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LA CONSCIENCE

C'est pour moi que je vis; je ne dois rien qu'à moi. La vertu n'est qu'un nom ; mon plaisir est ma loi : Ainsi parle l'impie, et lui-même est l'esclave

i Virgile , Enéide, liv. vi.

•2 Voyez Ire partie, même sujet.

î «ans la fameuse lettre que nous a conservée Tacite dans set Annales- I.N. E.)

De la foi , de l'honneur, de la vertu , qu'il brave. Dans ses honteux plaisirs , s'il cherche à se cacher, Un éternel témoin les lui vient reprocher. Son juge est dans son cœur, tribunal où réside Le censeur de l'ingrat, du traître, du perfide. Par ses affreux complots nous a-t-il outragés, La peine suit de près, et nous sommes vengés : De ses remords secrets triste et lente victime, Jamais un criminel ne s'absout de son crime. Sous des lambris dorés ce triste ambitieux Vers le ciel, sans pâlir, n'ose lever les yeux; Suspendu sur sa tête, un glaive redoutable Rend fades tous les mets dont on couvre sa table. Le cruel repentir est le premier bourreau Qui dans un sein coupable enfonce le couteau.

Des chagrins dévorants attachés sur Tibère, La cour de ses flatteurs veut en vain le distraire. Maître du monde entier, qui peut l'inquiéter? Quel juge sur la terre a-t-il à redouter? Cependant il se plaint, il gémit ; et ses vices Sont ses accusateurs, ses juges, ses supplices. Toujours ivre de sang, et toujours altéré, Enfin par ses forfaits au désespoir livré, Lui-même étale aux yeux du sénat qu'il outrage De son cœur déchiré la déplorable image 3„ Il périt chaque jour consumé de regrets, Tyran plus malheureux que ses tristes sujets.

Ainsi de la vertu les lois sont éternelles; Les peuples ni les rois ne peuvent rien contre ell Je l'apporte en naissant, elle est écrite en moi ; Cette loi qui m'instruit de tout ce que je doi A mon père, à mon fils, à ma femme, à moi-mê A toute heure je lis dans ce code suprême La loi qui me défend le vol , la trahison , Cette loi qui précède et Lycurgue et Solon. Avant même que Rome eût gravé douze tables , Métius4 et Tarquin n'étaient pas moins coupables.

Je veux perdre un rival : qui me retient le bras? Je le veux, je le puis, et je n'achève pas. Je crains plus de mon cœur le sanglant témoignage, Que la sévérité de tout l'aréopage.

La vertu, qui n'admet que de sages plaisirs, Semble d'un ton trop dur gourmander nos désirs; Mais, quoique pour la suivre il coûtequelques larmes, Tout austère qu'elle est, nous admirons ses charmes. Jaloux de ses appas dont il est le témoin , Le vice, son rival, la respecte de loin. Sous ses nobles couleurs souvent il se déguise, Pour consoler du moins l'âme qu'il a surprise.

Adorable vertu, que tes divins attraits Dans un cœur qui te perd laissent de longs regrets! De celui qui te hait la vue est le supplice; Parais! que le méchant te regarde , et frémisse 5! La richesse, il est vrai, la fortune te fuit; Mais la paix t'accompagne, et la gloire le suit; Et, perdant tout pour toi, l'heureux mortel qui faim?, Sans bien, sans dignité, se suffit à lui-même0.

RACIISK le fils.

Non, le Dieu qui m'a fait ne m'a point fait en vain; Sur le Iront des mortels il mil son sceau divin :

•4 JIclius Fuflclius puni par Tullus Ilostilius pour avoir trahi son serinent. Voyez Tit-Liv. 1. 1er. (N. E.) 5 Vlrtulem vidcant.intabcscantnncreliclâ. perse, sot. m, fi Voyez même sujet , en prose.

MORALE RELIGIEUSE

Je ne puis. Ignorer ce qu'ordonna mon maître ; 11 m'a donné sa loi , puisqu'il m'a donné l'êlre. La morale, uniforme en tout temps, en tout lieu . A des siècles sans fin parle au nom de ce Dieu. C'est la loi de Trajan , de Socrate , et la vôtre : De ce culte éternel la nature est l'apôtre ; Le bon sens la reçoit, et les remords vengeurs, - Nés dans la conscience , en sont les défenseurs.

J'entends avec Cardan Spinosa qui murmure1 : Ces remords , me dit-il , ces cris de la nature , Ne sont que l'habitude et les illusions Qu'un besoin mutuel inspire aux nations. Raisonneur malheureux, ennemi de toi-même! D'où nous vient ce besoin? Pourquoi l'Etre suprême Mit-il dans notre cœur, à l'intérêt porté, Un instinct qui nous lie à la société? Les lois que nous faisons, fragiles, inconstantes, Ouvrages du moment, sont partout différentes. Sous le fer du méchant le jusîe est abattu ; Eh bien! conclurez-vous qu'il n'est point de vertu? Tous les divers fléaux dont le poids nous accable, Du choc des éléments effet inévitable , Des biens que nous goûtons corrompent la douceur ; Mais tout est passager, le crime et le malheur.

De nos désirs fougueux la tempête fatale Laisse au fond de mon cœur la règle et la morale. C'est une source pure : en vain dans ses canaux Les vents contagieux en ont troublé les eaux; En vain sur sa surface une fange étrangère Apporte, en bouillonnant, un limon qui l'altère; L'homme le plus injuste et le moins policé S'y contemple aisément quant l'orage est passé. Tous ont reçu du ciel, avec l'intelligence, Ce frein de la justice et de la conscience : De la raison naissante elle est le premier fruit; Dès qu'on la peut entendre, aussitôt elle instruit, Contre -poids toujours prompt à rendre l'équilibre Au cœur plein de désirs , asservi , mais né libre; Arme que la nature a mise en notre main , Qui combat l'intérêt pour l'amour du. prochain ; De Socrate, en un mot, c'est là l'heureux génie; C'est là ce dieu secret qui dirigeait sa vie ; Ce dieu qui jusqu'au bout présidait à sou sort, Quand il but, sans pâlir, la coupe de la mort. Quoi ! cet esprit divin n'est-il que pour Socrate? Tout le monde a le sien qui jamais ne le flatte.

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