‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 425 sur 649 · LE TEMPLE DE LA TRAGÉDIE · texte numérisé non relu

LE TEMPLE DE LA TRAGÉDIE

Sur le sommet du Pinde, au séjour des orages, S'élève un temple auguste , affermi par les âges. •Cent colonnes d'ébène en soutiennent le faix; On grava sur les murs les illustres forfaits. On avance en tremhlant sous d'immenses portiques; L'œil s'enfonce et se perd dans leurs lointains magï- On n'y rencontre point d'ornements fastueux, [ques. Tout est, dans ce séjour, simple et majestueux. On y voit des tombeaux entourés de ténèbres , Des fantômes penchés sur des urnes funèbres, Et l'on n'entend partout que des frémissements, Que sons entrecoupés , et longs gémissements. Deux femmes ', sur le seuil , en défendent l'entrée; L'une, toujours plaintive., est toujours éplorée : Ses cheveux sont épars , son front couvert de deuil . Et sa bouche collée au marbre d'un cercueil. L'autre inspire l'effroi dont elle est oppressée; Son front est fixe et morne , et sa langue glacée. La vengeance , la rage , et la soif des combats , Cent spectres en tumulte accourent sur ses pas. Ses sens sont éperdus ; ses cheveux se hérissent; Sa poitrine se gonfle , et ses bras se roidissent; Un feu sombre étincelle en ses yeux inhumains , Et la coupe d'Atrée ensanglante ses mains.

Plus loin règne l'Amour, cet Amour implacable, De meurtre dégouttant, malheureux et coupable, Qui ne respecte rien quand il est outragé , Court, se venge, et gémit sitôt qu'il est vengé ; L'assassin de Pyrrhus, l'Euménide d'Oreste; Ce dieu qui d'ilion hâta le jour funeste, Osa porter la flamme au bûcher de Didon , Et plonger le poignard au sein d'Agamemnon. De ces sombres objets Melpomène entourée, Choisit au milieu d'eux sa retraite sacrée.

dorât. La Déclamation, en. m.

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Un temple ouvre à mes yeux son enceinte sacrée, De cyprès , de tombeaux et d'ombres entourée. Deux spectres sont debout sur ce lugubre seuil : L'un, la tète inclinée, enveloppé de deuil, Exprimant sur son front ses touchantes alarmes , Semble aimer sa douleur et se plaire à ses larmes ; Sa poitrine élevée est pleine de sanglots : Hélas! c'est la Pitié, qu'attendrissent nos maux. L'autre a le regard fixe et la bouche entr'ouverle : L'image du péril à ses yeux semble offerte ; Ses cheveux hérissés, sa sinistre pâleur, Tous ses traits altérés me monlrent la Terreur.

0 du plus beau des arts auguste souveraine! Voilà ton sanctuaire; oui, c'est toi, Melpomène, C'est toi ; je reconnais tes attributs divins, Le sceptre et le poignard qui brillent dans tes mains, Ces vêtements pompeux dont l'éclat t'environne , Et ces festons sanglants qui forment ta couronne : Tes soutiens les plus chers, que toi-même as choisis, Tous, sur des sièges d'or, près de toi sont assis.

Ah ! combien je leur dois et d'encens et d'hommages ! Jesuis depuis longtemps heureux par leurs ouvrages. Je les vois : le laurier qui ceint des cheveux blancs M'annonce ce vieillard qui triomphe à cent ans , Sophocle!... Près de lui , le voilà ce grand homme9 Qui porte sur son front la majesté de Rome; Des héros dans ses traits respire la grandeur. j Moins sublime et plus doux, son rival enchanteur* Aux Grâces, à l'Amour, emprunte tous leurs charmes ; Entre Euripide et lui l'Amour verse des larmes : Auprès de Crébillon Eschyle ici placé Le contemple , surpris de se voir surpassé. Tous ces esprits divins que Melpomène assemble, Mortels devenus dieux, y jouissent ensemble.

la harpe. Dithyrambe-

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