APOLOGIE DE LA FABLE
Savante antiquité, beauté toujours nouvelle, Monuments du génie, heureuses fictions ;
Environnez-moi des rayons
De votre lumière immortelle :
Vous savez animer l'air, la terre et les mers;
Vous embellissez l'univers.
Cet arbre à tète longue, auxrameaux toujours verts -,
C'est Atys aimé de Cybele.
Ue l'éclat de leur vermillon Flore avec le Zéphire ont peint ces jeunes roses. Des baisers de Pomone on voit dans ce vallon Les fleurs de mes pêchers nouvellement écloses. Ces montagnes, ces bois qui bordent l'horizon
Sont couverts de métamorphoses.
Ce cerf aux pieds légers est le jeune Actéon; L'ennemi des troupeaux est le roi Lycaon. Du chantre de la nuit j'entends la voix touchante;
C'est la fille de Pandion,
C'est I'hilomèle gémissante.
Si le soleil se couche, il dort avec Thétis; Si je vois de Vénus la planète brillante, C'est Vénus que je vois dans les bras d'Adonis. Ce pôle me présente Andromède et Persée 3; . Leurs amours immortels échauffent de leurs feux Les éternels frimas de la zone glacée; Tout l'Olympe est peuplé de héros amoureux. Admirables tableaux! séduisante magie!
Qu'Hésiode me plaît dans sa Théogonie, Quand il me peint l'Amour débrouillant le Chaos, SYlançani dans les airs et planant sur les Ilots !
VOLTAUiK.
MÊME SUJET
Tempe , séjour célèbre , ô magique vallon ! Où l'eau de Sperchius, d'Amphryse et de Pénés, D'ombrages immortels roulait environnée.
L'Olympe en tes bosquets vit errer tous ses dieux ; Pan qui sut animer des joncs mélodieux; Diane au carquois d'or, déesse bocagère
2 Le pin Voyez Ovide, Met., liv. x. (IV. E.} s Chaudes en constellations. (N. *.)
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Qui, la flèche à la main, de sa robe légère Nouait sur le genou les replis ondoyants; Les sylvains couronnés de rameaux verdoyants; Les nymphes qui sans art, les mains entrelacées, Dansaient aux sons joyeux de leurs voix cadencée.;;
rares aux blonds cheveux, et le dieu des orgies, Bacchus au Iront vermeil , ceint de grappes rougics; Et celte déité , charme de l'univers, Vénus, qui de Lucrèce inspirait les beaux vers.
Mais c'en est fait : le chêne oublia ses oracles; Les bois désenchantés ont perdu leurs miracles. Ils ne sont plus ces jours, où chaque arbre divin. Enfermait sa dryade et son jeune sylvain, Qui versait en silence à la tige altérée La sève à longs replis sous l'écorce égarée. Pourquoi n'èles-vous plus, rêves attendrissants! Dès que l'amour des vers charma mes premiers ans, J'appris avec transport ceux de l'aimable Ovide, Poète mensonger dont l'enfance est avide. Devant le laurier vert tendrement incliné, Triste, je saluais les mânes de Daphné, Et, touché de son sort , je passais en silence Près de cet arbre en deuil qu'un vent léger balance, Qui monte en pyramide élancé dans les airs, Et croit, ami des morts, sur les tombeaux déserts; .le pleurais le trépas du jeune Cyparisse '. Lorsqu'un chêne m'offrait son ombre prolectrice, Lorsque je reposais sous un tilleul assis, Nommant avec respect Philémon et Baucis, Si j'obtiens, me disais-je, une épouse fidèle, ,4e veux que Philémon soit un jour mon modèle ; Qu'elle imite Baucis! el tous deux puissions-nous Mourir au même instant, comme ces deux époux! de fontanes. La Foret île ifavarre.
MÊME SUJET
* oyez dans ses récits le fabuleux Ovide , ui d'erreurs en erreurs conduit l'esprit avide ,
De prodiges sans nombre embellir l'univers.
La raison , en secret, présidait à ses vers :
C'étaient des fictions, mais non pas des chimères.
Chaque être, en dépouillant ses traits imaginaires,
Reste dans la nature et dans la vérité : Xes bois offrent encore à l'œil désenchanté L'arbre de Philémon, celui de sa compagne;
narcisse est une Heur, Allas une montagne;
Hyacinthe expirant ne meurt pas tout entier.
~uc Daphné disparaisse, il nous reste un laurier. u palais du Sommeil les brillantes demeures, es coursiers enflammés, attelés par les Heures,
En «'évanouissant laisseront sous vos yeux
Et l'ordre des saisons , et la marche des cieux.
Dans lxion enfin, dans la vapeur qu'il aime*
■^imagination se peignit elle-même :
^»si la vérité sort de la liclion , Pjjsi la vigilante et sévère raison ■/se laisse bercer que par d'heureux mensonges, ïveut à son réveil aimer encor ses songes.
nr.i.n.LK. L'Imagination, eu. V.
Pllsde télùplie, fut changé c» eypre» par Apollon. Voyez
fc, Btetam., liv. x, v. 12t.
fN.E.) lïion.iitm Junon. Jupiter donna a un nuage l'apparence
r.Nl'LOI DE LA FABI.E.
Même aux eaux , même aux fleurs, même aux nr- La poésie encore , avec art mensongère, [bres muel», Ne peut-elle prêter une âme imaginaire?
Tout semble concourir à cette illusion.
Voyez l'eau caressante embrasser le gazon, Ces arbres s'enlacer, ces vignes tortueuses Embrasser les ormeaux de leurs mains amoureuses, Et, refusant les sucs d'un terrain ennemi, Ces racines courir vers un sol plus ami. Ce mouvement des eaux, et cet instinct des plantes, Suffit pour enhardir vos fictions brillantes. Donnez-leur donc l'essor. Que le jeune bouton Espère le zéphyr, el craigne l'aquilon.
A ce lis altéré versez l'eau qu'il implore; Formez, dans ses beaux ans, l'arbre docile encore: Que ce tronc, enrichi de rameaux adoptés, Admire son ombrage et ses fruits empruntés 5, Et, si le jeune cep prodigue son feuillage, Demandez grâce au fer en faveur de son âge. Alors, dans ces objets croyant voir mes égaux, La douce sympathie , à leurs biens , à leurs maux , Trouve mon cœur sensible, et votre heureuse adresse Me surprend pour un arbre un moment de tendresse LE même. G6orgiqa.es françaises.