à lire leur devoir '.

J.-B. ROUSSEAU

MÊME SUJET

Avant qu'on vit briller sa lumière féconde, Les temps se succédaient dans une nuit profonde; Les peuples tour à tour, par l'ennui dévorés, Sur la terre passaient l'un de l'autre ignorés. Les grands événements n'avaient point d'interprètes ; Les débris élaient morts, et les tombes muettes. L'histoire luit: soudain les temps ont reculé, L'ombre a fui; les tombeaux , les débris ont parlé; Les générations s'entendent et s'instruisent, El de l'esprit humain les travaux s'éternisent. O charmes de l'étude ! ô sublimes récits ! Dans quels transports le sage, à son foyer assis, Suit les nombreux combats et d'Athène et de Rome , A travers deux mille ans applaudit au grand homme, Consulte l'orateur et le guerrier fameux , Partage les revers des peuples grands comme eux, Voit l'empire romain , sous le fer des Vandales , De ses vils empereurs expier les scandales ; Et, bientôt déchiré par divers potentats, Son cadavre fécond enfanter cent Étals; Retrouve en d'autres lieux, sur la sanglante arène, Marcius2 dansCondé, Scipion dans Turenne, Et, rempli des héros et des faits éclatants, Ainsi que tous les lieux, embrasse tous les temps! legouvé. Les Souvenirs.

Page 1