‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 398 sur 649 · LE SAGE ET LE CONQUÉRANT · texte numérisé non relu

LE SAGE ET LE CONQUÉRANT

Sorti vainqueur de cent combats, Et fier d'avoir porté le deuil et les alarmes

Jusques aux plus lointains climats, Un nouveau Tamerlan visitait les Etats

Soumis au pouvoir de ses armes.

Un sage, par hasard, accompagnait ses pas :

Sage, qui ne le flattait pas; Mais on vantail son talent oratoire , Et l'adroit conquérant l'admettait à sa cour, »

Espérant le charger un jour

Du soin d'écrire son histoire. Epuisés de fatigue, ils arrivent tous deux

Au sommet d'un roc sourcilleux

Où le Tartare enfin s'arrête, Jaloux de contempler sa dernière conquête :

C'était jadis une vaste cité Qu'embellissaient les arts, enfants de l'opulence; Mais , en proie au pillage, à la férocité, Ce n'était plus alors qu'une ruine immense. Le sage, à cet aspect, se sent glacé d'horreur.

« Regarde, lui dit le vainqueur, C'est là que j'ai livré dix assauts, vingt batailles;

Là, que les ennemis surpris

M'ont abandonné leurs murailles ; Ici , que par milliers des soldats aguerris

Ont rencontré leurs funérailles.

Quels beaux litres de gloire! Us sont partout écrits. — Ah ! lui répond le sage, osez-vous bien le croire '(

Non , je ne vois autour de ces remparts Que cendres, que débris et qu'ossements épars :

Vainement j'y cherche la gloire. »

LE BAILI.T.

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