LA RENOMMEE
Quelle est cette déesse énorme, Ou plutôt ce monstre difforme, Tout couvert d'oreilles et d'yeux, Dont la voix ressemble au tonnerre, Et qui des pieds touchant la terre Cache sa tète dans les cieux?
C'est l'inconstante Renommée, Qui , sans cesse les yeux ouverts, Fait sa revue accoutumée Dans tous les coins de l'univers.
Toujours vaine, toujours errante, Et messagère indifférente Des vérités et de Terreur, Sa voix, en merveilles féconde, Va chez tous les peuples du monde Semer le bruit et la terreur.
MÊME SUJET
Du vrai comme du faux la prompte messagère, Qui s'accroît dans sa course, et , d'une aile légèf e, Plus prompte que le Temps, vole au delà des mers Passe d'un pôle à l'autre et remplit l'univers. Ce monstre composé d'yeux, de bouches, d'oreilles. Qui célèbre des rois la honte ou les merveilles, Qui rassemble sous lui la curiosité, L'espoir, l'effroi , le doute et la crédulité, De sa brillante voix, trompette de la gloire, Du héros de la France annonçait la victoire '.
voltaire. Henriade, chant VIH.