LA CHEVALERIE
Qu'ils élaienlbeaux,cesjoursdegloirecldebonheur Où les preux s'enflammaient à la voix de l'honneur, Et recevaient des mains de la beauté sensible L'écharpe favorite et la lance invincible! Les rênes d'or flottaient sur les blancs destriers, La lice des tournois s'ouvrait à nos guerriers. Oh! qu'on aimait à voir ces fils de la patrie Suspendre la bannière aux palmiers de Syrie, Des arts, dans l'Orient , conquérir le flambeau, Et , défenseurs du Christ , lui rendre son tombeau ! Qu'on aimait à les voir, bienfaiteurs de la terre , Au frein de la clémence accoutumer la guerre! Le faible, l'opprimé leur confiait ses droits; Au serment d'être juste ils admettaient les rois. Leurs vœux mystérieux, leurs amitiés constantes, Les hymnes de Roland répétés sous leurs tentes2, Leurs défis, proclamés aux sons bruyants du cor, A leur vieux souvenir m'intéressent encor : J'interroge leur cendre; et la Chevalerie, Avec ses paladins, ses couleurs, sa féerie, Ses légers palefrois , ses ménestrels joyeux , Merveilleuse et brillante apparaît à mes yeux. Le casque orne son front, sa main porte une lance; Aux rives du Tésin sur ses pas je m'élance: La déité s'arrête, et fléchit les genoux. Quel spectacle imposant s'est montré devant nous! Quel enfant des combats et de la renommée Suspend autour de lui la course d'une armée, Et voit de fiers soldats couvrir de leurs drapeaux Le chêne protecteur de son noble repos ! Est-ce un roi couronné des mains de la victoire? Est-ce un triomphateur, qui, fatigué de gloire, S'assied quelques instants près de son bouclier? Non , c'est Bayard mourant , c'est Bayard prisonnier. A rejoindre Nemours déjà son âme aspire5 ; Il meurt.,. Le nom du Christ sur ses lèvres expire. A la patrie en pleurs les Français abattus Vont raconter -sa mort, digne de ses vertus; Et la Chevalerie , inclinant sa bannière, Pose sur le cercueil sa couronne dernière.
Alex, soumkt. Les Derniers Moments de Bayard , poème couronne par la 2e classe de l'Institut, le 5 avril 1815.
Sur un fier tribunal , au fond d'un sanctuaire, Soudain le héros vit une déesse austère. Par sa voix appelés, renaissant tour à tour, Tous les siècles rangés venaient former sa cour. Plusieurs, le front hideux, et respirant la guerre. De leurs crimes encore épouvantaient la terre ; Marchant sur des débris , et de sang tout couverts, lisse traînaient au bruitdesarmes et des fers, [sombres D'autres semblaient plus doux, déjà leurs traits moins D'un front demi -barbare éclaircissaienl les ombrea, Quelques-uns de rayons semblaient étincelants. Le vieillard immortel, le Temps, en cheveux blancs, Remontait en arrière aux jours de sa jeunesse.
3 Lotus d'Armagnac , duc de Nemours, vivait 6ousf Charles Vil I etLouisXlI; il fut tué à la bataille de Cériguolé le 28 avril 15(13.
liï.E.J
ALLEGORIES
il déroulait encore aux yeux de la déesse Le long cercle des ans mesuré par ses pas. Les races qu'il fit naître et rendit au trépas En sortent à sa voix; chaque peuple respire; .Les tombeaux sont déserts ; la mortn'a plus d'empire. Ici d'un peuple heureux l'hymne reconnaissant Proclamait les vertus d'un maître bienfaisant. Plus loin, par les tyrans -l'humanité foulée S'élevait comme une ombre auguste et i' ' De ses lambeaux sanglants elle essuyait ses pleurs; Les peuples opprimés racontaient leurs malheurs. L'Histoire présidait à ces pompeux spectacles, La balance à la main prononçait ses oracles; Et de la Vérité l'inflexible burin Les gravait aussitôt sur des tables d'airain, D'un airain immortel. Debout dans celte enceinte De la postérité l'image auguste et sainte llépétait ces accents dont le long souvenir Allait rouler au sein de l'immense avenir, lit d'échos en échos retentir dans les âges. Différentes de voix, d'aspect et de visages, Près au trône siégeaient deux immortalités: L'une de Némésis a les traits redoutés; Sa splendeur, qui s'échappe en éclairs formidables , Jette un jour éternel sur le front des coupables, Sur ces grands criminels, auteurs des grands revers, Kl les montre de loin , aux yeux de l'univers , Empreints d'une éclatante et vaste ignominie. Mais l'autre, aux ailes d'or, éblouissant génie , Ornant de rayons purs son front majestueux, Accompagne les noms des mortels vertueux, Kl leur offre à jamais de renaissants hommages' tuomas PClriide.