‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 394 sur 649 · L'AVEUGLE ET LE PARALYTIQUE · texte numérisé non relu

L'AVEUGLE ET LE PARALYTIQUE

Aidons-nous mutuellement, La charge des malheurs en sera plus légère;

Le bien que l'on fait à son frère, Pour le mal que l'on souffre est un soulagement;

s Voyez le Singe, Fables et Alie<jo>

FABLES

SCI

Oonfucius l'a dit : suivons tons sa doctrine. Pour la persuader aux peuples de la Chine,

Il leur contait le trait suivant :

Dans "une ville de l'Asie

11 existait deux malheureux , L'un perclus, l'autre aveugle, et pauvres tous les deux. Ils demandaient au ciel de terminer leur vie;

Mais leurs vœux élaient superflus :

Ils ne pouvaient mourir. Notre paralytique, Couché sur un grabat dans la place publique , Souffrait sans être plaint : il en souffrait bien plus.

L'aveugle, à qui tout pouvait nuire,

Était sans guide, sans soutien ,

Sans avoir même un pauvre chien

Pour l'aimer et pour le conduire.

Un certain jour il arriva Que l'aveugle à tâtons, au détour d'une rue,

Près du malade se trouva; Il entendit ses cris, son urne en fut émue. Il n'est tels que les malheureux

Pour se plaindre les uns les autres.

<• J'ai mes maux, lui dit-il, et vous avez les vôtres; Unissons-les, mon frère; ils seront moins affreux. » « — Hélas! dit le perclus, vous ignorez, mon frère,

Que je ne puis faire un seul pas;

Vous-même vous n'y voyez pas :

A quoi nous servirait d'unir notre misère? » « — A quoi! répond l'aveugle; écoulez : à nous deux Nous possédons le bien à chacun nécessaire ;

J'ai des jambes, et vous des yeux; Moi, je vais vous porter; vous, vous serez mon guide; Vos yeux dirigeront mes pas mal assurés; Mes jambes, à leur tour, iront où vous voudrez. Ainsi, sans que jamais notre amitié décide Qui de nous deux remplit le plus utile emploi , Je marcherai pour vous, vous y verrez pour moi. »

FLOniAN.

LE CHATEAU nE CARTES.

Un bon mari , sa femme, et deux jolis enfants, Coulaient en paix leurs jours dans le simple héritage Où , paisibles comme eux, vécurent leurs parents. Ces époux, partageant les doux soins du ménage, Cultivaient leur jardin, recueillaient leurs moissons; Et le soir dans l'été, soupantsous le feuillage,

Dans l'hiver, devant leurs tisons, Us prêchaient à leurs fils la vertu, la sagesse, Leur parlaient du bonheur qu'elles donnent toujours : Le père par un conte égayait ses discours ,

La mère par une caresse.

L'alnéde ces enfants, né grave, studieux,

Lisait et méditait sans cesse; Le cadet, vif, léger, mais plein de gentillesse, Sautait, riait toujours, ne se plaisait qu'aux jeux. Un soir, selon l'usage, à côté de leur père, Assis près d'une table où s'appuyait la mère, L'alné lisait Rollin : le cadet, peu soigneux D'apprendre les hauts faits desRomainseldesParthcs, Employait tout son art, toutes ses facultés, A joindre, a soutenir par les quatre côtés,

Un fragile château de cartes.

II n'en respirait pas, d'attention, de peur.

Tout à coup voici le lecteur Qui s'interrompt : a Papa, dit-il, daigne m'inslruire Pourquoi certains guerriers sont nommés conquérants

Et d'autres fondateurs d'empire?

Ces deux noms sont-ils différents? »

Le père méditait une réponse sage,

Lorsque son fils cadet, transporté de plaisir, Après tant de travail, d'avoir pu parvenir

A placer un second étage, S'écrie : « II est Uni ! » Son frère, murmurant, Se fâche, etd'un seul coup détruit son long ouvrage;

Et voilà le cadet pleurant.

« Mon fils , répond alors le père,

Le fondateur, c'est votre frère,

Et vous êtes le conquérant, »

LE Ml1. il,:.

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