‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 433 sur 649 · IDÉE D'UN DIEU CHEZ TOUS LES PEUPLES · texte numérisé non relu

IDÉE D'UN DIEU CHEZ TOUS LES PEUPLES

Devant l'Être éternel tous les peuples s'abaissent; Toutes les nations en tremblant le confessent. Quelle force invisible a soumis l'univers? L'homme a-t-il mis sa gloire à se forger des fers? Oui , je trouve partout des respects unanimes, Des temples, des autels, des prêtres, des victimes : Le ciel reçut toujours nos vœux et notre encens. Nous pouvons, je l'avoue, esclaves de nos sens, De la Divinité défigurer l'image :

A des dieux mugissants l'Egypte rend hommage; Mais, dans ce bœuf impur qu'elle daigne honorer, C'est un Dieu cependant qu'elle croit adorer. L'esprit humain s'égare, et, follement crédules, Ces peuples se sont fait des maîtres ridicules. Ces maîtres toutefois, par l'erreur encensés, Jamais impunément ne furent offensés :

On détesta Mézence ainsi queSalmonée, Et l'horreur suit encor le nom de Capanée '. Un impie en tout temps fut un monstre odieux : El quand, pour me guérir de la crainte des dieux, Epicure en secret médite son système, Aux pieds de Jupiter je l'aperçois lui-même.

{ Surpris de son aveu , je l'entends en effet Reconnaître un pouvoir dont l'homme est le jouet, Un ennemi caché qui réduit en poussière

i De toutes nos grandeurs la pompe la plus fière. Peuples, rois, vous mourrez ; et vous, villes, aussi. Là, gît Lacedéinone ; Athènes fut ici.

Quels cadavres epars dans la Grèce déserte ! Eh ! que vois -je partout? La terre n'est couverte Que de palais détruits, de trônes renversés, Que de lauriers flétris, que de sceptres brisés. Où sont, fière Memphis, tes merveilles divines? Le temps a dévoré jusques à tes ruines. Que de riches tombeaux élevés en tous lieux, Superbes monuments qui portent jusqu'aux cieux Du néant des hujpains l'orgueilleux témoignage! A ce pouvoir si craint tout mortel rend hommage ; Et, devant son idole un barbare à genoux, D'un être destructeur croit fléchir le courroux -. racine le fils. La Religion.

l'immortalité de l'ame.

Pères des fictions, les poètes menteurs De ces dogmes, dit-on, furent les inventeurs; Et sitôt que la Grèce, ivre de son Homère,

2 Comparez ce merceau et le précédent sur l'txisleitc* Dieu, avec les mêmes morceaux en prose.

OU PHILOSOPHIE PRATIQUE

Eut de l'empire sombre admiré la chimère,

Le peuple qu'effrayaient Tisiphone et ses sœurs,

D'un charmant Elysée espéra les douceurs.

Piuton fut leur ouvrage, et leurs mains, je l'avoue,

Etendirent jadis Ixion sur sa roue.

L'onde affreuse du Styx qui coulait sous leurs lois

Ferma les noirs cachons qu'elle entoura neuf fois.

Ils livrèrent Tantale à des ondes perfides,

Qui sans cesse échappaient à ses lèvres arides.

Par l'urne de Minos, et ses arrêts cruels,

Ils jetèrent l'effroi dans l'âme des mortels.

Ils leur firent entendre une ombre malheureuse,

Qui poussant vers le ciel une voix douloureuse,

S'écriait : Par les maux que je souffre en ces lieux,

Jpnrrvrz, 6 mortels, à respecter les Dieux 1 .'

Hardis l'abricateurs de mensonges utiles , Eussent- ils pu trouver des auditeurs dociles, Sans ia secrète voix, plus forte que la leur, Celte voix qui nous crie , au fond de notre cœur, Qu'un juge nous attend, dont la main équitable Tient de nos actions le compte redoutable? Il ne laissera point l'innocent en oubli : Espérons et souffrons : tout sera rétabli 2.

LE MÊME

Oui , Platon , tu dis vrai : notre âme est immortelle ;

C'est un Dieu qui lui parle, un Dieu qui vit en elle.

Eh ! d'où viendrait sans lui ce grand pressentiment,

Ce dégoût des faux biens, cette horreur du néant?

Vers des siècles sans fin je sens que tu m'entraînes;

Du monde et de mes sens je vais briser les chaînes , | Et m'ouvrir, loin du corps dans la fange arrêté,

Les portes de la vie et de l'éternité.

L'éternité ! quel mot consolant et terrible!

0 lumière! ô nuage! ô profondeur horrible!

Que dis-je?où suis-je? où vais-je?etd'oùsnis-je tiré?

Dansquels climats nouveaux, dans quel monde ignoré

Le moment du trépas va-t-il plonger mon être?

Où sera cet esprit qui ne peut se connaître?

Que me préparez-vous , abimes ténébreux?

Allons, s'il est un Dieu, Platon doit être heureux.

Il en est un, sans doute, et je suis son ouvrage;

Lui-même au cœur du juste il empreint son image.

Il doit venger sa cause, et punir les pervers. j Mais comment ? dans quel temps ? etdans quel univers ?

Ici la vertu pleure, et l'audace l'opprime;

L'innocence à genoux y tend la gorge au crime;

La Fortune y domine, et tout y suit son char.

Ce globe infortuné fut formé pour César.

Hâtons-nous de sortir d'une prison funeste.

Je te verrai sans ombre , ô VérTrafcéleste!

Tu te caches de nous dans nos jours de sommeil ;

Cette vie est un songe, et la mort un réveil.

vor.TAiHK. Imité du Calon d'Addison.

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