‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 395 sur 649 · LE CHAMEAU ET LE BOSSU · texte numérisé non relu

LE CHAMEAU ET LE BOSSU

Au son du fifre et du tambour, Dans les murs de Paris on promenait un jour

Un chameau du plus haut parage; Il était fraîchement arrivé de Tunis, El mille curieux, encercle réunis, Pour le voir de plus près lui fermaient le passage. Un riche, moins jaloux de compter des amis Que de voir à ses pieds ramper un monde esclave, Dans le chameau louait un air soumis.

Un magistrat aimait son maintien grave,

Tandis qu'un avare enchanté Ne cessait d'applaudir à sa sobriété.

Un bossu vint, qui dit ensuite :

a Messieurs, voilà bien des propos ; Mais vous ne parlez pas de son plus grand mérite.

Voyez s'élever sur son dos

Cette gracieuse éminence ;

Qu'il paraît léger sous ce poids!

Et combien sa ligure en reçoit à la fois

Et de noblesse et d'élégance! »

En riant du bossu, nous faisons comme lui; A sa conduite en rien la nôtre ne déroge, Et l'homme, tous les jours, dans l'éloge d'autrui ,

Sans y songer, fait son éloge.

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