LES DIVINITÉS POÉTIQUES
Oui, c'est toi, peintre inestimable, Trompette d'Achille et d'Hector, Par qui, de l'heureux siècle d'or, L'homme entend le langage aimable.
Et -voit , dans la variété Des portraits menteurs de la Fable, Les rayons de la vérité.
Il voit l'arbitre du tonnerre Réglant le sort par ses arrêts :
Il voit, sous les yeux de Cércs, Croître les trésors de la terre ; Il reconnaît les dieux des mers Aces sons qui calment la guerre Qu'Ëole excitait dans les airs.
Si , dans un combat homicide , Le devoir engage ses jours, Pallas, volant à son secours, Vient le couvrir de son égide :
S'il se voue au maintien des lois , C'est Thémis qui lui sert de guide.
Et qui l'assiste en ses emplois.
Plus heureux, si son cœur n'aspire Qu'aux douceurs de la liberté ; Astrée est la divinité Qui lui fait chérir son empire.
S'il s'élève au sacré vallon, Son enthousiasme est la lyro Qu'il reçoit des mains d'Apollon.
Ainsi consacrant le système De la sublime fiction, Homère, nouvel Ainphion, Change , par la vertu suprême De ses accords doux et savants ,
« Ces vers sont traduits ou plulùt i SanLcuIl, sur le même sujet. (N. li.)
iltés du poème latin de
Nos destins, nos passions même, En êtres réels et vivants.
Ce n'est plus l'homme qui , pour plaire j Étale ses dons ingénus:
Ce sont les Grâces, c'est Vénus, Sa divinité tutélaire :
La sagesse qui brille en lui, C'est Minerve dont l'œil l'éclairé, El dont le bras lui sert d'appui.
L'ardente et fougueuse Bellone Arme son courage aveuglé :
Les frayeurs dont il est troublé Sont le flambeau de Tisiphone :
Sa colère est Mars en fureur, Et ses remords sont la Gorgone Dont l'aspect le glace d'horreur.
J.-B. ROUSSEAU, liV. IV, Ode G.