‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 405 sur 649 · LE VERITABLE ET LE FAUX IIO.NNEUU · texte numérisé non relu

LE VERITABLE ET LE FAUX IIO.NNEUU

Sous le bon roi Saturne , ami de la douceur. L'Honneur, cher Valincour, el l'Equité sa sœur,

de la déesse, lxiou (ut trompa par ce fantôme. De la, dit-ou, naquirent les centaures, in. e.) 5 Uiralliraue novas fronde» et non sua poma.

Vir.G., Ocorj., 11,82. (H. E.)

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De leurs sages conseils éclairant tout le monde, Régnaient, chéris du ciel, dans une paix profonde, Tout vivait en commun sous ce couple adoré: Aucun n'avait d'enclos ni de champ séparé; La vertu n'était point sujette à l'ostracisme , Ni ne s'appelait point alors un jansénisme, [monts, L'Honneur, beau par soi-même, et sans vains orne- N'étalait point aux yeux l'or ni les diamants , Et, jamais ne sortant de ses devoirs austères, Maintenait de sa sœur les règles salutaires; Mais, une fois au ciel par les dieux appelé, Il demeura longtemps au séjour étoile.

Un fourbe cependant, assez haut de corsage, El qui lui ressemblait de geste et de visage, Prend son temps, et partout ce hardi suborneur S'en va chez les humains crier qu'il est l'Honneur, Qu'il arrive du ciel , et que, voulant lui-même Seul porter désormais le faix du diadème, De lui seul il prétend qu'on reçoive la loi. A ces discours trompeurs le monde ajoute foi ; L'innocente Equité, honteusement bannie, Trouve à peine un désert où fuir l'ignominie. Aussitôt sur un trône éclatant de rubis L'imposteur monte, orné de superbes habits. La Hauteur, le Dédain, l'Audace l'environnent, Et le Luxe et l'Orgueil de leurs mains le couronnent; Tout fier, il montre alors un front plus sourcilleux, Et le Mien et le Tien, deux frères pointilleux, Par son ordre amenant les Procès et la Guerre, En tous lieux de ce pas vont partager la terre; En tous lieux, sous les noms de bon droit et de tort, Vont chez elle établir le seul droit du plus fort. Le nouveau roi triomphe, et sur ce droit unique Bâtit de vaines lois un code fantastique; Avant tout aux mortels prescrit de se venger, L'un l'autre au moindre affront les force à s'égorger ; Et, dans leur âme en vain de remords combattue, Trace en lettres de sang ces deux mots : Meurs ou lue.

Alors, ce fut alors, sous ce vrai Jupiter, Qu'on vit naître ici-bas le noir siècle de fer: Le frère au même instant s'arma contre le frère ; Le fils trempa ses mains dans le sang de son père ; La soif de commander enfanta les tyrans , Du Tanaïs au Nil porta les conquérants: L'ambition passa pour la vertu sublime, Le crime heureux fut juste , et cessa d'être crime. On ne vit plus que haine et que division , Qu'envie, effroi, tumulte, horreur, confusion.

Le véritable Honneur sur la voûte céleste Est enlin averti de ce trouble funeste. Il part sans différer, et, descendu des cieux, Va partout se montrer dans les terrestres lieux : Mais il n'y fait plus voir qu'un visage incommode; On n'y peut plus souffrir ses vertus hors de mode; Et lui-même , traité de fourbe et d'imposteur, Lst contraint de ramper aux pieds du séducteur. Enfin , las d'essuyer outrage sur outrage , Il livre les humains à leur triste esclavage, S'en va trouver sa sœur, et, dès ce même jour, Avec elle s'envole au céleste séjour1.

i Voyez plus haut, Définitions, r Honneur.

s Roland OlaiL le nc\cu de Charleinagnc : il fut tué à la bataille de Roncevaux ci célébré par l'Aiiostc. L'hymne de Roland était, un chant de guerre . usilû dans les siècles de la chevalerie. («. e.)

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